C’est le lieu de dire ici ce qu’on entend par esprit de rente, expression forgée à partir de celle d’esprit de clan dont nous avons précédemment précisé le contenu.

Par esprit de rente nous entendrons cette disposition d’esprit consistant à tourner à son avantage, à l’avantage de personnes, groupe de personnes ou communauté de gens auxquels on est lié par des liens d’intérêt ou de prestige, les situations, faits ou événements sur lesquels on possède un certain pouvoir d’agir de par la position qu’on occupe dans la hiérarchie sociale ou de par les fonctions qu’on y assume. L’esprit de rente prend racine dans l’extériorité du surplus dont on cherche à s’emparer par rapport à la société dans laquelle il est employé.

L’esprit de rente s’oppose donc à l’esprit de gain en ce qu’il n’œuvre d’aucune façon à accroître par la production les richesses existantes ni, a fortiori, à favoriser leur accumulation. L’esprit de rente n’en est pas moins socialement structurant en ce sens qu’il crée et entretient un système de rapports dans lequel s’ordonnent différemment du système de rapports propre à l’esprit de gain les positions sociales effectives. Dans ce système, les relations personnalisées qu’on établit avec autrui n’ont nul besoin d’être médiatisées par les choses. Tout au contraire, l’accès aux biens (économiques ou autres) est médiatisé par les relations dont on peut se prévaloir quelle que soit la position sociale officiellement occupée. De telles relations deviennent des relations de pouvoir sans autre médiation que ce qu’elles contiennent elles-mêmes de médiation.

Elles prennent la place du Capital comme rapport social fondamental, favorisées en cela par toutes les formes de communautarisme que l’industrialisation n’a pu réduire tant elle était elle-même ambiguë dans ses objectifs. Mais, à la différence du Capital dont la vocation est d’être accumulé sans restriction, le capital-relations en lequel elles se présentent est enfermé dans une contradiction : alors qu’il est de l’intérêt de chaque personne, groupe de personnes ou communauté de gens d’étendre son propre réseau relationnel et d’élargir ce faisant sa sphère d’influence, la vraie nature du capital-relations est de discriminer entre les personnes, groupes de personnes ou communauté de gens auxquels on appartient et les autres, qui ont eux aussi leurs réseaux relationnels. La lutte, qui met en jeu les places dans la hiérarchie sociale, a l’Etat pour principal enjeu parce que c’est dans l’Etat que siège le pouvoir formel qui permet d’accéder aux positions sociales les plus recherchées pour ce qu’elles offrent de possibilité d’élargir son réseau relationnel.

Un mode d’organisation sociale 

Quant au pouvoir réel, s’il est l’apanage de personnes qui possèdent l’argument suprême en matière d’autorité – celui des armes – il ne participe pas moins du système de rapports défini par l’esprit de rente tout en le surdéterminant. Même l’industrialisation du pays n’a rien pu changer à ce mode d’organisation sociale.

L’industrialisation a évidemment sa propre logique. Porteuse d’un système de places défini par son modus operandi, elle occulte la place qu’occupe l’opérateur dans la hiérarchie sociale traditionnelle pour lui en assigner une nouvelle dans son propre système de places. En même temps qu’elle lui confère un certain pouvoir, la place que l’opérateur occupe dans ce système exige de lui qualifications et compétence techniques à même de permettre au système de machines d’atteindre l’objectif de production en vue duquel il est organisé.

Il n’en va pas de même en Algérie où le système de machines auquel font défaut les conditions pour fonctionner comme tel est resté pour ainsi dire à l’état fœtal. En conséquence il se trouve soumis non à la rationalité du capital mais à l’autre rationalité, celle que nous avons tenté de rendre dans ces pages en termes d’esprit de clan, cette expression étant prise au sens métaphorique que nous lui avons donnée.

