Le 9 octobre 2018, toute l’Algérie découvre la voix d’un haut gradé des services secrets, l’ex-DRS, qui négocie la suppression d’un article avec le patron d’Ennahar TV, Anis Rahmani. L’enregistrement vocal a été diffusé sans aucune retenue par Ennahar TV. Une première inédite dans le monde entier. Totalement choqués et ébahis, les Algériens découvrent par la même occasion qu’un simple patron de presse peut se permettre le luxe d’humilier un corps sécuritaire névralgique, la véritable colonne vertébrale de l’appareil sécuritaire de l’Etat. 

Anis Rahmni gueule, crie et menace un colonel et le premier patron des services secrets, à savoir le général-major Bachir Tartag. Du jamais vu dans l’histoire ! Ce dérapage rarissime dans  l’histoire des médias a suscité à l’époque une énorme polémique. Mais, quelques jours plus tard, il fut passé sous silence et personne n’a dévoilé aux algériens les véritables dessous de ce scandale gravissime qui a porté atteinte à l’intégrité de l’ex-DRS, une atteinte inqualifiable à l’ordre public, une infraction punie sévèrement y compris dans les pays les plus avancés démocratiquement en Occident.

Quelle est donc la vérité ? Les investigations menées par Algérie Part ont permis de lever le voile sur les raisons du comportement scandaleux d’Anis Rahmani, le patron d’Ennhar TV. Ce dernier connaît très bien le fonctionnement de la sécuritocratie algérienne. Son « coup de folie » a été donc bien calculé et obéit à des considérations politiques que personne ne veut révéler aux Algériens. En réalité, la genèse de cette affaire remonte à l’été 2018. A la suite du déclenchement du scandale de la cocaïne du Port d’Oran, les enquêteurs de la célèbre caserne d’Antar, le célèbre centre de recherche et d’investigation (CRI) de l’ex-DRS basé à Ben Aknoun, entame des recherches approfondies sur les fonds et les revenus de plusieurs personnalités proches du controversé « Kamel le Boucher », alias le milliardaire Kamel Chikhi, le principal suspect dans l’affaire dite de la cocaïne du port d’Oran.

Au cours du mois de juillet et d’août 2018, Ans Rahmani fut convoqué à deux reprises pour être entendu par les enquêteurs du centre Antar. Au cours de l’interrogatoire, Anis Rahmani fut longuement questionné sur ses relations avec Kamel Chikhi et la proximité de plusieurs de ses journalistes avec ce grand promoteur immobilier et premier importateur des viandes surgelées en Algérie. Les enquêteurs de l’ex-DRS ont également interrogé le patron d’Ennahar TV sur les origines des fonds avec lesquels il avait procédé à l’acquisition d’au moins 3 biens immobiliers en France ainsi que des magasins proposés à la location dans la banlieue parisienne. Les investigations des enquêteurs du centre Antar ont découvert aussi que le patron d’Ennahar TV dispose d’une résidence immobilière à Abu Dhabi dans les Emirats Arabes-Unis ainsi que de comptes bancaires à Dubaï.  Anis Rahmani possède, d’ailleurs, un titre de séjour dans cet émirat richissime du Golfe.

D’autre part, les services secrets algériens ont été alertés par leurs homologues britanniques au sujet des soupçons d’évasion fiscale dont fait l’objet Anis Rahmani à Londres en Angleterre. Le patron de presse algérien possède depuis au moins 2012 à Londres une société offshore qui est considérée comme le véritable siège social de la maison-mère d’Ennahar TV. Cependant, Anis Rahmani se déclare toujours déficitaire auprès des autorités britanniques et dans les informations qu’il fournit au fisc anglais, il prétend ne pas dégager des bénéfices. Or, en Algérie, Ennahar TV est un richissime groupe de médias qui fait gagner beaucoup, mais vraiment beaucoup d’argent à Anis Rahmani. Les recettes publicitaires du groupe médias d’Ennahar TV ont atteint l’équivalent de 15 millions d’euros.

Les inspecteurs du fisc anglais ne sont pas dupes et réclament des explications. Les services britanniques prennent le relais et enquêtent sur les réseaux et accointances d’un Anis Rahmani devenu encombrant à Londres en raison des multiples protestations soulevées par les opposants algériens exilés dans ce pays.

A Alger, les services ouvrent le dossier et plus personne ne peut protéger le seigneur Anis Rahmani. Naguère prince des médias, il tombe durant ce torride été 2018 de son piédestal et se retrouve au coeur d’une dangereuse enquête menée par l’ex-DRS. Pour survivre et ne pas finir en prison, Anis Rahmani a besoin de nouveaux protecteurs. Informé des dessous des guerres de clans qui minent de l’intérieur le régime algérien, il se rapproche du général Ghali Belkecir, le Commandant de la Gendarmerie nationale et poulain du chef de l’Etat-Major de l’ANP et vice-ministre de la Défense Nationale, Ahmed Gaïd Salah.

Ghali Belkecir promet l’immunité à Anis Rahmani s’il rejoint ce clan qui veut obtenir la tête du général Bachir Tartag, l’ennemi juré des partisans et alliés de Gaïd Salah. Anis Rahmani sauve sa tête et échappe à l’échafaud. Le patron d’Ennahar TV va être instrumentalisé dans une nouvelle guerre de clans qui va saper la stabilité de l’Etat. Une guerre où tous les coups étaient permis. Anis Rahmani a bien retenu cette leçon. Mais, aujourd’hui, la roue est en train de tourner car le plan des nouveaux protecteurs du patron d’Ennahar TV n’a pas abouti. Bachir Tartag est toujours en place. Et pour échapper à la vindicte des services, Anis Rahmani a été contraint de séjourner longuement à Dubai et Abu Dhabi avant de revenir récemment à Alger où il se fait tout petit et discret. L’avenir s’annonce très sombre pour le propagandiste qui a amassé une grosse fortune dans un laps de temps très court. Algérie Part reviendra prochainement sur ce sujet avec de nouvelles révélations.

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