Une énorme polémique a éclaté ces dernières 24 heures en Algérie. La caricature d’Ali Dilem concernant l’expulsion de migrants syriens par les autorités algériennes a suscité la colère et l’indignation de nombreux internautes qui ont crié au racisme.

Les commentaires les plus controversés ont rapidement enflammé les réseaux sociaux. De nombreuses pages Facebook arabophones ont accusé ouvertement le célèbre caricaturiste du quotidien Liberté de « racisme ». Certains commentateurs sont allés jusqu’à menacer Ali Dilem de « poursuites judiciaires ». Mais Ali Dilem a-t-il vraiment dérapé ?

 

En réalité, les détracteurs d’Ali Dilem croient savoir qu’il ne faut pas rire de tout en Algérie. C’est, pourtant, le premier rôle d’un caricaturiste. Le droit de rire de tout, et par ricochet de choquer, dérange, décidément, de nombreuses chapelles idéologiques et politiques qui façonnent ces dernières années une opinion publique hostile à certaines postures intellectuelles. Et pourtant, l’humour populaire algérien est très décomplexé. La subversivité  est toujours de mise et aucun tabou n’est reconnu. En revanche, lorsqu’un caricaturiste ou un artiste explore ce territoire du sarcasme, il s’aventure sur un terrain très miné. A l’image d’Ali Dilem qui affronte aujourd’hui les lamentations de ceux et celles qui trouvent qu’on ne doit pas rire sur les « arabes » ou « berbères », les caricaturistes algériens sont soumis à une énorme pression à la fois politique et socio-religieuse. Certaines thématiques sont très dangereuses à aborder et Ali Dilem est certainement l’algérien le mieux placé pour connaître cette amère réalité lui qui avait déjà subi par le passé de nombreux procès en raison de ses dessins satiriques et provocateurs.

Comme l’a rappelé une fois en 2014 maître Khaled Bourayou, qui était l’avocat d’Ali Dilem, « Sanctionner la caricature, source d’humour et de gaieté, c’est condamner tout simplement la liberté d’expression dans ce qu’elle représente de plus noble et de plus pur. Le rire et la dérision sans lesquels la vie ne serait que tristesse et violence ne peuvent trouver matière à répression ».

Des voix ont le droit de s’élever pour contester tel dessin ou telle caricature. Elles ont le droit également de dénoncer un humour qu’elle juge « malveillant ». On peut aussi reprocher à l’humour facile de nourrir les stéréotypes sur lesquels il se base. Mais, à la fin, il faut accepter cette vérité : les blagues ne sont pas que des blagues. Et le caricaturiste est un blagueur qui a le droit de nous provoquer, titiller et quelques fois nous choquer. Laissons donc Dilem tranquille…

 

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