Il n’est pas étonnant que, dans cette logique, les usines, complexes industriels et autres systèmes de machines ne puissent atteindre les performances qu’on leur connaît ailleurs ; performances techniques, organisationnelles ou financières. Il en va de même évidemment des autres organisations sociales qui, ailleurs, se sont adaptées à la rationalité du capital si même elles ne l’ont pas adoptée. Fonctionnant selon la rationalité que leur insuffle l’esprit de clan, toutes ces organisations semblent au contraire ériger en performances ce qu’ailleurs on considérerait comme des contre-performances : pour ne prendre qu’un exemple, la pléthore de personnel des administrations et des entreprises publiques a longtemps été une manière de distribuer des postes (et des revenus) avant que le FMI n’impose les licenciements économiques et autres restrictions à l’emploi public. Mieux, les licenciements économiques (notamment ceux ayant pris la forme de départs volontaires) n’ont rien changé à la logique du système, ayant servi à vider l’entreprise publique de ses forces vitales.

Autre aspect de cette même rationalité : on place aux postes de commande non pas les personnes ayant les qualifications requises et faisant montre de compétences effectives, mais les personnes s’inscrivant dans tel réseau relationnel pour les services qu’elles sont en mesure de rendre en retour. Conséquence : moins on a de compétences techniques pour se placer convenablement dans le système de places défini par le modus operandi du système de machines, plus on cherchera à se placer avantageusement dans le système de places défini par les réseaux relationnels. Et c’est aux postes de commandement les plus élevés (postes politiques) que les personnes s’inscrivant dans les réseaux relationnels chercheront à se placer pour n’avoir pas à dépendre de celles qui ont des responsabilités techniques ; les postes techniques revenant naturellement à ceux qui ont les qualifications requises et qui n’ont d’autres ambition que d’exercer convenablement leur métier – ce qu’ils font souvent avec rigueur et abnégation.

Ce n’est d’ailleurs pas seulement dans l’industrie que se vérifie ce schéma : tout ce que la société compte de pouvoirs s’organise selon ce double registre parce que l’industrialisation, qui a vocation à projeter sur toute la société sa propre rationalité, a échoué dans cette entreprise face à l’esprit de clan. Son échec peut donc s’analyser maintenant comme le triomphe de l’esprit de clan. On ne peut dès lors pas s’étonner de la résurgence actuelle du communautarisme (dont l’expression idéologique moderne est l’islamisme) et de sa volonté d’en découdre avec toutes les formes de la modernité que l’industrialisation a amenée dans son sillage. Le sacré, en lequel se retrouve les communautés, devient le pivot autour duquel s’organise la société. Mais c’est parce que, aussi, l’Etat n’a jamais véritablement tranché la question du type de socialité qu’il voulait voir s’instaurer dans le pays en initiant l’industrialisation. L’ambiguïté était déjà dans le rapport salarial dont on a dit qu’il structurait les sociétés modernes où prévalent les rapports marchands.

C’est donc l’esprit de rente qui, dans la formation sociale algérienne postcoloniale, allait prédominer ; produisant les effets sur l’économie et la société dont on a longuement parlé dans les chapitres septième et huitième de la présente étude. Maintenant que le projet industriel a échoué, l’esprit de rente se manifeste dans toute sa nudité. Le centre du pouvoir s’est déplacé vers le lieu où la rente est le plus immédiatement disponible – les banques – sans que ne se modifie le type de système qui en organise l’appropriation à titre privé : les banques deviennent l’enjeu de luttes exacerbées entre les tenants des clans au pouvoir et ceux des clans qui aspirent à y accéder, chacun cherchant à se concilier les faveurs de l’armée qui continue d’être la seule force organisée de la société – et l’unique gardien d’un ordre républicain qui, sans elle, aurait déjà été balayé par ce que la société compte de forces les plus rétrogrades et, comble de paradoxe, les plus avides changement. L’Etat-nation se ressent de toutes ces convulsions sociales, lui que le projet islamiste ne se fait pas faute de menacer dans son existence même…

Communautarisme dans toutes les sphères 

Nous avons tenté dans ce chapitre de saisir les déterminants historiques de ce qu’on peut appeler à présent sans réticence la spécificité algérienne. Celle-ci réside dans la survivance de rapports communautaristes dans toutes les sphères de la vie en société ; rapports qui se soumettent d’autant plus aisément les autres types de rapports sociaux (y compris les rapports de travail dont pourtant on sait qu’ils obéissent à une autre logique – la logique des process industriels) qu’ils s’autonomisent de la sphère productive du fait de l’existence de la rente. Ce faisant, ils ne se contentent pas d’inverser l’ordre des déterminations entre rapports de production et rapports de distribution, ils créent et entretiennent un esprit en tous points opposé aux valeurs de la société industrielle tout entière structurée par la notion de travail. C’est dire si la tâche est rude pour qui veut changer quoi que ce soit au système algérien d’économie articulé autour des catégories de rente et de clan en lieu et place de celles de principe de composition et d’Etat-nation. La libéralisation en cours pourra-t-elle y changer quelque chose ?

