La question du retour des Compétences algériennes exilées à l’étranger nécessite un examen minutieux et une étude approfondie.

Concernant la question du retour, les histoires multiples de retours non réussis, de déceptions et de perte d’énergie et de ressources sont nombreuses dans la sous-région du Maghreb et en Algérie. Elles ont pour effet d’occulter les réussites. Des éléments aussi simples que la scolarisation des enfants, le problème linguistique, les procédures administratives peuvent être déterminants dans la décision du candidat au retour. Mais, comme il a été souligné par ailleurs, la principale leçon à tirer de cette expérience est que le retour n’est efficace que si le pays d’origine connaît une croissance économique soutenue et un développement palpable. Dans ce cas, les expatriés sentent que le climat est propice aux affaires ou à la recherche.

La crise des investissements directs étrangers dans les pays du Sud non émergents (PSNE) n’est plus à démontrer. Les pays du Maghreb et l’Algérie en particulier sont parmi ceux qui en ont le plus souffert. Le phénomène d’éviction dont ont fait cas certains travaux a bien eu lieu et continue de se manifester. Il est de ce fait temps de réfléchir en termes de “fenêtre d’opportunités” créée par ce phénomène pour la diaspora entrepreneuriale. Des données non vérifiées font cas de 48 milliards de dollars US de capitaux détenus par la diaspora entrepreneuriale algérienne à l’étranger et qui sont susceptibles d’être investis en plus du savoir-faire technologique. Mais, pour cette raison, ce qu’on appelle le “climat des affaires” doit être substantiellement amélioré (l’Algérie est classée 125e sur 178 pays en 2008) selon la Banque mondiale (2008).

Le “migr’acteur du développement” est une réalité : à titre d’illustration, 25 millions d’Indiens dispersés dans le monde sont à l’origine de 9 % des investissements directs étrangers dans le pays.

Plus un pays est inséré dans cette économie, plus les chances d’intégration des CNE sont élevées. Les indices de la connaissance (KI) et de l’économie de la connaissance (KEI) constituent de bons indicateurs de l’insertion dans cette économie. Cet indice reste faible dans le cas de l’Algérie (3,2 en 2008) comparé à celui du Danemark (9,58), par exemple, qui ne connaît presque pas d’émigration. Parmi les causes de la fuite des cerveaux dans les pays du Maghreb, on peut citer la faiblesse de la recherche scientifique. La confiance, l’un des autres piliers de l’économie de la connaissance, doit revêtir une dimension centrale dans ce processus.

Au niveau de la mobilité, là également, la notion de flux doit prévaloir. Les compétences peuvent ainsi se déplacer quand le besoin se fait sentir. La réinstallation dans le pays d’origine n’est plus nécessaire. Un certain nombre d’institutions ont pris à bras-le-corps cette question et s’y attachent depuis quelques années (Banque mondiale, CEA…). L’Union européenne a, depuis 2007, lancé son programme pour aider les migrants à mieux participer au développement de leurs pays respectifs : l’Europe des 27 adopte une recommandation en 2007 relative au codéveloppement dans laquelle elle reconnaît la nécessité de soutenir les activités des migrants et de leurs associations, ainsi que les partenaires s’impliquant dans le développement de leur pays d’origine. Il s’agit de collaborer avec les migrants et leurs associations à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques et des programmes de codéveloppement dans leur pays d’origine. De ce fait, l’UE recommande de favoriser la mobilité des migrants participant au développement de leurs pays d’origine.

La crise de l’emploi au Nord peut être perçue comme une opportunité afin de mobiliser d’énormes potentialités pour travailler au Sud : les affaires ont plus de chances de réussir en Algérie qu’en France, où la concurrence est féroce et les horizons bouchés pour les jeunes selon certains entrepreneurs.

Il s’agit d’adopter une position de gagnant-gagnant où cette circulation sera profitable à la fois au formidable réservoir de compétences internes et au pays d’accueil. Selon le nouveau discours politique, “cette communauté se doit de jouer un rôle de soutien à la stratégie de relance de l’économie nationale menée par le gouvernement”. L’implication directe des Algériens installés à l’étranger dans cette stratégie apportera un plus en matière d’expérience, de consulting et d’investissement et permettra de “profiter de l’expérience internationale dans la gestion de l’émigration”.

Il s’agit, par ailleurs, de légitimer des flux inverses : récupérer les dépenses publiques faites pour la formation par l’accueil massif de diasporas qui ont accumulé une expérience significative. L’Algérie et le Maghreb ne sauraient continuer à temporiser pour mobiliser au maximum ce formidable potentiel et pouvoir faire face au nouveau contexte mondial de la révolution simultanée des TIC, de l’immatériel, du redéploiement du capital international et des nouveaux équilibres géostratégiques. Il est d’autant plus impérieux d’agir, sachant qu’une partie de ces compétences arrive massivement dans le dernier quart de leur “cycle de vie”, c’est-à-dire la phase de maturité et déclin, où des projets de retour, même virtuels, s’estompent, où des logiques d’insertion dans les lieux de résidence deviennent prioritaires et où les horizons des pays d’origine s’éloignent de plus en plus. L’État doit accompagner la société civile qui travaille aujourd’hui dans l’urgence, créer un cadre de concertation intersectoriel qui va permettre d’être beaucoup plus réactif et d’avoir une gestion active, ainsi qu’un observatoire algérien de la migration internationale.

Les efforts doivent se concentrer sur la capacité d’absorption de la technologie importée, et par extension sur la capacité d’absorption des propres CNE. En fait, il faudrait inventer un modèle fondé sur les besoins nationaux et les potentialités nationales là où elles se trouvent.

Par Abdelkader Djeflat, Université des Sciences et Technologies de Lille (Lille-1)

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