On ne peut certainement pas nier les énormes efforts consentis par les pouvoirs publics pou doter l’Algérie en infrastructures capables de créer les externalités attendues par le secteur économique, les grands projets structurants on permit au pays de combler le retard dans ce domaine. Sur le plan social également, plusieurs programmes ont contribué à résorber une partie des besoins des citoyens en matière de logement, d’alimentation en gaz et en eau. « Les progrès réalisés ont permis de ramener la proportion de la population qui vivait dans l’extrême pauvreté de la population à 0,5% en 2009 contre 1,9% en 1988. 

Des retards de… 10 ans ! 

Mais c’est surtout en matière d’impact de cette dépense sur l’entreprise et
l’environnement économique que la question de l’efficacité de la dépense publique se pose. Le rapport de la banque mondiale effectué en 2003 sur 27 projets, et les analyses entre 2005/2007 fait le constat suivant « chaque projet a fait l’objet de 6 réévaluations en moyenne, avec des retards de 5-6 ans pour un délai d’environ 10 ans. Entre 2005/2007
les réévaluations dans le transport varient ente 15 et 30% par rapport au portefeuille initial, et le ratio des ressources utilisées est parfois supérieures de 7 fois. »

En comparant l’Algérie à l’Indonésie, la Banque mondiale conclut que de 1971 à 2000, la croissance du PIB par tête a été de 0,9% par an en moyenne au lieu de 3,2%, soit une croissance perdue de 2,3% par an en moyenne. Sur 3 décennies l’Algérie aurait renoncé à 60% de revenu en moins par tête. Les facteurs à l’origine de la croissance manquante sont : la volatilité liée à la macroéconomie -principalement les termes de l’échange- (0,7 point), la faiblesse des institutions (0,4 point), la faiblesse du capital humain (0,6 point) et les distorsions des prix relatifs (0,1point). La faiblesse de la PTF n’a pu être compensée par les investissements massifs dans le secteur public.

Il est reproché donc au système algérien d’investissement public
son manque d’efficacité, qui peut s’exprimer par un ensemble de tâches
interdépendantes :
– Formuler des stratégies globales et sectorielles
– Renforcer la préparation, l’évaluation et criblage des
projets
– Favoriser la programmation des investissements et
l’exécution des projets
– Introduire le suivi et l’évaluation de sorte que les
résultats puissent être répercutés dans le dans le cycle de
programmation des investissements

Dans le cas de l’Algérie, L’injection des sommes mirobolantes pour les trois programmes d’investissements publics a fait poser la question de la capacité d’absorption de l’économie nationale, c’est-à-dire l’utilisation efficace des ressources sans gaspillage. Mais, c’est lors de la mise en œuvre que des difficultés énormes sont survenues, et que les
différentes institutions internationales qualifient de carences de gouvernance, Réévaluations, retards dans la livraison, surcoûts sont autant de sujets que traite la presse nationale, le quotidien (el khabar du 5 avril 2012) nous apprend que selon le premier ministre, la réévaluation des projets du programme 2005-2009 a atteint 40 milliards de dollars.

130 milliards de dollars US de reste à réaliser…

En plus, le fait d’annoncer que dans le plan quinquennal de 286 milliards de dollars US, il y’avait 130 milliards de dollars US de reste à réaliser nous interpelle sur les carences de gestion et difficultés managériales que rencontrent ces programmes. « Les capacités institutionnelles, tant au niveau de la planification stratégique que de l’évaluation et du suivi des projets, qui sont des pré- requis indispensables pour que ce programme atteigne les résultats escomptés sont encore faibles »

Ces carences peuvent aller de l’étude technique, à l’exécution, au suivi, aux capacités de réalisation, aux modalités d’évaluation, autant de problèmes et de difficultés que rencontrent nos administrations et que nous résumerons dans les points suivants

– Décalage entre planification stratégique et les priorités sectorielles

– Morcellement du budget et séparation entre budget d’investissement et
budget d’équipement

-Ecarts importants entre budget approuvé et budget exécuté

-Long retards et surcoût pendant l’exécution des projets38

-Faible capacité d’exécution des organismes d’exécution, et absence des
études socio-économiques pour certains projets

-Manque de capacités techniques pour suivi de la qualité de ces études
(se suffire du contrôle financier du ministère des finances)

-Absence de suivi et d’évaluation pour comparer entre ce qui était prévu
et ce qui était réalisé pour analyser les écarts en terme de coût –
avantages

-Chevauchement des responsabilités entre les diverses autorités et parties
prenantes(25 commissions ministérielles et 48 commissions de wilaya
dans le cas du PSRE), cette situation conduit à l’augmentation du coût de
circuit de l’information

