Après des rêves et des utopies enchanteresses, l’Algérie s’est presque totalement désindustrialisée au cours de ces dernières années. Et dans le secteur public industriel, le marasme est manifeste. En termes réels, celui-ci s’exprime par une baisse continue et ininterrompue de la production industrielle. 

Ainsi, en 2007, la production des industries manufacturières ne représente plus qu’un
peu plus de la moitié de celle de 1989. Selon A. Benachenhou (2009), durant l’année 2006,
l’industrie hors hydrocarbures a produit, en termes constants, pratiquement la même valeur que celle produite en 1983. A l’exception des industries sidérurgiques, métalliques, électriques (ISMME) et des matériaux de construction, toutes les autres branches industrielles ont connu des baisses continues de production.

Si l’on prend le critère du taux d’utilisation des capacités de production installées, les données statistiques par branche d’activité font ressortir, sur une période assez longue (1989- 2004), une nette tendance à la baisse et une sous utilisation structurelle des capacités. Seules la branche « Hydrocarbures » et, à un degré moindre, la branche « Matériaux de construction », font exception.

Ainsi, outre le fait que certaines branches d’activités industrielles enregistrent un
surplus négatif sur une plus ou moins longue période (ISMME de 1996 à 2001, Textile et
confection de 1993 à 2003) et que le surplus des autres branches est insignifiant comparé à leurs poids respectifs dans la matrice des activités productives et eu égard au nombre de
salariés qu’elles emploient, la structure du surplus industriel indique que le poids du surplus
hors hydrocarbures n’a jamais dépassé les 35 % du surplus industriel total.

Le déclin du secteur public 

Par ailleurs, et concernant le secteur public industriel, la baisse de la part de ce dernier
dans le surplus total (de 11 à 06 % entre 1989 et 2003) illustre la profonde crise dans laquelle se débat ce secteur. Le déclin du secteur public s’exprime aussi au travers de la baisse de sa contribution en termes d’emplois. En 2007, les entreprises publiques industrielles et commerciales ne représentent que 03 % de l’emploi total.

Sur le plan financier, et en dépit des multiples restructurations et mesures d’assainissement dont il a fait l’objet durant la période 1990-20011, le secteur public industriel a continué d’accumuler les découverts bancaires. Ces derniers passent, pour l’ensemble du secteur industriel, d’un peu plus de 90 milliards de DA en 1995 à 47 milliards de DA en septembre 2001, après avoir atteint un record en 1996, de 109 milliards de DA.

De 1990 à 2000, le secteur public a fait l’objet de deux « restructurations », menées respectivement sous l’égide des fonds de participation (1990-1994) et du Conseil national des participations de l’Etat « CNPE » (1995-2000). Il convient également de remarquer que la présence du secteur privé dans l’industrie manufacturière est essentiellement concentrée dans l’agroalimentaire, les textiles et cuirs.

Il y a lieu de noter que la contribution du secteur privé dans l’économie nationale n’est pas sans lien avec ses caractéristiques en termes de taille et de statut juridique. En effet, le secteur est constitué, pour environ 90 %, de micro-entreprises, et dans la majorité des cas, il s’agit d’entreprises à caractère familial. Ce dernier aspect est important dans la mesure où, très souvent, il permet aux entreprises de bénéficier de conditions pour opérer dans le secteur informel.

La désindustrialisation à laquelle nous assistons dans le secteur public n’a pas été
contrebalancée par le secteur privé, en dépit du dynamisme qu’on lui prête et du potentiel
qu’on lui attribue habituellement. Essentiellement présent dans les activités naturellement
peu ouvertes à la concurrence étrangère (c’est-à-dire, pour reprendre la terminologie de la
théorie du dutch disease, le secteur des biens non échangeables) et où les délais de
récupération sont très courts, le secteur privé est peu présent dans l’industrie manufacturière, où seulement un tiers (1/3) des entreprises opèrent.

Un secteur privé encore petit et insuffisant 

On peut observer que la place du secteur privé dans l’industrie est de plus en plus importante puisque, entre 1989 et 2004, celle-ci passe de 25 % de la valeur ajoutée industrielle à plus de 39 %. Cependant, il semble que cette évolution connaît, ces dernières années, une sorte d’essoufflement. Selon des données du Plan, citées par A. Bouzidi dans un article paru dans le quotidien « Le Soir d’Algérie », édition du 30/01/2008, la croissance réalisée par l’industrie privée a été en moyenne de +10 % par an durant la période 1996-2000 alors que, sur la période 2000-2006, elle n’est plus que de 2 % en moyenne annuelle.

Les nouvelles configurations institutionnelles qui se sont mises en place à partir de
1990 constituent un réel changement institutionnel dans la mesure où elles introduisent de
profondes modifications dans le principe de fonctionnement des principales formes
institutionnelles. Ainsi, à la structure étatiste-monopoliste de l’économie qui autorisait une
manipulation administrative des prix, s’est substituée une ouverture allant dans le sens d’une réhabilitation large du rôle des mécanismes de marché dans la formation des prix et des revenus ; la gestion « structuraliste » de la monnaie a cédé la place à une politique qui s’apparente fortement à du « monétarisme » ; la nouvelle configuration du rapport salarial
laisse la voie ouverte à une plus grande flexibilité ; la pratique en matière budgétaire, bien que plus que jamais fondée sur la disponibilité de la manne pétrolière, est d’une prudence que d’aucuns qualifient d’excessive ; tandis que sur le plan des rapports avec l’extérieur, même si le rôle des hydrocarbures demeure écrasant, la politique du taux de change semble avoir tir des enseignements qu’une surévaluation excessive de la monnaie pourrait induire.

Cependant, au regard des performances économiques enregistrées durant ces deux
dernières décennies, il est aisé de noter l’absence de tendances positives indiquant une rupture avec le régime de croissance rentier. De l’aveu de l’ancien ministre des finances, le vaste programme de l’investissement public, qui vise à stimuler l’offre, ne semble pas avoir produit l’effet escompté, à savoir la stimulation de l’investissement privé, le soutien de la croissance des secteurs hors hydrocarbures et la réduction du chômage.

La désindustrialisation est un phénomène incontestable. D’où la question de savoir si ce phénomène ne relève pas de la pathologie du dutch disease ou de causes plus structurelles.

Par Samir Bellal, Université Lumière – Lyon II 

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