Cette seconde partie de l’étude a été entièrement consacrée à l’analyse de l’expérience algérienne en matière d’industrialisation et de libéralisation économique. Menée sous l’égide de l’Etat, l’industrialisation du pays a échoué à endogénéiser le principe de composition. Censée réaliser le désengagement de l’Etat de la sphère marchande de l’économie, la libéralisation en est restée à mi-chemin de cet objectif alors que le pays est pris dans le tourbillon de la libéralisation planétaire dont il ne peut se soustraire sans dommages. La question qui se posait alors était de savoir ce qui pouvait bien justifier l’orientation de départ et ce qui rendait si prégnant ce choix dont la force d’inertie continue d’agir à des décennies de distance et en des circonstances entièrement nouvelles.

Concernant l’industrialisation, c’est à l’Etat qu’avait incombé dès l’indépendance la responsabilité de définir et de conduire le projet initial dont le but était d’endogénéiser le principe de composition. Aux raisons proprement économiques de ce choix s’adjoignirent les nécessités d’ordres social et politique d’édifier un Etat-nation à même de satisfaire aux attentes de la population nées de l’issue victorieuse de la guerre de libération. Le but affiché était de recouvrer l’indépendance économique, ce qui ne paraissait possible que si l’Etat s’investissait pleinement dans cette entreprise.

Il fallait affronter sur le terrain même de l’économie des puissances établies, ayant défini un ordre mondial dont elles tiraient le plus grand profit. Celles-ci se sont constituées de longue date en Etats-nations fortement charpentés, aux institutions dotées d’autorité et de volonté à même de leur assurer une place dans la hiérarchie des puissances qui comptent dans le concert des nations. Par ailleurs, l’Etat algérien était apparu au sortir de la guerre comme la seule force organisée de la société, force dont on attendait qu’elle satisfît des demandes sociales nombreuses et variées. Il semblait naturel qu’il prît en mains les destinées du pays et qu’il traduisît en actes le projet qu’avaient porté tout au long de la guerre les forces combattantes représentant toutes les franges de la société. La stratégie algérienne de développement est née de cette conjonction de facteurs internes et externes dans une sorte de défi qui allait marquer jusqu’au tréfonds de leur être les générations d’Algériens qui ont eu leur part de l’épreuve commune.

Le régime de gouvernement qui allait s’instaurer avait toutes les cartes en mains pour réussir la double gageure d’œuvrer à la formation de l’Etat-nation (en favorisant la transformation de la société traditionnelle en une société moderne, maîtresse de son destin) et de réaliser l’endogénéisation du principe de composition, principe syncrétique s’il en est, sans la maîtrise duquel il n’y a point de sortie possible du sous-développement. Aussi, les espoirs furent-ils grands de voir le pays s’engager dans cette voie, d’autant qu’il a pu disposer de revenus importants provenant de l’exploitation de ses ressources minières.

Mais soit que les tenants du régime autoritaire de gouvernement qui s’était instauré, baignant dans l’inculture et l’incurie ambiantes, n’ont perçu de leur mission historique que des bribes insuffisamment cohérentes pour imprégner durablement leur conscience collective, soit que les revenus pétroliers, qui intègrent la rente comme une de leur composante principale, aient été frappés de cette incapacité dont on a cru pouvoir dire qu’elle était ontologique à se transformer en surplus accumulable, le projet industriel de l’Algérie a échoué dans son objectif de sortir le pays du sous-développement et de la pauvreté où il se trouve maintenant plus enfoncé que jamais. La crise pétrolière de 1986 a été sinon le facteur déclenchant, du moins le point de départ d’une crise autrement plus grave touchant aux fondements mêmes du système d’économie et plongeant dans la précarité de situation et de condition des franges nombreuses de la population dont certaines ont donné libre cours à l’expression de la violence extrême contenue en elles.

