Le buzz suscité par le reportage de l’équipe de l’émission « Quotidien » présenté par le célèbre Yann Barthès illustre parfaitement toute la fascination qu’éprouve l’opinion publique algérienne et internationale pour le mystère entourant la maladie d’Abdelaziz Bouteflika. Une maladie secrète. Une maladie intrigante. Une maladie qui nourrit toutes les spéculations et les rumeurs les plus extravagantes. 

 

Bref, une maladie qui est devenue l’un des secrets les mieux préservé du monde d’aujourd’hui grâce à un dispositif sécuritaire et politique qui empêche la moindre « fuite » sur le réel bulletin de santé du Président algérien. Le régime a réussi à entretenir une extraordinaire obscurité autour de cette question. Preuve en est, Abdelaziz Bouteflika a été annoncé « mort » à plusieurs reprises ces dernières années. Sa mort supposée, comme sa survie, est commentée et analysée par les médias du monde entier. Tel un fantôme insaisissable, Abdelaziz Bouteflika est pourchassé par les caméras des médias internationaux et la moindre image vaut son pesant d’or.

Mais pourquoi ? Parce que la santé de Bouteflika est l’un des piliers de la très complexe équation politique algérienne. La maladie de Bouteflika est sciemment utilisée par le régime algérien pour justifier une situation de flou institutionnel qui lui a permis de survivre à toutes les crises internes depuis 2013. Abdelaziz Bouteflika est la pièce centrale qui permet au régime algérien de ne pas s’effondrer comme un château de sable. Sa présence au plus haut sommet de l’Etat permet à elle-seule de garantir la stabilité des divers pôles qui composent le clan présidentiel. Même malade, fatigué et très diminué, Bouteflika est la seule garantie de l’homogénéité du clan présidentiel. Son absence attise les tensions et nourrit les guerre des clans. Sa disparition est vécue comme une menace dangereuse, voire une catastrophe car aucune une autre personne ne peut juguler la guerre de succession qui peut se déclencher à n’importe quel moment de son absence à la résidence présidentielle de Zéralda.

Ces données paraissent oui absurdes, extravagantes ou insensées. Mais elles reflètent la véritable situation politique d’une Algérie qui dépend maladivement d’un seul homme, à savoir le Président de la République. Et lorsque cet homme est malade, toute la République sombre dans la maladie.

L’histoire d’Abdelaziz Bouteflika avec la maladie remonte à 1985 lorsqu’il avait subi une intervention chirurgicale rénale aux Etats-Unis. Mais, le Bouteflika malade s’est imposé comme un personnage exceptionnel dans le récit des médias nationaux et internationaux depuis son admission à l’hôpital militaire Val de Grâce, le mercredi 19 avril 2006. Depuis cette date-là, on a commencé de plus en plus à évoquer une maladie beaucoup plus grave: un cancer de l’estomac. A l’époque, la version officielle avait expliqué que la réadmission de Bouteflika, intervenue cinq mois après une opération chirurgicale pour ulcère hémorragique de l’estomac, a été présentée comme une simple visite de routine pour suivi médical.

Et depuis cet épisode, la santé d’Abdelaziz Bouteflika s’est transformée en un film hollywoodien. Et à chaque départ à l’étranger, le régime algérien invoque une histoire et les médias étrangers notamment français finissent toujours par dévoiler les autres facettes soigneusement cachées et obscurcies par les autorités algériennes. Seuls deux hommes connaissent réellement les tenants et aboutissants de l’état de santé du Chef de l’Etat : son médecin français, Jacques Monségu et Messaoud Zitouni, son ancien médecin personnel. Et ses deux hommes n’ont jamais parlé et risquent de jamais parler…

Au final, la maladie de Bouteflika traduit les profondes faiblesses du régime algérien. Et à chaque détérioration de son état de santé, c’est tout le régime algérien qui vacille parce qu’il est incapable de lui trouver un successeur qui fait le consensus. Aujourd’hui, le peuple algérien se mobilise dans la rue et crie sa colère. Il faudrait donc composer avec cette population qui veut se faire entendre. Et c’est à elle qu’il revient le droit légitime d’élire celui qui doit succéder à Abdelaziz Bouteflika.

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