En Algérie, la question qui se pose est de savoir comment rendre durable le développement humain en le fondant sur une croissance économique soutenue et diversifiée ? Autrement dit, comment sortir de ce paradoxe d’un développement humain réalisé au cours la période 1962-2012 malgré une croissance économique molle ? Cet aspect de la question mérite à lui seul une longue analyse. Ici, on se contentera d’évoquer quelques pistes.

 

Ce développement a été rendu possible grâce aux investissements colossaux réalisés dans le pays par l’Etat, les grandes entreprises, les PME et les ménages. Le secteur des hydrocarbures a été déterminant dans le financement de ces investissements. Mais, certains investisseurs ont été peu mobilisés comme les investisseurs étrangers dont la part n’atteint pas les 3 % de la masse des investissements réalisés dans le pays entre 1970 et 2010, alors qu’elle atteint les 12 % au Maroc et presque 19 % en Tunisie pour la même période.

L’attractivité du pays reste très faible comme le montrent toutes les études sur la compétitivité des nations. La deuxième catégorie d’investisseurs peu mobilisée également (les ménages et les entreprises individuelles) participe également de manière relativement faible aux investissements. En 2011, leur part dans l’investissement réalisé dans le pays n’a pas dépassé les 12,1 % (d’un total de 61.4 milliards de dollars).

Sur un revenu disponible brut de presque 100 milliards de dollars en 2011, les ménages et entreprises individuelles, après avoir consommé et investi presque 70 milliards de dollars, ont épargné une somme colossale nette de l’équivalent de 30 milliards de dollars restés oisifs. Une partie importante de cette somme alimente l’économie informelle.

Par ailleurs, c’est la levée des facteurs de blocage de la croissance économique que nous avons identifiés précédemment qui permet de rendre durable le développement humain. Ce qui suppose la définition d’une stratégie économique adéquate.

Des mécanismes ont été conçus par les pouvoirs publics pour lever ces facteurs de blocage, mais leur efficacité s’est avérée réduite. La plus grande difficulté concerne la faiblesse de coordination entre les différentes institutions chargées de gérer l’économie nationale, comme l’a fortement noté une étude de la Banque mondiale en 2005.

Elle concerne aussi la conception et la mise en œuvre de mécanismes de régulation adéquats, dans différents domaines. Ces deux difficultés, mal diagnostiquées, réduisent la performance des investissements réalisés et hypothèquent le fonctionnement de l’économie et l’équilibre social. C’est aussi la panne du secteur des industries manufacturières dont le poids est anormalement bas dans la production de la richesse nationale (à peine 4,10 % du PIB en 2011) qui explique en grande partie la faiblesse de la croissance économique. Cette panne dure depuis une vingtaine d’années et repose la question de savoir si un développement peut être soutenu sans une véritable industrie manufacturière diversifiée, sachant que la rente pétrolière a des horizons limités

Enfin, il y a lieu de noter que la croissance réelle, enregistrée depuis 2006 jusqu’à présent, apparaît faible en raison de la baisse continue de la production des hydrocarbures sous toutes ses formes. Autrement dit, la croissance du PIB hors hydrocarbures a été très importante puisqu’elle est de l’ordre de +47.4 % entre 2005 et 2011, alors que le secteur des hydrocarbures a connu une chute de plus de 19 % au cours de cette période. Paradoxalement, au cours de la dernière période, le pétrole et le gaz, ressources essentielles du pays, ont été un véritable frein pour la croissance économique. C’est dire que ce secteur est peu intégré à l’économie nationale.

Ces éléments montrent que le développement humain, pour être durable, doit être fondé sur la croissance économique qui nécessite une véritable relance et une diversification du secteur industriel. Celles-ci passent par une refonte profonde de son environnement institutionnel et économique, condition susceptible de limiter la dépendance de l’économie envers la rente pétrolière. Malgré un niveau d’investissement relativement élevé, l’Algérie a enregistré une croissance économique modeste sur toute la période étudiée. Elle est souvent qualifiée de faible dans les analyses. Plusieurs explications peuvent être avancées, mais une recherche des vrais facteurs de blocage reste à faire, notamment dans certains secteurs.

Cette « contreperformance » économique, à long terme, n’a pas empêché le développement humain de connaitre une évolution très positive, et la courbe de l’indicateur de développement humain le montre assez bien. Enfin, les analyses en termes de croissance et de développement à long terme doivent être relativisées et approfondies. Si la question de l’efficacité des investissements se pose de manière cruciale, le développement humain ne peut être durable sans une croissance économique soutenue et une véritable diversification de l’économie, dans le cadre d’une véritable stratégie de réduction de sa dépendance à l’égard de la rente énergétique.

Par Ahmed Bouyacoub, Économiste à l’Université d’Oran 

 

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