Depuis l’Indépendance algérienne en 1962, l’essor démographique exceptionnel qui a caractérisé les régions sahariennes constitue un des marqueurs essentiels des mutations de ces territoires qui, de terres d’exil, en stagnation voire en déclin démographique, devinrent des terres d’appel, des terres d’accueil.

Ce dynamisme démographique, qui a articulé une croissance endogène liée à une natalité plus élevée et un jeu favorable des migrations intérieures (Office national des statistiques) et extérieures  s’inscrit dans, et s’explique par, la concrétisation d’une ambition d’intégration nationale, guidée par le centralisme et l’égalitarisme, tous deux facilités par l’explosion des ressources financières issues de la manne pétrolière.

Depuis 1962, les investissements massifs de l’État démiurge (Brûlé, Fontaine, 1988) ont littéralement construit et restructuré progressivement les territoires sahariens, en instituant une forte organisation administrative et politique, en favorisant la généralisation des services publics et en développant les axes de communication, dans le cadre de la politique d’aménagement du territoire. Cependant, l’attractivité renouvelée de ces régions sahariennes algériennes doit également à la dynamique économique impulsée par les acteurs privés, dans le domaine agricole (grande mise en valeur et renouveau oasien), industriel et pétrolier (opérateurs nationaux et étrangers), mais aussi dans le secteur tertiaire (commerces et services). Ces dynamiques, pour structurantes qu’elles soient en Algérie, peuvent être mises en regard des situations connues à l’échelle saharienne (Pliez, 2003 ; Côte, 2002) qui, bien que de manière contrastée entre rives nord et sud du Sahara, conduisent à la polarisation des activités et à l’urbanisation des populations.

En effet, la croissance démographique considérable du Sahara algérien – une multiplication par 5,4 en 54 ans – est avant tout venue alimenter une armature de villes à l’urbanité naissante, et a ainsi accompagné l’émergence de pôles essentiels d’animation de ces territoires, reliés au cœur des réseaux de centralités politiques et socio-économiques.

3 570 000 habitants en 2008 

Peuplé de 3 570 000 habitants, le Sahara algérien, photographié au travers du recensement de 2008, n’a donc plus guère de rapports avec celui d’avant la guerre de Libération. La population y est très largement urbanisée, avec 70 % de citadins en 2008 ; soit un taux plus de trois fois supérieur à celui de 1954 (22 %). Signe de la réussite des politiques d’intégration, la scolarisation y est massive (plus de 85 % des enfants entre 6 et 15 ans), alors qu’elle était l’exception avant l’Indépendance. Enfin, les Sahariens sont très majoritairement actifs dans le secteur tertiaire, alors qu’ils vivaient essentiellement de l’agriculture pendant la période coloniale et au lendemain de l’indépendance.

Cet article a pour ambition de retracer l’évolution démographique des régions sahariennes en Algérie entre 1954 et 2008, date du dernier recensement, puis de donner à voir son corollaire, la dynamique d’urbanisation, pour enfin décrire quelques éléments de structures de la démographie saharienne actuelle.

En 1954, aux prémices du conflit pour l’Indépendance algérienne, le Sahara algérien ne rassemblait qu’environ 660 000 habitants (Fontaine, Flitti, 2010), soit 80 000 de plus que la seule agglomération d’Alger (Prenant, 2010). Sa population fut multipliée par 5,4 en 50 ans pour approcher les 3 600 000 habitants en 2008, soit 10,5 % de la population algérienne répartie sur 90 % du territoire algérien.

La croissance démographique saharienne depuis 1954 a été globalement plus forte que celle du nord de l’Algérie, quelles que soient les périodes considérées, car alimentée par des taux de natalité plus élevés et des migrations positives, notamment vers, et à proximité, des zones de production d’hydrocarbures. Cette dynamique a été renforcée par la politique étatique d’aménagement du territoire et de contrôle des frontières du sud et de l’est.

Sur l’ensemble de la période 1954-2008, le taux de croissance annuel moyen saharien est ainsi demeuré supérieur à 3 %, avec quelques fluctuations et un fléchissement continu de la croissance depuis 1977, plus tardif donc que dans le nord algérien ; les taux demeurent néanmoins encore élevés, aujourd’hui (+ 2,45 %/an entre 1998 et 2008).

