Les événements s’accélèrent en Algérie. Et des grands chamboulements sont en train de se produire sur la scène politique au moment où des milliers algériens ont continué de manifester dans toutes les rues de toutes les villes du pays.  

Le premier fait du jour est certainement le nouveau discours d’Ahmed Gaïd Salah. L’homme fort de l’armée nationale et populaire (ANP) a changé de ton et n’emploie plus aucune agressivité à l’égard des manifestants qui protestent contre le 5e mandat. L’ANP « restera toujours le gardien loyal des intérêts suprêmes de la patrie » dans le respect de la Constitution et des lois de la République », a affirmé ainsi le Général de Corps d’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, Chef d’Etat-Major de l’ANP, lors d’une nouvelle allocution prononcée lors de la visite de travail et d’inspection à l’Académie militaire de Cherchell.

Gaïd Salah a soutenu, dans son allocution prononcée devant les cadres et les stagiaires de l’Académie, que l’armée algérienne « saura, grâce à l’aide d’Allah, être à la hauteur de la responsabilité qu’elle est appelée à assumer dans toutes les conditions et les circonstances », soulignant que « tout le monde sait que l’Algérie est forte avec son peuple et sûre avec son Armée ». Pour la première fois depuis le début des manifestations contre le 5e mandat, le premier chef des forces armées en Algérie n’a pas prononcé la moindre mise en garde et se contente de rassurer les Algériens au sujet des intentions et missions de l’institution militaire.

« L’Algérie s’apprête à accueillir une importante échéance nationale et tout le monde sait qu’au sein de l’ANP et de l’ensemble des autres corps de sécurité, nous sommes résolument engagés à garantir à l’Algérie et à cet événement toutes les conditions de sécurité nécessaires afin de permettre à notre peuple d’exercer son droit et son devoir de vote dans un climat de sérénité, de quiétude et de stabilité », a affirmé, par ailleurs, Ahmed Gaïd Salah dans cette même allocution pour expliquer que l’armée ne fera pas d’ingérence politique.

Cette nouvelle sortie de Gaïd Salah intervient au lendemain des déclarations diplomatiques de Washington, Bruxelles et Paris qui ont appelé les autorités algériennes à respecter la volonté des manifestants algériens et leur liberté ainsi que leur droit de manifester et de se réunir. Ce changement de ton de l’homme fort de l’armée algérienne est-il dicté par des considérations politiques internes ou des pressions diplomatiques externes ? On saura la réponse dans les prochains jours.

L’autre chamboulement est certainement la démission spectaculaire du directeur de campagne du candidat Ali Ghediri, à savoir le célèbre avocat Mokrane Ait Larbi. Ce dernier a annoncé son départ de l’équipe de campagne du général à la retraite en expliquant qu’il veut rejoindre « le mouvement populaire contre le 5e mandat ».

« Depuis quelques jours, il est évident que le pays vit une situation révolutionnaire pacifique, sans précédant [sic] dans sa longue histoire, avec comme unique guide : le peuple. Cette phase historique ne peut réaliser la rupture par la voie électorale, dont la fraude a déjà commencé au sein du Conseil constitutionnel, et devant l’opinion nationale et internationale », a écrit ainsi Aït Larbi dans un communiqué diffusé ce mercredi.

« Face à cette situation, et après une longue discussion avec Ali Ghediri, nous sommes parvenus à la conclusion que dans cette situation de crise aigue, il appartenait à chacun de nous de se déterminer en fonction de ses convictions personnelles », indique-t-il encore dans ce communiqué qui a suscité un grand étonnement. « Quelle que soit la position qu’adoptera Ali Ghediri, je la respecterai. Pour ma part, j’ai décidé d’être en phase avec les revendications populaires, qui s’opposent au 5e mandat et au système dans sa globalité. J’ai décidé de me retirer du processus électoral prévu en cours, pour continuer à activer, parmi les Algériennes et les Algériens en lutte, au service de notre pays » annonce enfin Mokrane Aït Larbi.

Au cours de cette journée fatidique du mercredi, plusieurs organisations de masse, habituellement acquises à la « chitta », ont exprimé leur soutien aux manifestations contre le 5e mandat. Plusieurs sections de l’UGTA ont annoncé leur volonté de rejoindre les rues à côté des manifestants. Même l’organisation nationale des Moudjahidine a annoncé son soutien aux manifestations de rues contre le 5e mandat ! De leur côté, l’intersyndicale de la sSanté, composée de cinq syndicats du secteur, apporte son soutien au mouvement populaire contre le 5e mandat. Les syndicats autonomes de l’éducation nationale annoncent leur soutien au mouvement de contestation du 5e mandat, et une grève générale et des marches mercredi 13 mars.

Les chamboulements de cette journée préfigurent des changements majeurs dans les jours à venir.

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