La bibliothèque principale de Bejaïa serait-elle à nouveau interdite au café littéraire de Bejaïa comme cela fut le cas au printemps dernier ? L’interrogation mérite d’être soulevée  puisqu’on vient de nous signifier que notre demande d’organiser une série de conférences-débats animées par des écrivains et scientifiques algériens dans cet établissement est, tenez-vous bien, « soumise à l’autorisation du commandement de la gendarmerie de Bejaïa. »
La nouvelle est totalement incroyable, hallucinante et plus que révoltante.
Non seulement nous refusons de nous plier à cette mesure inique, humiliante, mais nous entendons la dénoncer fortement et la combattrons jusqu’à sa suppression définitive. Car, de quel droit une institution militaire doit-elle chercher à autoriser ou non une conférence publique ? Un écrivain, un scientifique ou tout autre conférencier, ne devrait-il donc s’exprimer qu’avec l’assentiment direct des militaires ? Que sont-ils ces gendarmes pour se comporter comme s’ils ont un droit divin sur le reste des citoyens ?
Qu’on l’entende bien et une bonne fois pour toutes : le café littéraire ne quémandera aucune autorisation à quelque autorité que ce soit pour exercer le droit imprescriptible d’organiser son activité. Lui imposer une telle mesure serait une entrave à sa liberté de tenir ses conférences dans des établissements culturels publics, lesquels appartiennent non pas au pouvoir, mais aux citoyennes et aux citoyens de notre pays.
Tenter de nous enlever ces espaces de libre expression et de débat d’idées par la force de la baïonnette exprime une volonté bien claire de renforcer une dictature de plus en plus envahissante, de plus en plus arrogante. Aujourd’hui, bien plus qu’hier, peut-être moins que demain, le pouvoir et ses innombrables relais sont en train d’exercer un monopole quasi général sur l’action culturelle, quoique celle-ci souffre d’une terrible médiocrité, mais voulue et sciemment recherchée.
Quant à l’action culturelle exercée librement dans le but d’apporter une contribution notable à l’éveil des consciences, à la formation de l’esprit critique du citoyen et à son rapprochement avec le livre, celle-là, le pouvoir n’en veut pas et fait tout pour l’éclipser, sinon la faire disparaître à force de la réprimer.
Le café littéraire de Bejaïa ne se soumettra à aucune mesure coercitive, ni aucune loi liberticide. Il entend protester dans les jours qui viennent pour dénoncer l’ostracisme qui l’oppresse à travers des actions publiques. A la force des baïonnettes, il entend opposer la force du droit.
Le café littéraire de Béjaïa, Le 25 décembre 2018

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