La liste officielle du nouveau gouvernement que doit diriger Bedoui et Lamamra a été bloquée au niveau de la Présidence de la République car plusieurs noms proposés ont été rejetés et d’autres ne suscitent pas le consensus. 

Parmi les principaux points de la discorde, nous retrouvons Tayeb Louh. Ce dernier sera certes « dégagé » du ministère de la Justice, mais il a été proposé comme ministre d’Etat et conseiller auprès de la Présidence de la République. Un rang qui lui garantit de rester ainsi encore au sein du gouvernement alors qu’il incarne l’une des figures emblématiques de l’échec, de la mauvaise gouvernance et de l’injustice dont sont victimes les Algériens depuis des années. Plusieurs conseillers au Palais d’El-Mouradia ont dit non au maintien de Tayeb Louh comme ministre tout en avertissant du danger des conséquences désastreuses sur la rue de la présence de ce visage impopulaire et détesté dans la composante du nouveau gouvernement.

D’autre part, plusieurs autres caciques causent problème et des lobbys tentent toujours d’imposer leur présence dans l’équipe de Lamamra et de Bedoui. C’est le cas d’Ahmed Gaïd Salah, le général de corps d’armée et chef d’Etat-Major de l’ANP. Ce dernier risque d’être nommé ministre de la Défense Nationale alors qu’il est uniquement, pour l’heure, vice-ministre. Ce choix fait couler beaucoup d’encre car cette nomination serait une promotion pour le vieux général qui incarne également l’une des figures emblématiques du régime dénoncées par la rue lors des grandioses marches populaires du vendredi.

De nombreuses voix s’élèvent au sein du sérail pour réclamer la mise à l’écart de l’homme fort de l’armée pour ne pas aggraver encore davantage la colère de la rue. Certaines nominations suscitent aussi la polémique. A titre d’exemple, le ministère des Moudjahidine risque de revenir au diplomate algérien Abdelkader Hadjer, âgé de… 82 ans ! Encore une autre figure des caciques du régime algérien, une maladresse politique dangereuse dans ce contexte bouillonnant où le peuple algérien réclame du renouveau.

Abdelghani Zaalane risque aussi de reprendre le ministère de l’Intérieur alors qu’il a été entièrement grillé par son implication dans le dossier de candidature de Bouteflika pour un 5e mandat consécutif. Le rappeler au gouvernement est une manière de narguer la rue. Un geste politiquement dangereux. Plusieurs autres incohérences caractérisent la première liste de ce soi-disant gouvernement de transition. A titre d’exemple, Mohamed Raouroua, le charismatique ancien président de la fédération algérienne de Football (FAF), a été proposé comme ministre de la Jeunesse et des Sports. L’homme compte, certes, beaucoup de supporters et de soutiens dans le milieu du football, mais il est demeure tout de même qu’il est âgé de 71 ans et ne peut nullement incarner le rajeunissement promis par le régime pour répondre aux demandes de la rue.

La proposition du nom du président du Syndicat national des magistrats (SNM), Djamel Laidouni, comme ministre de la Justice  n’a pas suscité également le consensus. Ce dernier est très décrié par les juges qui ont décidé de sortir de leur torpeur pour réclamer leur indépendance et le respect de leur dignité. Djamel Laidouni est l’un des acteurs qui ont contribué au renforcement du diktat de l’arbitraire politique sur les juges. Il ne pourra jamais donc gagner l’adhésion des avocats ou des autres acteurs de ce secteur névralgique secoué par les contestations populaires contre le 5e mandat et le régime algérien.

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