Si, dès avant 1986, le besoin de réforme du système économique s’était fait sentir, le résultat de la réforme de 1980 a été des plus décevants, n’ayant mis en cause ni – a fortiori– modifié en quoi que ce soit la nature du dit système ou à son mode de fonctionnement. Plus porteuse de promesses de changements systémiques, la réforme de 1988 n’a pas davantage réalisé les espoirs qu’elle a suscités en chacun des Algériens soucieux du devenir de leur pays et attachés aux valeurs de la modernité en tant qu’elles reflètent le progrès et qu’elles favorisent en retour le développement économique et social. Cette réforme, fortement appuyée par les organismes multilatéraux de financement tels le FMI et la Banque Mondiale, s’inscrivait pourtant dans le processus global de libéralisation économique qui se déroule à l’échelle mondiale.

Si elle a satisfait aux exigences de ces organismes en matière de rétablissement des équilibres macrofinanciers, elle n’a en revanche ni enclenché la dynamique devant aboutir à une restructuration de l’économie à même de la placer sur le sentier de croissance sur des bases productives, ni donné un coup d’arrêt au processus de paupérisation qui était apparu à la faveur de l’application des mesures de restrictions budgétaires incluses dans le programme de stabilisation macroéconomique précédant le programme d’ajustement structurel proprement dit.

Les raisons de l’échec 

Les raisons de cet échec annoncé résident dans la nature du surplus économique et dans la perte par les tenants du régime autoritaire de gouvernement du sens de leur mission historique, enclins qu’ils étaient devenus à partir du début des années 1980 à donner libre cours à la consommation monstrative au détriment de l’investissement et donc de l’élargissement des bases de la production domestique. Le résultat a été d’annihiler les capacités (encore immatures il est vrai) d’endogénéisation du principe de composition et de bloquer en conséquence les possibilités de développement autonome; autrement dit de bloquer le procès d’accumulation.

Tout cela n’a pas empêché les réformes (que ce soit la réforme de 1980 ou celle de 1988) de produire des effets sociaux délétères et, sinon de provoquer, du moins d’aggraver la paupérisation de franges de plus en plus nombreuses de la population. Plus que jamais le pays vit comme suspendu à la conjoncture internationale qui commande le volume de devises entrant dans les caisses de l’Etat. D’où cette surveillance maladive du niveau des réserves comme si le sort du pays en dépendait au point de basculer dans la famine du jour au lendemain.

La libéralisation économique à l’épreuve de l’esprit de rente

Ce qui a été dit dans cette étude de l’échec du régime de gouvernement à réaliser sa double mission historique laisse peu de place à l’espoir d’un retournement de la situation. Les mêmes tares caractérisent le système d’économie algérien depuis l’indépendance. Le même esprit de rente règne chez les décideurs (qui disposent des mêmes sources de pouvoir et de revenu) et chez les simples citoyens. Trois caractéristiques fondamentales de l’économie de marché font défaut au système d’économie à base de rente :

1°/ Le système à base de rente n’est pas un système de rapports économiques dépersonnalisés. Il l’est d’autant moins que l’esprit de rente qui l’anime s’accommode plutôt de rapports personnels du type de ceux qui ont cours sous forme de réseaux relationnels structurés par l’esprit de clan. Cela ne tient pas seulement au fait que la rente est une catégorie de la distribution et qu’à ce titre elle échappe aux déterminations purement objectives de la production. Cela tient aussi au fait que la rente suppose que l’autorité qui la perçoit a le pouvoir discrétionnaire de la (re)distribuer à sa guise, conférant ainsi à l’Etat dans le cas de l’Algérie un caractère personnel prononcé ;

2°/ Le système à base de rente n’est pas structuré par le rapport salarial. Cela tient cette fois à la nature de la rente comme catégorie de la distribution. S’il existe bien un rapport salarial dans un tel système, il est de type formel en ce sens qu’il n’organise pas la production autour de l’objectif consistant à produire un surplus accumulable. La rente est un surplus d’origine extérieure au système productif qu’elle intoxiqueplutôt qu’elle ne dynamise de ses effets (re)distributifs.

