C’est le phénomène de l’heure. Depuis l’annonce de la tenue des élections présidentielles du 18 avril prochain, Rachid Nekkaz est en train de frapper un grand coup. A chacun de ses déplacements, il draine d’immenses foules formant ainsi des manifestations spontanées qui tranchent paradoxalement avec la torpeur et nonchalance que suscitent les autres partis ou personnalités politiques. 

Après Khenchela et les centaines, pour ne pas dire milliers, de personnes qui sont venues accueillir Rachid Nekkaz devant la mairie de cette ville de l’extrême est algérien, à Guelma le même accueil triomphal a été accordé à cet opposant qui veut briguer la magistrature suprême en déposant son dossier de candidature au Conseil Constitutionnel le 03 mars prochain. Des centaines de personnes se sont rassemblées sur la plus importante place publique de la ville natale du défunt Houari Boumédiène. Force est de reconnaître qu’aucun autre candidat aux élections présidentielles ne suscite autant d’engouement et d’enthousiasme. Nekkaz est-il donc le nouveau opposant qui peut fédérer autour de lui les Algériens pour renverser le régime ? Non, loin s’en faut. Explications.

Rachid Nekkaz est, certes, populaire. Et sa force est justement de susciter le buzz, de le créer grâce à sa maîtrise parfaite des outils de communication digitale : médias sociaux, activisme sans relâche sur les réseaux sociaux et des vidéos virales sponsorisées régulièrement obéissant à une stratégie huilée qui travaille sur son image d’un homme politique jeune et proche des Algériens. Oui, effectivement, Rachid Nekkaz avait l’intelligence d’identifier les tares et déficiences des dirigeants politiques algériens. Un immobilisme maladif, une communication archaïque et une totale déconnexion des préoccupations quotidiennes des Algériens. Or, depuis 2014, Rachid Nekkaz a fait un précieux travail de terrain avec lequel il a comblé ce vide sidéral provoqué par l’absentéisme des politiques algériens.

L’homme est partout. Il fait le tour d’Algérie. Il filme tout. Lorsqu’on lui sourit, il filme. Lorsqu’on le frappe, il filme. Rachid Nekkaz est un homme hyper-connecté. Il incarne parfaitement cette nouvelle jeunesse algérienne dont les yeux ne quittent jamais leurs smparthones. Et au bout de 4 ans, Nekkaz s’est imposé comme une « mode ».

Cependant, Rachid Nekkaz est beaucoup plus un « people » qu’un homme politique. Son programme politique est primaire, sa vision du futur de l’Algérie très incohérente et le personnage manque toujours d’épaisseur. Plus grave encore, il ne réunit aucune des conditions qui lui permet de se présenter au scrutin présidentiel du 18 avril prochain : il possédait auparavant la nationalité française, il n’a jamais résidé pendant 10 ans en Algérie et son épouse n’est pas une algérienne. La loi électorale en vigueur dans notre pays l’exclut tout bonnement de la course à la présidence. Rachid Nekkaz le sait parfaitement.

Il se contente du buzz qu’il provoque pour soigner sa popularité, mais il ne fait aucun plan pour affronter le régime et le forcer à revoir le mode d’organisation des élections pour que sa candidature puisse être retenue. A moins qu’il veuille négocier un deal avec le pouvoir en place pour pouvoir intégrer plus tard les cercles décisionnels. De leur côté, de nombreux algériens déçus par l’opposition, en colère contre les autorités, assoiffés de changement, férus de nouveautés et avides de nouveaux discours, suivent et soutiennent activement un Rachid Nekkaz qui satisfait virtuellement leurs frustrations à défaut d’un véritable projet de société et politique qui peut les séduire, les convaincre, les mobiliser…

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