Cette croissance globalement forte masque de réelles disparités entre les territoires qui composent le Sahara. Nous avons pris ici comme cadre spatial le découpage régional réalisé par A. Bendjelid et J.-C. Brûlé (Brûlé, 2004) qui propose trois échelles spatiales articulées :
– niveau 1 : les quatre grandes régions « classiques » : Algérie centrale, occidentale, orientale et saharienne ;
– niveau 2 : 19 régions, dont 4 en Algérie saharienne ;
– niveau 3 : 91 petites régions ou espaces de référence identitaire (ERI), dont 19 en Algérie saharienne.

En 2008, la population saharienne est très largement concentrée dans le Nord-Est : le Bas-Sahara à lui seul (1 858 000 hab. sur 16,5 % du territoire) rassemble plus de 50 % de la population saharienne, soit un peu plus qu’en 1954. Les Ziban, région de Biskra (600 000 hab.), demeurent la région saharienne la plus peuplée, devant le Souf (500 000) avec El Oued et Oued Righ (350 000) qui compte Touggourt comme pôle d’envergure régionale. La densité moyenne (5,5 hab./km²) n’est pas significative en raison des immensités quasi vides du Grand Erg oriental et du Sahara pétrolier (en dehors de Ouargla et Hassi Messaoud), mais si l’on ne retient que les trois régions septentrionales, les densités moyennes sont néanmoins significatives.

Le Bas-Sahara a connu une croissance forte et permanente depuis 1954, légèrement supérieure à la moyenne saharienne (Tab. 2). Elle a davantage bénéficié au Souf (région d’El Oued), dont le taux de natalité a été particulièrement élevé pendant toute la période, et plus encore au Sahara pétrolier dont le développement des infrastructures a généré de considérables besoins de main-d’œuvre. Pour la période récente, si l’on excepte le Grand Erg oriental très peu peuplé, les différences de croissance entre les territoires sont relativement faibles (Fig. 1).

Le Sahara nord-central est un peu moins peuplé (1 476 000 hab.), mais sur un territoire plus de deux fois plus vaste : les groupes d’oasis sont moins importants et plus isolés, seuls la Saoura (région de Bechar), le M’Zab (région de Ghardaïa) et la région des Daïas (où se localisent les installations gazières de Hassi R’Mel) dépassent les 200 000 habitants, principalement du fait de la présence de grandes villes (Béchar, Ghardaïa et Laghouat) qui concentrent parfois plus de la moitié de la population régionale.

Le Sahara nord-central a globalement connu une croissance plus faible que les régions précédemment évoquées. Mais les oppositions régionales sont assez fortes : la région des Daïas, du Touat (du fait du développement de la ville d’Adrar) et du Tidikelt ont manifesté un dynamisme certain, alors que le Piémont saharien occidental a laissé émigrer une part importante de ses habitants et s’est partiellement dévitalisé. Pour la dernière période intercensitaire, le Piémont saharien central a vu sa population augmenter rapidement du fait d’un très fort dynamisme démographique, ainsi que les Daïas, à un degré moindre ; à l’inverse le M’Zab, le Gourara et la Saoura ont connu une croissance plus faible (Fig. 1).

Le Sahara touareg a connu pour sa part une croissance très forte et continue, en particulier à partir de 1977. Sa population a été multipliée par plus de dix en une cinquantaine d’années : la volonté algérienne de contrôle des frontières méridionales (création de points de contrôle et développement par la suite de petites agglomérations : Tin Zaoutine, Bordj Badji Mokthar) et les migrations sahéliennes expliquent l’importance de cet accroissement aux points de fixation frontaliers, mais également dans les agglomérations qui maillent cet immense espace, comme Tamanrasset, Djanet ou Illizi.

Le Sahara occidental, très peu peuplé (environ 55 000 habitants, pour l’essentiel implantés à Tindouf), a connu une décroissance démographique jusqu’en 1977, puis une croissance particulièrement forte, en particulier ces dernières années du fait des forts investissements étatiques réalisés à Tindouf (chantiers de construction liés au développement de la ville, chef-lieu administratif et nœud militaire). La proximité de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et de ses camps de réfugiés, principalement implantés dans cette wilaya de Tindouf (Corbet, 2006), explique une partie de la dynamique démographique régionale, sans qu’il soit aisément possible d’en chiffrer la contribution.

