Ce 14 février 2019, les citoyens d’Annaba ont fêté la saint-Valentin à leur manière, en exprimant leur refus d’un cinquième mandat pour le président sortant Abdelaziz Bouteflika, qui n’a pas prononcé de discours depuis plus de 6 ans et qui ne s’adresse à son peuple que par «messages officiels» lus en son nom. Certains leadeurs de l’opposition n’hésitent même pas à insinuer ou affirmer que le Président de la République n’est pas à l’origine de ces messages qu’on lui attribue.

«Le mandat de trop n’aura pas lieu si …»

A Chlef, Bejaïa, Bordj Bou Arreridj et d’autres wilayas, des mouvements protestations spontanés ont éclaté çà et là. Provoquant un buzz et des réactions en chaîne … sur les réseaux sociaux. Les langues commencent à se délier. La peur commence à céder la place face à la colère, la révolte et le refus du fait accompli –devenu au file de ces dernières années une véritable politique nationale-. A Annaba, une poignée d’activistes ont décidé d’agir. Dès l’annonce officielle de la candidature du président de la République de se porter candidat (par procuration) à sa propre succession, pour diriger le pays (par procuration) pendant 5 années de plus -s’il est toujours vivant-, ces activistes ont commencé à réfléchir à un plan d’action pour tenter d’éviter ce qu’ils considèrent être une mascarade. «Le mandat de trop n’aura pas lieu si le peuple algérien décide d’affronter sa peur et d’investir la rue à travers des sit-in, des marches et des manifestations pacifiques. Les citoyens libres doivent prendre leurs responsabilités historiques et faire barrage au mandat de la honte», nous affirma Me Amine Derradji, militant et activiste connu à Annaba.

Libération de la peur et éveil des consciences

Cette matinée de jeudi a vu se mobiliser une trentaine de citoyens -majoritairement des avocats ayant répondu à l’appel de Me Amine Darradji- se réunir sur le Cours de la Révolution où les autorités locales ont mobilisé un énorme camion de la bibliothèque mobile du ministère de la culture pour empêcher les manifestants de tenir leur sit-in sur le parvis du théâtre d’Annaba, comme cela était prévu initialement.

Les opposants au cinquième mandat ont donc décidé de tenir leur sit-in à quelques mètres du lieu prévu, et là encore un camion de don du sang squattait l’endroit, mais laissait tout de même suffisamment de place aux manifestants pour protester. Un impressionnant dispositif sécuritaire avait été mis en place. En quelques minutes seulement, le nombre des participants a commencé à augmenter. Les badauds se sont rassemblé pour filmer de loin, puis ont commencé à se rapprocher petit à petit, à prendre des selfies avec les manifestants, à prendre des photos avec des pancartes sur lesquelles l’on pouvait lire «non au cinquième mandat», «ne compromettez pas l’avenir de nos enfants» et «non au mandat de la honte». Vers 11h00, soit 45 minutes après le début du sit-in, le nombre des participants avoisinait les 300 personnes. Les curieux ont fini par rejoindre le mouvement dès qu’ils ont constaté qu’il n’y avait aucune violence et qu’ils ne risquaient rien lors de cette protestation pacifique.

«D’autres actions vont suivre»

Interrogés, les organisateurs, connus pour leur long parcours de militants à Annaba, promettent d’organiser d’autres mouvements de ce genre. «Nous avons tout d’abord tenté, à travers cette mobilisation de prouver aux gens qu’ils n’avaient pas à avoir peur ; qu’il fallait protester de manière pacifique et civilisée. Nous estimons que d’une certaine manière cette première expérience était un succès, dans la mesure où nous avons réussi à briser l’obstacle de la peur. Nos prochaines actions devraient mobiliser plus de personnes à l’avenir. Nous avons confiance dans le pouvoir du peuple à prendre leur destin en main. Et nous espérons que ce genre d’initiatives va se propager à l’ensemble du territoire national», nous affirma l’un des organisateurs.

Par Mustapha Bendjema 

LAISSER UN COMMENTAIRE