Le procès du journaliste Adlène Mellah a permis de révéler de nombreux faits très inquiétants, des dérives sécuritaires qui font froid dans le dos. Les avocats du directeur de Dzaïrpresse ont dévoilé des infractions criants à la loi en vigueur dans notre pays. Des lois qui protègent les droits élémentaires des citoyens algériens. 

En effet, un vent de panique s’est emparé de la salle de l’audience du tribunal de Bab El-Oued, où s’est déroulé mardi après-midi le procès d’Adlène Mellah, lorsque l’un des leaders du collectif de la défense, l’avocat Abdallah Haboul révèle au grand public que le journaliste Adlène Mellah a été incarcéré à la prison d’El-Harrach alors que dans son dossier il n’y a même pas un document officiel démontrant qu’un mandat de dépôt a été prononcé par une autorité judiciaire en bonne et due forme. Silence glacial dans la salle. Le procureur de la République tente de casser l’argumentaire de maître Haboul et essaie de rassurer tout le monde sur le bien-fondé de l’incarcération d’Adlène Mellah.

Mais maître Haboul reprend la parole : « je suis prêt à m’excuser publiquement si la Cour nous présente la moins trace dans le dossier de notre client de ce document signifiant son placement sous mandat de dépôt ». Aucun des magistrats ne va répondre, par la suite, à ce défi lancé par celui qui fut lui-même un ancien juge et parfait connaisseur des rouages de notre système judiciaire.

Les plaidoiries se poursuivent et chaque avocat va révéler à son tour une « anomalie », une autre « irrégularité ». Maître Hassan Brahmi démontre avec un schéma tiré de Google Earth que les PV établis par les éléments de la police judiciaire de Bab El-Oued souffrent d’une énorme incohérence irrationnelle. Amine Sidhoum et Lekhlef Chérif se suivent aussi pour déplorer les contradictions étonnantes qui se dégagent de ces PV. Adlène Mellah est présenté comme un manifestant interpellé le 9 décembre à Alger-centre dernier dans deux endroits distincts et distant l’un de l’autre d’au moins 1000 M !

Les avocats ont retrouvé dans le dossier d’Adlène Mellah un autre PV écrit à la main par un policier qui révèle le contenu de la discussion tenue entre le journaliste interpellé et son épouse venue lui rendre visite.  Les révélations les plus fracassantes vont inonder encore la salle durant ce procès houleux où le Procureur de la République n’a pas cessé de tenter de démentir les faits dénoncés par les avocats de la Défense. En vain et sans succès car la démonstration des avocats de la défense a été implacable.

Preuve en est, les réquisitions sur la base desquelles les policiers sont intervenus en cette journée du 9 décembre pour disperser une dizaine d’artistes regroupés devant le TNA d’Alger et procéder à l’arrestation de trois personnes, dont le journaliste Adlène Mellah, sont caduques et non-conformes.

« Lisez-bien le contenu de ces deux réquisitions signées par le wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Les deux sont datées du 13 février 2018 et leur destinataire est le contrôleur Noureddine Berrachedi, chef de la sûreté de wilaya d’Alger (qui n’est plus en poste depuis plus de cinq mois) auquel il est demandé d’utiliser la force publique dès le mercredi 14 février 2018 pour empêcher tout rassemblement ou marche de protestation non autorisés, tenus par des organisations syndicales sur le territoire de la wilaya d’Alger. Ces réquisitions ont été faites lors des marches des médecins résidents à Alger », s’indigne maître Amine Sidhoum.

Ce dernier s’est dit choqué par le comportement des forces de sécurité. « La force publique a-t-elle besoin d’une formation sur la procédure ou fait-elle exprès pour détruire ce qui reste des institutions de l’Etat ? », s’est interrogé cet avocat. Maître Arezki Ait Larbi va s’attaquer au fond du dossier en dévoilant les dessous politiques de l’arrestation et incarcération d’Adlène Mellah. Il expliquera que les inculpations d’«attroupement sur la voie publique», «incitation à l’attroupement» et «désobéissance et outrage à la force publique» n’ont aucun fondement dans ce dossier aux relents politiques.

Maître Khaled Bourayou affrontera particulièrement le Procureur de la République qui avait requis 3 ans de prison ferme à l’encontre d’Adlène Mellah. La passe d’armes entre l’avocat et le magistrat aggravera la tension dans la salle d’audience. Les policiers mobilisés en grand nombre font de leur mieux pour maintenir le calme. Mais la tension est remontée crescendo lorsque maître Mustapha Bouchachi, le ténor des avocats algériens, a été interrompu par la juge et présidente de la séance pour l’empêcher de développer sa plaidoirie où l’acharnement politique des autorités algériennes contre les journalistes et militants des Droits de l’Homme est vigoureusement dénoncé.

Les avocats se révoltent et entrent en rébellion. Ils menacent de quitter la salle et de boycotter la séance. Au lieu de calmer la situation, le Procureur de la République poursuit ses échanges vifs avec les avocats. Ces derniers se retirent définitivement et enlèvent leurs robes noires. Toute la salle se vide et le public rejoint les avocats. La séance est totalement suspendue. Les avocats rédigent un communiqué et le distribuent aux journalistes fortement présents au cours de ce procès. La juge reprend la séance dans une salle totalement vide et reporte le verdict au 25 décembre prochain.

A l’extérieur du tribunal de Bab El-Oued, les caméras des télévisions et smartphones des journalistes immortalisent les déclarations incendiaires des avocats de la défense et relatent ainsi en direct le basculement d’un simple procès dans le scandale politique.

 

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