Les marges sahariennes occidentale et méridionale demeurent très peu peuplées. Néanmoins, le Sahara occidental et le Sahara touareg s’opposent clairement. Alors que le premier a vu sa part relative nettement diminuer du fait du départ de nombreux nomades Reguibat entre 1954 et 1966, la part du second s’est fortement accrue en raison de la volonté algérienne de contrôler son espace et ses frontières ainsi que de réguler les migrations sahéliennes liées aux sécheresses et aux conflits militaires qui ont frappé le Mali et le Niger depuis les années 1970.

Urbanisation massive 

Corollaire du développement démographique, l’urbanisation massive du Sahara depuis le milieu du XXe siècle constitue certainement le principal marqueur du changement qui a caractérisé la région, notamment en contribuant à redessiner et polariser la répartition géographique des Sahariens.

La définition officielle de l’urbain, produite par les services statistiques algériens, a sensiblement varié dans le temps, en particulier entre 1954 et 1977 : en 1954, la définition de l’urbain en Algérie est uniquement administrative : seules 46 communes, dites « de plein exercice », sont considérées comme urbaines, dont une seule au Sahara, Biskra.

En 1966, la nouvelle définition proposée par l’Office national des statistiques (ONS) est mixte : elle comprend à la fois un critère administratif (toute unité urbaine doit être chef-lieu de commune, ce qui exclut toutes les agglomérations secondaires, y compris en milieu urbain ou suburbain), une limite statistique (plus de 4 000 habitants) et différents autres critères, concernant notamment l’activité. En 1977, cette définition devient spatiale et statistique (une unité urbaine est une agglomération formée d’au moins une centaine de constructions dont la distance minimale qui les sépare est inférieure à 100 m), et elle le reste jusqu’à aujourd’hui, mais elle est accompagnée de divers critères socioéconomiques et d’équipement dont la liste et les niveaux varieront d’un recensement ultérieur à l’autre. La mesure du taux d’urbanisation (et de la croissance urbaine) qui est toujours un exercice délicat, est d’autant plus difficile quand les critères de l’urbain varient ainsi d’un recensement à l’autre et que l’urbanisation se fait de manière accélérée, de nombreuses agglomérations passant de la strate rurale à la strate urbaine entre chaque recensement.

Pour une harmonisation a minima de l’ensemble des données, nous avons considéré comme urbaines, en 1954 et 1966, toutes les agglomérations de plus de 10 000 habitants. Nous avons gardé les définitions officielles de l’urbain aux autres recensements (1987, 1998, 2008), malgré de légères différences qui, selon nous, ont un impact réduit.

En 1954, les sept agglomérations que nous avons considéré comme urbaines rassemblaient 146 000 citadins, soit un taux d’urbanisation d’environ 22% ; l’urbanisation correspondait alors strictement aux centres de colonisation du Bas-Sahara et de Bechar : pôles agricoles pour les premiers et point militaire stratégique à la frontière marocaine pour le second.

Le nombre de citadins sahariens double entre 1954 et 1966, année où le taux d’urbanisation atteint 33 %, mais cette urbanisation reste concentrée dans le Bas-Sahara et ses bordures, à l’exception de Bechar et El Menia (ex-El Golea). Sur la période suivante (1966-1977), elle double encore pour représenter 47 % des Sahariens. Cette dynamique est liée à la mise en valeur pétrolière du Sahara, à la politique de promotion administrative (création de nouvelles wilayas et daïras et, donc, de chefs-lieux à équiper en infrastructures et moyens humains) et d’aménagement du territoire qui favorisent l’attractivité migratoire des villes sahariennes aux échelles régionale et nationale. Sur cette période, l’urbanisation se diffuse également vers le sud : Adrar, Tamanrasset, Djanet, Beni Abbes émergent alors comme des pôles structurants de leurs régions.

Entre 1977 et 1987, l’urbanisation s’accroît moins rapidement ; elle concentre néanmoins 56 % de la population, notamment grâce à la densification du réseau de petites et moyennes agglomérations du Sahara du nord-est.

Pendant la dernière décennie du XXe siècle, la progression du nombre d’agglomérations est moins forte au Sahara que dans le nord du pays : peu de nouvelles agglomérations y accèdent au statut urbain, alors que, inversement, du fait des nouveaux critères de l’ONS, certaines en sont rejetées. Malgré ces modifications, l’augmentation de la population citadine reste élevée en valeur absolue.

La période 1998-2008 voit à nouveau un accroissement de l’urbanisation saharienne plus rapide que dans le nord du pays, quel que soit le critère retenu : évolution du nombre d’agglomérations ou de la population citadine.

