L’analyse des performances de l’économie algérienne sur une longue période, 1962-2012, révèle plusieurs caractéristiques importantes. D’un côté, la croissance économique enregistrée, au cours de cette période, a été relativement faible, en comparaison internationale, malgré les niveaux élevés désinvestissements réalisés. D’un autre côté, cette faible performance n’a pas empêché l’indicateur de développement humain d’enregistrer une évolution très positive. Plusieurs facteurs expliquant ce paradoxe ont été identifiés et constituent un véritable blocage de la croissance économique. En revanche, le développement humain ne peut être durable sans une croissance économique soutenue et une véritable diversification de l’économie qui la mette à l’abri des aléas liés à la rente énergétique.

À long terme, l’Algérie a enregistré un taux de croissance relativement faible. En effet, de 1964 à 2010, le PIB par habitant a connu un taux de croissance annuel moyen de :

  • Algérie : + 1,40 %

  • Tunisie : + 3,25 %

  • Maroc  : + 2,21 %

  • Corée : + 5,63 %

Sur 46 ans, le taux annuel moyen enregistré par l’Algérie est relativement faible, si on le compare à ceux des pays voisins et à celui de la Corée du Sud, par exemple. Les calculs ont été menés à partir de 1964 pour éviter les années 1962 et 1963 marquées par un effondrement du PIB par habitant, dû, en partie, au départ précipité d’une bonne partie de la population européenne et l’arrêt d’un grand nombre d’activités économiques. En 1962, le PIB/habitant avait chuté de 33,15 % par rapport à celui de 1960. Pour retrouver le niveau de l’année 1960, il a fallu attendre l’année 1968.

 

De 1964 à 2011, le PIB /habitant a été multiplié par 1,93 en Algérie. Comparée à celles des autres pays, cette croissance peut être considérée comme relativement modeste. Le taux de croissance par habitant intègre, bien entendu, outre la croissance économique, la croissance démographique qui a été très importante. Même si le PIB global a été multiplié par presque six entre 1964 et 2011, cette croissance reste relativement plus faible que celles des pays voisins et encore davantage par rapport aux champions mondiaux de la croissance comme la Chine et la Corée du sud. La seule particularité de l’Algérie est que son taux de croissance démographique a été parmi les plus élevés au monde. Dans quelle mesure cette croissance exceptionnelle de la démographie a-t-elle eu un impact négatif sur la croissance économique ? Cette recherche reste à faire.

Mais, si le taux de croissance à long terme a été relativement faible, il y a lieu de noter que l’analyse détaillée identifie trois grandes périodes différentes en matière de croissance.

  • Une première période de forte croissance (1963-1985). Cette période se caractérise par un taux moyen élevé de croissance du PIB/habitant sur 22 années avec un taux de croissance annuel moyen de +2,68 %. On constatera que cette période économique de forte croissance regroupe plusieurs « périodes politiques ».

  • Une deuxième période de forte crise économique (1986-1994). Cette deuxième période a duré neuf ans et correspond à une véritable crise économique avec un taux négatif annuel moyen de -2.35 %. Cette crise a débuté avec la chute du prix du pétrole en 1986 entraînant une chute des revenus d’exportations, de presque 40 % par rapport à l’année 1985.

Les exportations de marchandises ont évolué comme suit entre 1985 et 1990, en milliards de dollars.

Au cours de cette période, marquée par les événements d’octobre 1988 et des réformes institutionnelles et économiques lancées en 1989 et 1990, la réduction des ressources en devises de l’Etat a entraîné une difficulté majeure concernant le paiement annuel des échéances de la dette extérieure à partir de 1986. Toute la politique économique en a été fortement marquée et les réformes économiques se sont trouvées bloquées, car, à cette époque, le rééchelonnement de la dette extérieure et le passage par le Fonds monétaire international avaient été, par principe, rejetés par le pouvoir politique.

Une troisième période de croissance molle (1995-2012) marquée par un taux de croissance annuel moyen du PIB/habitant de + 1,95 %, malgré un volume important d’investissements injectés dans l’économie au cours de cette période.

Nous constatons que la courbe d’évolution du PIB/habitant entre 1963 et 2012 ressemble à un grand N. Par ailleurs, cet indicateur semble présenter une forte sensibilité aux grands événements qui ont marqué le pays. Pour ne caractériser que la première grande période, le premier retournement de la courbe s’est effectué en 1966, au lendemain du coup d’Etat effectué par le président Boumediene le 19 juin 1965, puisque l’année 1966 a été marquée par un taux négatif de croissance de -7,20 % du PIB/habitant. Le deuxième retournement important s’est effectué en 1971, année de la nationalisation des hydrocarbures, avec un taux négatif très élevé de -13.95 %. Le troisième retournement de la courbe s’est effectué en 1980, une année après le décès du président Boumédiene, année marquée par un taux de croissance négatif de -2.45 % et ce malgré des recettes d’exportations exceptionnelles au cours de cette année, en augmentation de plus de 40 % par rapport à celles de 1979.

 

Par Ahmed Bouyacoub, Économiste à l’Université d’Oran 

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