Rien ne va plus entre la Suisse et l’Algérie depuis le 23 octobre 2018. Officieusement, les deux pays sont en froid. En effet, le ministère des Affaires étrangères  a adressé une sévère correspondance à l’ambassadeur de Suisse à Alger pour l’informer de la volonté de l’Etat algérien de procéder au gel des rapports commerciaux avec la Suisse et de suspendre les visites des délégations économiques en signe de protestation contre les évolutions de la procédure enclenchée contre le général Nezzar, a-t-on appris au cours de nos investigations.

 

A travers cette correspondance, la diplomatie algérienne voulait menacer directement les autorités suisses qui ne veulent pas influencer la Cour des plaintes du Tribunal pénal fédéral (TPF), l’instance judiciaire qui traite les plaintes déposées par trois Algériens contre le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense. Les plaignants invoquent des tortures et arrestations arbitraires subies entre 1992 et 1994.  Les autorités algériennes se disent prêtes à suspendre une bonne partie de leurs relations économiques avec la Suisse si cette procédure reprend de nouveau alors qu’elle le Ministère public de la Confédération suisse (MPC) avait refusé le 4 janvier 2017 de retenir la notion de conflit armé non international pour qualifier la situation régnant en Algérie durant les années 90.

Après avoir classé ce dossier, la justice suisse a changé d’avis en considérant que les dispositions légales permettant de fonder une compétence en Suisse pour juger des faits survenus à l’époque n’étaient donc pas applicables. Cela signifie que des poursuites judiciaires peuvent être enclenchées à n’importe quel moment contre le général Nezzar et d’autres dirigeants algériens. Des mandats d’arrêts internationaux peuvent être ensuite décernés par la justice suisse contre des dirigeants algériens jugés coupables de crimes contre l’humanité ou de torture.

Face aux pressions algériennes, les autorités suisses n’ont pas paniqué. Au contraire, a-t-on confirmé au cours de nos investigations, depuis Berne, le département fédéral suisse des affaires étrangères, a répondu au mois de novembre 2018 aux autorités algériennes via un télégramme communiqué à l’ambassadeur suisse à Alger. Et dans ce télégramme, les autorités suisses ont dénoncé le ton menaçant des autorités algériennes en faisant savoir que la Suisse n’hésitera pas à revoir ses relations avec l’Algérie si ces tensions perdurent.

La Suisse a refusé donc de plier au diktat de l’Algérie. Un climat très tendu s’est installé entre les deux pays depuis la fin d’année 2018. Des groupes d’intérêts essaient de jouer le rôle d’intermédiaire pour ramener le calme entre Berne et Alger. Au sein de ces groupes, nous retrouvons de richissimes hommes d’affaires algériens qui détiennent des avoirs financiers en Suisse à l’image de Réda Kouninef, le patron et actionnaire majoritaire du groupe KouGC, ainsi que Mohamed-Laïd Benamor, l’une des plus grosses fortunes en Algérie. Il faut savoir enfin que de nombreux projets inscrits dans le cadre de la coopération économique entre les deux pays sont bloqués. Et les investisseurs suisses ne veulent plus entendre parler de l’Algérie à cause de ces tensions politiques.

 

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