La jeunesse algérienne s’est exprimée, je lui propose d’aller plus loin dans son projet rêvé. Et pourquoi pas une femme comme Présidente ? Si un pays ne peut le concevoir, c’est qu’il condamne et rejette la moitié de la population et, en même temps, se prive de son magnifique potentiel.

 

L’Algérie aurait besoin d’un gigantesque souffle qui brise les portes, fait voler en éclats les fenêtres et les clôtures pour faire entrer un air purifié d’espoir et de sérénité dans la croyance en l’avenir des plus jeunes. Et lorsqu’une société craint la brusque révolution (ce qui n’est pas mon cas en cette matière d’égalité homme/femme), tout en affirmant la force de ses convictions, c’est souvent vers le symbole qu’elle se tourne dans un premier temps, pour une transition apaisée. Il permet d’éloigner la sensation de peur du saut pour certains tout en maintenant la puissance des rêves collectifs pour un avenir très proche, très palpable et progressif.

 

Il n’est pas nécessaire de rappeler que les démocrates et humanistes déclarent l’égalité des genres humains, y compris dans leur incompétence. La condition de la digne réception du mandat public n’est pas de l’ordre de la couleur de peau, de l’origine sociale et régionale, elle ne pourrait pas plus être celui du genre humain.

 

Ainsi, lorsqu’on parle d’égalité cela veut dire que si toutes les femmes ne peuvent prétendre jouer ce rôle, beaucoup d’entre elles le pourraient autant que les hommes, en droit comme en compétence. Si seulement la lucidité d’une jeunesse, enfin réveillée, franchissait ce mur invisible de la peur, du blocage et des chaînes insérées dans les cerveaux.

Je dis donc à cette jeunesse estudiantine de terminer le travail, de la manière la plus pacifique qu’il soit mais, aussi, avec la plus grande des fermetés dans la revendication afin de  s’arracher des  ténèbres qu’ils ont connues depuis leur naissance.

Il y a d’innombrables verrous qui les condamnent à ne jamais vivre leur vie dans une modernité qui leur est due de droit, comme tous les jeunes de leur âge à travers le monde. Celui de l’égalité entre les garçons et les filles en est certainement des plus essentiels car il relève de la substance même de notre humanité et donc de la définition génétique de l’avenir.

 

Il y a longtemps qu’ils regardent cette fenêtre de liberté à travers les réseaux sociaux, les voyages et de bien d’autres moyens. Qu’ils franchissent ce pas et ils seront définitivement débarrassés de l’obligation de jouer en public un rôle qui ne correspond plus à leurs aspirations.

 

Les jeunes algériens n’ont plus un rapport psychanalytique à la femme comme celui des générations précédentes. Alors de quoi auraient-ils peur ? Pourquoi pas une femme pour retrouver la force symbolique des rêves d’antan, ce que furent les nôtres ?

 

La génération de femmes en âge d’assumer les responsabilités de haut niveau est là. Elles sont instruites, belles et pétillent la vie d’une envie irrésistible de bonheur et de liberté, pour elles comme pour leurs enfants, filles ou garçons.

 

Et si cela ne se trouve pas et qu’il soit nécessaire de faire appel à celles qui ont participé au pouvoir c’est que le pays est encore plus dévasté que nous l’imaginions. Dans ces conditions, il est inutile de vouloir le changement, gardons les Présidents à vie, mâles et bien orthodoxes.

 

Brisez les murs, jetez les vieilleries (mais pas nous !), brûlez un passé immonde qui vous a étouffés et qui vous condamne éternellement à un avenir sombre. Faites-le pacifiquement car rien n’est plus trompeur et contraire au projet humaniste que les règlements de compte aveugles, les vengeances et les hurlements sans projet politique stable, réfléchi et moderne.

 

Des hurlements à en crever le tympan, je les ai déjà entendus dans les rues d’Oran, à l’âge de sept ans, lorsqu’on a essayé de m’expliquer le bonheur d’une foule à retrouver un mot qui était encore vague pour moi, « l’indépendance ».

 

Nos aînés se sont déjà fait bernés, comme certains camarades et moi-même le serons plus tard. Nous étions retournés dans un pays dont nous avions cru, après les émeutes d’octobre, qu’il était prêt pour une transition démocratique. C’était une lourde erreur de notre part.

 

J’ai une certitude qu’une élection dans un régime autoritaire n’a aucun sens sinon d’être complice de sa légalisation de façade. C’est à vous de prouver qu’on peut lui donner du sens à nouveau et briser les tabous, les à priori ainsi que les dernières réticences qui enchaînent ce pays.

 

Osez proposer une femme, une démocrate et humaniste, une de celles qui ne braillent pas au micro lorsqu’on l’interroge, une de celles qui ne se soient pas compromises dans le gouvernement de ce régime politique. Il en existe des milliers, une seule suffirait à ouvrir, peut-être, le champ de l’avenir. Une femme Présidente, ce n’est pas cela qui compte mais quel espoir vous redonneriez à l’avenir par votre acte symbolique !

 

Dire « Madame la Présidente », en arabe ou en berbère, ce ne serait pas une garantie de sortie des ténèbres mais, bon sang, ce serait prouver que vous avez l’intention de la trouver, cette sacrée porte de sortie, introuvable depuis un demi-siècle.

 

Cependant, avant de nous quitter, je vous avertis comme tous les ans au 8 mars, ne cherchez tout de même pas la perle rare, encore moins à Alger. Car un oranais vous a déjà pris la femme la plus extraordinaire, la plus jolie et la plus intelligente, il y a trente-six ans de cela. C’est la mienne !

 

Elle est déjà l’impératrice d’un cœur, elle ne sera pas tentée par une rétrogradation en Présidente, fut-ce pour des millions d’autres cœurs.

 

Par SID LAKHDAR Boumédiene, Enseignant

 

 

 

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