Au total, entre 1954 et 2008, la population urbaine a été multipliée par 16, pour atteindre 2 500 000 citadins répartis dans 73 agglomérations. Dans une hiérarchie par rang de taille, ces agglomérations (Tab. 4) sont classées du semi-urbain (42 agglomérations) à l’urbain supérieur (8), en passant par l’urbain (23).

Le nombre d’agglomérations urbaines s’est considérablement étoffé au Sahara depuis 1998 avec la qualification comme « urbaines » de 27 nouvelles agglomérations qui représentent, par leur seule prise en compte, plus de 35 % de la croissance urbaine absolue entre 1998 et 2008. Par ailleurs, et compte tenu des phénomènes de divisions administratives parfois surprenants lors du découpage territorial de 1985, d’étalement urbain et de coalescence entre pôles urbains, 7 des 73 agglomérations sahariennes sont aujourd’hui intercommunales : Adrar (avec Ouled Ahmed et Ouled Brahim), El Menia, El Oued (Robbah, Bayadah et Kouinine), Ghardaïa (El Atteuf et Bounoura), Guemar (et Taghzout), Ouargla (et Rouissat) et, enfin, Touggourt (Nezla, Tebesbest et Zaouïa el Abidia).

La strate « urbaine supérieure » (US), qui rassemble les grandes agglomérations, s’est étoffée depuis 1998 en intégrant quatre nouvelles agglomérations (Adrar, El Oued, Ghardaïa et Touggourt). Ce type d’agglomération demeure cependant relativement peu fréquent, n’étant composé que de Biskra (205 000 hab.), El Oued (187 000), Ouargla (170 000), Bechar (169 000), Touggourt (143 000), Ghardaïa (143 000), Laghouat (134 000) et Adrar (68 000).

Il concentre en 2008 environ un citadin saharien sur deux. Cette évolution de la composition de la strate US a fait en sorte qu’elle intègre désormais des agglomérations dont la population était insuffisante, en 1998, pour justifier leur appartenance à cette classe, alors que, de facto, elles disposaient dès cette époque de fonctions et jouaient un rôle régional similaires aux agglomérations sahariennes de plus grande taille.

Les rythmes de croissance de ces agglomérations sont variés : les plus forts taux sont enregistrés par Laghouat (+ 35 %) et Touggourt (+ 25 %) ; l’agglomération intercommunale d’El Oued a connu une croissance tout à fait exceptionnelle (+ 77 %), liée à l’intégration de nouveaux territoires urbanisés dans le périmètre de l’agglomération. Il en va de même pour Adrar (+ 60 %), récemment classée dans l’urbain supérieur et dont l’agglomération intercommunale (AIC) bénéficie de l’apport de deux autres territoires urbanisés.

Les quatre autres agglomérations conservent des taux de croissance élevés, compris entre + 12 % pour l’agglomération intercommunale de Ghardaïa et + 23 % pour Bechar. Quant à Biskra, première agglomération urbaine saharienne, elle a dépassé le seuil des 200 000 habitants, malgré une croissance relativement plus faible (+ 15,6 %) qu’au cours des périodes précédentes.

Entre 1998 et 2008, et en apport net d’habitants, Laghouat (+ 35 000), Ouargla (+ 30 500) et Bechar (+ 30 700) sont les agglomérations sahariennes les plus dynamiques. Cependant, et bien que se situant à un niveau moindre, Biskra (+ 27 600), Adrar (+ 25 500) ou même Ghardaïa (+ 15 000) n’en ont pas moins bénéficié d’une augmentation encore notable de leur population. La croissance exceptionnelle de El Oued (+ 81 000) est, quant à elle, liée à la nouvelle définition des limites de l’agglomération (à périmètre constant, l’AIC d’El Oued n’a gagné que 40 000 habitants).

La strate qualifiée d’« urbaine » regroupe 23 agglomérations et 860 682 habitants (soit 34,3 % des citadins). Cependant, derrière l’unité apparente de la définition, ces agglomérations recouvrent des réalités urbaines, démographiques et fonctionnelles très variables, de telle sorte qu’il existe de grandes différences entre, par exemple, Tamanrasset (81 000 hab.), centre structurant du Sud-Touareg, et Tamacine, petite bourgade de la wilaya de Ouargla qui dépasse à peine les 20 000 habitants. En moyenne, ces agglomérations ont connu entre 1998-2008 des taux de croissance supérieurs aux grandes agglomérations évoquées ci-dessus : + 41 % contre + 33 %.

