Ce 15 Mars 2019, avec sa souveraine manifestation, est le marqueur indélébile de la fierté d’être algérien. Il scelle définitivement le recouvrement de la légitimité populaire. Depuis le 22 Février, les jours qui suivirent et les vendredis d’après, tout y est pétulance, doute, exaspération, contradiction, comme un temps d’Avril qui annonce la fin des systèmes de Ben Bella à Bouteflika si bien qu’il rappelle une victoire remportée sur l’hiver. Une victoire qui vient, qui va arriver et qui, peut-être, est déjà venue…

Toutes les obséquiosités et les roueries des hommes du Système mafieux qui gouverne les algériens n’ont pas réussi à briser l’élan populaire et son ardeur d’aller de l’avant.

Maintenant que c’est clair du côté du peuple, qu’en est-il des gradés de l’armée car, il n’est plus de doute que seule cette institution permet à ce régime d’exister encore ?

Le peuple de manifestants, la grande majorité des algériens dans toute sa composante, démontre chaque vendredi sa détermination d’en finir avec les Bouteflika et ses caniches. L’armée, dans tout ce qu’elle compte comme soldats, officiers et sous-officiers, tous des gens de ce même peuple, peut-elle se corrompre dans d’interminables paroles baveuses et ne pas s’affirmer clairement et franchement de quel côté elle se dresse ?

On s’attend à la suite de pareilles interrogations à reconsidérer d’un regard plus aigu tout ce qui a été dit sur ce peuple de manifestants : pacifique, non violent, patient, poète, lyrique, mélodieux, joyeux, plein d’humour. Mais jusqu’à quand ? Car il ne s’agit plus de tourner en rond en scandant le ‘ dégagement du Système’ alors que ce dernier s’affine et aiguise ses provocations jour après jour…

On s’attend alors d’une pareille tentation à remettre en cause toutes ces vertus et à se résoudre soit à abdiquer soit à passer outre.

Se désister de cette légitimité populaire retrouvée, c’est descendre dans notre dernier abîme, c’est nous dépouiller de toute confiance, c’est la capitulation et la mort foudroyante de tout un peuple. Les maladies et tous les maux innomés qui l’ont asservi, soumis et rendu servile tout ce temps où a perduré ce Système mafieux le contraindront à n’occuper qu’un lit de malade éternel. La guérison s’éternisera car quand tout un peuple abdique, c’est tout son génome qui s’en trouvera affecté : ses gènes dans le corps et dans le cerveau, son histoire et son avenir, sa place et sa présence dans le monde. Ce n’est plus un Président fantôme, ce sera un peuple fantôme.

Passez outre, voilà la question ! Toute idée, toute proposition qui assigne à la paix une place plus élevée qu’à la guerre, toute éthique qui améliore une notion positive du pacifisme, autorisent à se demander si le bon déroulement de la manifestation de ce Vendredi 15 Mars n’était pas ce qui inspirait ce peuple. En revanche, toute action, tout commandement, tout ordre qui viendrait le compléter d’un déroulé plus vif, plus encadré, plus exigeant, plus insistant, plus radical et plus varié rendrait la fierté des algériens éternelle et sa volonté populaire inébranlable : grève illimitée, désobéissance civile, animation de comités populaires par quartier, village et ville, élection ou désignation de représentants partout dans le pays et dans le monde…

Ce régime est agonisant et il faut être impitoyable pour les agonisants. Aucun algérien sensé ne peut forcer cette loi de la nature, il ne peut accepter de jouer le ‘pion’ ou le ‘bouffon’ dans un prétendu gouvernement de la transition et si, par cupidité ou folie, quelques-uns s’y fourvoieraient, il est encore plus urgent pour les marcheurs d’accélérer le pas.

En un mot et en clair, passer de la manifestation à la révolution, voilà la réponse définitive ! Comme ici, chaque mot, chaque phrase, chaque paragraphe, chaque question, chaque réponse puise dans la marche d’aujourd’hui, en plein air, là où même les chemins se font songeurs. A chacun sa plume et sa volonté de ne pas se laisser tromper, à chaque algérien individuellement et collectivement d’actionner ses muscles, de déployer ses efforts et de multiplier ses forces dans le seul but qu’il mérite cet écriteau sur les murs de l’Algérie « un seul héros, le peuple ».

Par Chadli DAHMANE

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