L’Etat algérien dépense beaucoup, beaucoup trop d’argent, mais il en gagne que très peu. C’est le constat que l’on peut dresser lorsqu’on ausculte de près la Loi de Finances 2019. Une loi foncièrement dangereuse pour les finances du pays car elle renforce encore davantage la culture dépensière de l’Etat algérien. 

Un vice qui aggrave les déficits alors que les recettes budgétaires sont très légèrement en hausse. En effet, en  2019, l’Etat algérien va dépenser pas moins de 8.557 mds DA, à savoir près de 85 milliards de dollars ! En revanche, durant la même année, il ne va engranger que 6.508 milliards DA (mds DA) de recettes, à savoir près de 65 milliards de dollars. La fiscalité pétrolière rapportera dans les caisses de l’Etat en 2019 à peine 2.714 milliards DA, à savoir près de 27 milliards de dollars.

L’Algérie vit donc largement au-dessus de ses moyens. Elle dépense plus qu’elle ne gagne. Certes, dans l’économie moderne, une grande école encourage les dépenses de l’Etat pour créer de la croissance et surmonter les crises. Oui, comme on vient de le dire, dépenser pour créer d’abord et avant-tout de la croissance.  A l’image de la Grèce et L’Irlande, une forte réduction des déficits ne peut entraîner qu’une grave récession. Le financement direct des Etats par la création monétaire offre donc une issue convenable pour relancer la croissance économique et ces interventions n’ont pas pour objectif de financer les Etats mais de soutenir périodiquement Etats, banques ou entreprises en achetant de la dette.

En Algérie, les immenses dépenses budgétaires ne sont nullement liées à la croissance économique. Au contraire, aucun impact ne se fait sentir sur la croissance de notre développement. Pourquoi ? La raison est toute simple : l’Etat algérien consacre ses milliards pour des secteurs qui ne produisent rien. Preuve en est, rien que pour assurer son fonctionnement, l’Etat algérien dépensera en 2019 pas moins  de 4.954 mds DA, à savoir près de 49 milliards de dollars !

Une enveloppe budgétaire de 1.763 milliards de DA sera allouée aux transferts sociaux durant l’exercice 2019 (contre 1.760 milliards de DA en 2018), soit près de 21% de la totalité du budget de l’Etat de l’année 2019. Cela signifie que près de 17 milliards de dollars seront accordés pour les subventions sociales qui permettent aux Algériens de vivre à l’abri du besoin. Toutefois, ces subventions sociales ne permettent guère d’améliorer la productivité économique de notre pays. Elles ne profitent pas, du moins jusqu’à maintenant, au secteur économique créateur d’emplois et de richesses.

Pis encore, au final, en 2019, l’Etat ne débloquera que 2.600 milliards DA, à savoir près de 26 milliards de dollars, d’autorisations de programme destinées à de nouveaux projets ou à des réévaluations. Force est donc de constater que la plus grosse partie des budgets de l’Etat algérien sont davantage consacrés à son propre fonctionnement administrative et bureaucratique ainsi qu’aux subventions sociales. Le développement économique et industriel qui, lui, créé de la richesse et rapporte de l’argent est relégué au second plan.

Pour sauver les meubles, les rédacteurs de la Loi de Finances 2019 tentent de rassurer en incrustant dans le texte de cette loi que « la consistance du Budget d’Equipement pour 2019 confirme la poursuite de l’engagement de l’Etat en faveur du développement économique et social avec notamment des dotations de 625 mds DA pour l’appui au développement humain, près de 1.000 mds DA de soutien multiforme au développement économique et 100 mds DA de concours au développement local ».

Ces annonces sont vagues et les objectifs visés ne sont pas détaillés. Dépenser, dépenser et dépenser encore sans aucune stratégie ni visibilité clairvoyante, voici la maladie qui ronge profondément l’Etat algérien. L’addition est salée puisque le solde global du Trésor pour l’exercice 2019 affichera un déficit de près de 2.200 mds DA. En termes clairs, l’Etat algérien sera endetté à hauteur de 22 milliards de dollars à cause de son déficit budgétaire.

L’Algérie donne beaucoup plus d’argent à son train de vie qu’au financement de son propre développement. Cette tendance suicidaire va lui coûter cher, très cher dans un futur proche.

 

 

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