Six d’entre elles ont été caractérisées par une croissance supérieure à 40 %, dont Tindouf – son rôle militaire face au Maroc méridional et au Sahara occidental a été évoqué – qui a presque doublé sa population (+ 82,7 % et 45 600 habitants en 2008). L’agglomération de Guemar, au nord d’El Oued, qui a élargi son périmètre avec l’intégration de Taghzout, a vu sa population multipliée par trois, tandis que Tamanrasset, la plus grande agglomération de cette strate, connaissait une croissance de + 25 %. Quant à Hassi Messaoud, ville-centre de l’exploitation pétrolière, dont la population avait augmenté considérablement à la fin du XXe siècle (elle avait plus que quadruplé entre 1987 et 1998), elle a connu un assez sensible ralentissement de sa croissance entre 1998 et 2008 : + 18,5 %.

Un dynamisme démographique soutenu 

La majorité des agglomérations sahariennes (57,5 %) compte moins de 20 000 habitants et rassemblent 432 000 habitants, soit 17 % de la population urbaine. C’est dans cette strate « semi-urbaine » que se sont insérées toutes les nouvelles agglomérations reconnues comme urbaines en 2008. Certaines ont fait preuve d’un dynamisme démographique soutenu entre 1998 et 2008 : c’est notamment le cas de Illizi, dont les fonctions administratives (chef-lieu de wilaya) ont été renforcées, ce qui a entraîné un doublement de sa population (+ 118 % et 13 000 hab. en 2008).

Djanet et Hassi R’Mel ont connu une croissance avoisinant les + 40 %. Bien que, en termes absolus, cette croissance soit relativement faible à l’échelle de l’ensemble du Sahara, ses effets n’en sont pas moins localement très sensibles en ce qu’ils contribuent efficacement à reconfigurer ce réseau de petites agglomérations qui fait tampon entre mondes urbains et ruraux (Côte, 1999).

Si, donc, l’armature urbaine s’est notablement étoffée depuis 1966 par l’apport de nouvelles agglomérations, le haut de la hiérarchie urbaine est demeuré relativement stable. Et si la croissance urbaine a affecté diversement, tant en volume qu’en intensité, les différentes agglomérations depuis les lendemains de l’Indépendance, l’écart entre les plus grandes d’entre elles et les autres a tendu à s’accroître au fil du temps.

Sur les treize agglomérations de plus de 50 000 habitants qui composent le sommet de la hiérarchie de 2008, onze figuraient déjà parmi les agglomérations les plus peuplées en 1966, tandis que deux autres sont venues compléter le haut de la hiérarchie urbaine (Tamanrasset et Adrar), témoignant du dynamisme démographique, pour partie lié aux migrations internationales, du Grand Sud. Au cours de la même période, l’agglomération d’El Oued passe du sixième au deuxième rang.

Ouargla du septième au troisième entre 1966 et 2008, suivant une évolution continue et très marquée à la hausse de sa population. C’est également le cas de Tamanrasset qui, en 1987, figurait au 33e rang de la hiérarchie et se classe en 8e position en 2008. Adrar a connu une évolution similaire, mais légèrement plus lente, en passant du 23e rang en 1977 au 9e rang en 2008. À l’inverse, les autres agglomérations n’ont pas enregistré de reclassements aussi remarquables : Biskra, première agglomération saharienne en 1966 (et même dès 1954), le demeure jusqu’à aujourd’hui ; Touggourt a gardé la même position dans ce classement, tandis que Bechar, Laghouat et surtout Ghardaïa ont perdu de leur importance en termes relatifs (autrement dit, elles ont reculé dans la hiérarchie régionale établie par rang de taille).

Par ailleurs, des agglomérations sahariennes ont progressivement intégré le haut de la hiérarchie urbaine nationale. Si, en 1954, seules deux villes sahariennes figuraient parmi les 25 premières agglomérations du pays (Biskra et Ghardaïa), leur nombre a triplé en 2008 : outre Biskra (10e rang) et Ghardaïa (26e), en font désormais partie El Oued (12e), Ouargla (17e), Bechar (18e), Touggourt (25e). Cette évolution démontre la force du processus d’urbanisation au Sahara et sa continuité depuis 1954, date à laquelle elle n’était que très réduite et localisée.

Par Yaël Kouzmine et Jacques Fontaine des Cahiers de l’EMAM, Revue interdisciplinaire traitant des questions urbaines dans le monde arabe et autour de la Méditerranée 

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