La colère sourde et légitime qui couve dans  le pays depuis des décennies, notamment au sein de la jeunesse, commence à s’exprimer ouvertement et dans la rue.

En décidant de tenter le pire en reconduisant dans des conditions ubuesques un chef d’Etat impotent, le système a brisé les reticences populaires et les craintes d’un syndrome lybien.
 
La grotesque et humiliante mise en scène organisée par le FLN à la coupole d’Alger a fini par provoquer une profonde indignation populaire.
 
Le spectre d’un nouveau « octobre 88 » plane plus que jamais sur le pays. 

Le pouvoir commettra une erreur politique lourde de conséquence en sous-estimant le  ras-le-bol général. Tenter d’user de la menace, de la manipulation ou de la provocation ne fera qu’aviver le sentiment de révolte et élargir la contestation.
Les manoeuvres sournoises et dilatoires  sont aujourd’hui inopérantes, les seuils de ruptures étant atteints.
Le système étant phase d’épuisement politique, ses capacités régénératrices totalement réduites, les promesses de profondes  réformes politiques et économiques  sonnent comme une tentative désespérée de sauver les apparences et de gagner du temps. Si cela a fonctionné au moment du « printemps arabe », l’épuisement des ressources financières ne saurait  à  présent garantir la « paix sociale ».
Plus grave, la perspective d’une mutation dangereuse du système n’est cependant pas à écarter.
Les forces « compradores » qui se sont emparées de certains leviers décisionnels sont prêtes à  des concessions stratégiques pour bénéficier de l’appui politique et financier étranger.
Une occasion inespérée pour les puissances hostiles au positionnement géostratégique hérité du non-alignement, rare survivance de la révolution algérienne, de provoquer une inflexion de la politique extérieure, notamment de la doctrine militaire, pour inscrire notre pays dans des alliances qui hypothéqueront l’indépendance nationale.
La complicité active de ces cercles anti-nationaux, à l’origine de l' »affaire cocaine », nichés au coeur du pouvoir,  y compris  dans les secteurs sensibles de la sécurité, peut aller jusqu’à  instrumentaliser la « rue » pour provoquer l’Etat d’urgence et s’emparer ainsi de l’ensemble des leviers du pouvoir.
Ce qu’ils proposent au pays, ce n’est ni plus ni moins qu’une reddition sans conditions à l’ordre néolibéral mondialisé.
Si le pouvoir a choisi le fuite en avant, les forces patriotiques doivent rapidement agir non pas pour souffler sur les braises mais pour définir, en s’inspirant de l’appel du premier novembre et du congrès de la Soumam, les bases d’une alternative politique et démocratique pour reconstruire l’Etat et la Nation.
Loin des surenchères et des appels irresponsables au soulèvement, au delà du 18 avril, les acteurs politiques crédibles, où qu’ils se trouvent,  ont, face à ces enjeux qui touchent à la sécurité et la souveraineté nationales,  la responsabilité historique de donner une perspective patriotique à un mécontentement populaire qui ira en s’amplifiant.
Aujourd’hui, ce n’est ni plus ni moins que la préservation d’une certaine idée de l’Algérie. Celle des pères fondateurs.


Par Samir Bouakouir, Ancien Porte-parole du FFS.

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