Le monde nous attendait, le monde nous regardait. Le monde en est témoin. Massivement, ce Vendredi 1er Mars à Alger, nous avons chanté et repris en chœur « Non au 5ème Mandat ». Toutes celles et tous ceux qui comptent, dans toute l’Algérie, ont fredonné le même air dans toutes ces variations musicales.

Tout le peuple des manifestants, ainsi défini pour s’éviter le terme mille-feuilles de « peuple » tout court ou trop plein qui agace, a marché vent debout contre le 5ème mandat de Bouteflika, de tout son gouvernement et de tous les systèmes qui se sont succédé depuis l’indépendance. C’était la liesse, la joie et le bonheur de se tenir mutuellement la main, de se secourir à chaque incident et de se relever à chaque fois que son élan se brise contre la masse des policiers alignés en ordre pour empêcher son avancée. Chaque manifestant a impliqué son corps tout entier pour rencontrer le temps dans sa vraie matérialité, il vit en détail  ce face-à-face producteur d’expériences qu’ignorent toujours les « intellectuels » et « opposants » professionnels assis à leur bureau ou ceux qui font trois petits tours et puis s’en vont.

Il n’y a pas de « printemps arabe » pour les algériens,  il y a plutôt une collision qui s’est opérée entre le passé et l’actualité. Le 1er Novembre 54 en était un pour briser les chaînes du colonialisme. Le 1er Mars est celui du dégagement de tous les systèmes de Ben Bella à Bouteflika. Les leviers du bon réflexe conditionné d’un 1er Novembre, enfouis dans les tréfonds, secoués de révoltes et d’émeutes, d’actes de résistance et de guerre fratricide, reviennent intacts. Les parents et grands-parents avaient inscrits sur nos gènes ces leviers salvateurs.

Ce peuple de manifestants a sorti son nez de ces lectures mensongères des messages d’outre-tombe, levé la tête, bradé l’interdit, regardé les volutes de fumée, se frotter à ses semblables, se chauffer auprès de ses compatriotes, se frictionner les yeux des gaz lacrymogènes ; il a voulu être dans l’action, jeté dans le monde et non enfermé, encagé, ensablé, tétanisé, euthanasié, sacrifié, en un mot il a voulu se sentir libre, assumer sa subjectivité ; l’avenir, c’est la manifestation et les actions de rue y sont invitées.

Du 1er Novembre 54 au 5 Juillet 1962, le peuple algérien a taillé profondément dans ses gènes pour en extirper toutes les expressions putréfiées et donner pendant huit ans le meilleur de lui-même et de ses enfants. Il s’est efforcé, pour la première fois, de mettre à profit ce qu’il sait de lui-même, ce qu’il a appris des autres et ce qu’ il compte faire d’une chaîne causale de fatalité pour la briser à jamais.

Le temps long de notre histoire nous dit comment on est arrivé là. Le temps immédiat, court, celui de ce moment de notre histoire, ce rendez-vous du 1er Mars 2019 nous raconte la légitimité de notre liberté et de notre dignité.

 

Le temps de l’épuisement est fini. Bouteflika et son clan nous réservaient la « continuité » de leur règne de pillage et de dépravation. C’est une foutaise, une bêtise sans nom. Ce temps des laudateurs, des oligarques, des corrompus, des tricheurs et des flagorneurs n’existe pas sans accélération, sans variation de vitesse, sans changement net, sans mutation véritable, sans confrontation et sans révolution. La minute d’un peuple qui aspire à la justice, à la liberté et au renouveau n’est pas la minute d’un vieillard condamné qui attend la mort.

 

C’est venu le temps de la vigueur qui s’empare de tous les algériens pour donner naissance à la puissance d’aller de l’avant. Cette vigueur déborde ce Jour de la Vérité, elle va nous amener à la Victoire. A ce moment seulement nous pouvons l’inscrire dans notre calendrier « Le 1er Mars Jour de Vérité et de Victoire ». Tous les algériens sont sollicités pour des propositions qui dépassent ces journées de protestation : constituante ou grand débat ou encore un livre de doléances, l’essentiel est que ce peuple de manifestants retrouve le chemin de sa liberté.

 

Par DAHMANE Chadli

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