-Faiblesse managériales en terme de planification stratégique, de
définitions d’objectifs clairs et précis et mesurables avec des indicateurs
permettant le suivi et l’évaluation, lors de la présentation du PCSC, il été
relevé l’absence de projet global (le document présenté était une simple
liste de projets)

-La préparation technique du personnel d’exécution et la qualité des
projets sont généralement faibles et inégales, les projets contribuant ainsi
faiblement à l’atteinte des objectifs stratégiques sectoriels

-Quasi absence de l’évaluation à postériori pour évaluer ce qui a été
réalisé avec ce qui était prévu et analyser et comprendre les écarts
-Faible cohérence enter les différents secteurs sachant que l’action
publique est intersectorielle

Une autre difficulté et non des moindres s’est posée avec acuité c’est la problématique budgétaire. L’Algérie, devait accompagner les plans de relance avec la mise en place d’une réforme budgétaire, qui cadre avec les mutations de l’économie algérienne et sa volonté de se moderniser. Cette réforme qui a été lancé en 2007 sous l’appellation « Modernisation du Système Budgétaire ou MSB devait entre en vigueur en 2009, reporté à 201l, on est en 2013 et la réforme n’est pas encore appliquée.

C’est une réforme fondée sur une plus forte responsabilisation des gestionnaires et sur le contrôle de la performance. La nouvelle architecture du budget permettra un meilleur suivi de la dépense publique. La présentation du budget se fera en trois niveaux, mission,
programme et action. Les politiques publiques correspondent à des missions et le programme constituera le cadre de mise en œuvre de cette mission Réformer le budget en développant une culture de résultats conduit à des lois de finances plus lisibles et plus transparents.

La réforme budgétaire est présentée un peu partout où elle est appliquée comme étant un levier de la réforme de l’Etat, c’est-à-dire un Etat plus performant, plus transparent. « Faute d’un suivi par indicateurs et d’une mesure d’atteinte de l’objectif, la gestion publique était restée hermétique à tout logique d’efficacité.

La réforme budgétaire qui arrive dans un contexte où le pays voulait faire de l’investissement productif le moteur de la croissance a comme objectifs : transparence ; modernisation, responsabilisation, information claire, gestion axée sur les résultats, renforcement des capacités de prévision et d’analyse des ministères notamment celui des
finances, amélioration de la présentation des documents budgétaires.

Ces objectifs auront un effet sur le circuit de la dépense et de budgétisation et permet la construction d’un système d’information qui facilitera à son tour la mise en place des modalités d’évaluation. A juste titre, on notera que la nouvelle réforme compte dépasser le cadre budgétaire (annualité) pour s’inscrire dans un cadre stratégique c’est-àdire la mise en place d’un cadre de dépenses à moyen terme (CDMT). En adoptant une culture de résultats, et en dépassant la seule contrainte de réalisation permettra sans nul doute de mieux dépenser et d’améliorer l’efficacité de l’action publique.

L’intervention de l’Etat algérien depuis le début des années 2001 par des programmes d’investissements publics était plus que nécessaire disons même salutaire. Le retour de l’Etat sur la scène économique et sociale est dicté par l’état de l’économie algérienne au lendemain de la décennie 90, marquée par une croissance quasi- nulle et la dégradation des conditions de vie de la population.

La conséquence de cette situation est un important retard accusé en matière d’infrastructures de base et un déficit chronique de services publics. Donc l’action publique n’est nullement contestée, tout au contraire, l’Etat se devait de procéder à des investissements publics et d’accompagner un secteur privé naissant, en lui créant un environnement favorable qui lui permettra d’évoluer et de se développer.

Mais force est de constater que les énormes moyens mobilisés ont donné des résultats modestes et ont eu peu d’impacts sur la sphère économique. La croissance algérienne n’est pas le fait de l’entreprise et reste toujours tributaire des hydrocarbures. Les résultats mitigés obtenus trouvent leurs explications dans les carences de la gestion des affaires publiques, voire dans une gouvernance insuffisante. Il est urgent, donc, de moderniser
notre administration et d’investir dans la ressource humaine afin de développer les compétences managériales chez nos gestionnaires publics.

Le cadre de la gouvernance publique est appelé à évoluer et s’orienter vers l’efficacité et la performance, la transparence, la reddition des comptes et la responsabilisation.

Nous terminerons sur quelques recommandations : nécessité de maîtriser les études de projets pour limiter le recours à l’évaluation ; accorder plus de transparence à la gestion des deniers publique, la mise en place des mécanismes de suivi et d’évaluation, amélioration de la capacité d’exécution, identifier les responsables dans chaque secteur avec un engagement sur les résultats.

Par SEDDIKI MALIKA, enseignant à la Faculté des Sciences Economiques, Sciences commerciales et Sciences de Gestion Université Alger 3

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