3°/ Le système à base de rente ne favorise pas la maîtrise du principe de composition parce que lui manque précisément le mobile : celui de produire un surplus accumulable. S’il a besoin d’éléments à fort contenu technologique nécessitant pour leur production une grande maîtrise du principe de composition, il supplée à leur production interne par leur importation, ce qui le conduit virtuellement à une impasse dont il ne se sort que parce que la rente renouvelle sans cesse les ressources en devises dont il se nourrit.

C’est donc à un triple handicap que se heurte la libéralisation dans un pays à régime d’économie à base de rente comme celui de l’Algérie. Aurait-elle dès lors le pouvoir de renverser la vapeur ou serait-elle une libéralisation formelle destinée à transformer l’économie algérienne en une économie de bazar sur le modèle des économies des pays du Golfe arabe ? Telle est la question.

La réponse à cette question ne tient pas en une affirmation péremptoire, elle dépend de facteurs trop nombreux pour être aisément mis en équation ; facteurs internes référant à l’état général de l’économie, au type de rationalité qui l’organise, à l’état des forces sociales en présence, à leur volonté de (re)prendre en mains le destin du pays etc. ; facteurs externes référant aux intérêts des puissances à l’œuvre sur la scène algérienne, au pouvoir d’influence qu’elles exercent sur les hommes politiques en place etc. Mais le facteur décisif est sans conteste la capacité de tout un chacun à pratiquer sur lui-même cette sorte d’exorcisme consistant à s’extirper de l’esprit de rente qui le mine. Ce faisant, il contribuera à créer les conditions pour réhabiliter le travail, se plaçant ainsi en position pour entreprendre collectivement une nouvelle aventure : celle consistant à domestiquer le principe de composition, c’est-à-dire à s’en assurer la maîtrise tout en l’acclimatant.

La tâche n’est évidemment pas aisée parce que la rente continuera d’exister et de représenter un enjeu de pouvoir autant qu’une source de richesse. Parce que, aussi, le système d’économie à base de rente peut fort bien s’accommoder d’une libéralisation formelle. Parce que, enfin, la libéralisation économique de type formel peut ne pas s’accompagner d’une libéralisation politique. Or la libéralisation politique n’a pas pour principale caractéristique de se commander centralement : elle est tributaire de ce que nous avons appelé le processus d’individuation. De quels atouts dispose donc l’Algérie pour entreprendre une libéralisation économique qui ne se satisfait pas des apparences ?

Ces atouts ne sont pas ceux que l’économie orthodoxe désigne par l’expression de dotations naturelles en facteurs. On a vu combien au contraire ces dotations ont joué de malheur pour l’Algérie. Ce sont bien plutôt les hommes, non pas seulement les hommes en tant que force productive (encore que ce ne soit pas là un aspect à négliger dans le cas de l’Algérie dont la population majoritairement jeune), mais les hommes en tant qu’être pensants qui ne se satisfont pas de leur condition. N’est-ce pas eux en effet qui, en des moments cruciaux, se sont saisi de leur destin, bravant la force destructrice des armes les plus sophistiquées que la puissance coloniale ait pu inventer ? Pourquoi n’en irait-il pas de même maintenant qu’ils ont affaire à ce qu’ils désignent eux-mêmes par le système pour signifier leur extériorité par rapport à lui ? Vaste programme sans doute pour un pays en crise ! Mais la crise n’est-elle pas ce moment décisif au cours duquel s’opèrent les changements les plus inattendus ?

Il n’est pas dans notre intention de prédire les changements susceptibles de se produire dans la situation sociopolitique de l’Algérie. Il n’est du pouvoir de personne de prédire de tels changements ni d’identifier les forces sociales qui seront à même de les réaliser. Iront-elles jusqu’à mettre en cause le système ou se contenteront-elles d’édicter de nouvelles règles pour l’affectation de la rente ? Dans ce dernier cas de figure, seront-elles au moins assez clairvoyantes pour décider d’un usage socialement utile des revenus pétroliers ?

Par Ahcène AMAROUCHE, Professeur et chercheur associé au CREAD

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