Le rôle et la liberté de la presse électronique algérienne seront au coeur de la future campagne électorale pour les élections présidentielles d’avril 2019. L’emprisonnement de plusieurs journalistes web algériens a démontré qu’une véritable machine de répression a été mise en branle pour museler cette presse électronique qui jouit d’une énorme popularité en Algérie. 

Une répression honteuse qui a soulevé l’indignation générale des Algériens et des organisations internationales de défense des droits de l’homme et des journalistes comme nous l’avons bien vu dans le cas de l’incarcération d’Abdou Semmar et Merouane Boudiab, les deux responsables d’Algérie Part.

La tollé général provoqué par cette répression inédite et rarement égalée a donné naissance à des contradictions intrigantes au sein du gouvernement algérien. D’un côté, le ministre de la Communication reconnaît l’existence de la presse électronique, et de l’autre côté, des juges qui lui refusent toute légitimité et continuent d‘enfermer ses journalistes à l’image d’Adlène Mellah, le directeur de Dzaïrpresse.

Hier samedi,  le ministre de la Communication, Djamel Kaouane, un ministre absent et fantomatique depuis le début de cette « crise de la liberté d’expression » au mois d’octobre dernier, a reconnu publiquement que les problèmes rencontrés par la presse électronique en Algérie ne se posaient pas au niveau juridique car la loi organique sur les médias contient, selon lui, de nombreux alinéas régissant la presse électronique. Cela signifie que cette presse électronique est totalement légale et jouit d’un statut juridique reconnu par la législation algérienne.

Un aveu de reconnaissance qui ne correspond guère à la réalité quotidienne des journalistes algériens victimes d’arrestations et d’incarcérations. Dans les tribunaux, les juges refusent de reconnaître la qualité de journaliste aux rédacteurs de la presse électronique. Pis encore, certains magistrats, comme fut le cas pour Abdou Semmar et Merouane Boudiab, ordonnent la détention et l’incarcération sans tenir compte de la dépénalisation du délit de presse en Algérie. En vérité, pour les juges, Abdou Semmar, Adlène Mellah ainsi que les autres journalistes web algériens n’ont pas la qualité de journaliste et seront traités ainsi comme des délinquants méprisés par la loi.

Entre le discours du ministère de la Communication et les pratiques du ministère de la justice, il y a tout un gouffre. Et ces contradictions reflètent une volonté coriace de certains décideurs politiques de remettre en cause la légitimité même de la presse électronique même s’il faut fouler aux pieds le cadre juridique qui l’encadre et la protège. Cette situation est très dangereuse et menace l’avenir de la liberté d’expression en Algérie.

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