Le sujet a été enfin abordé  au forum international sur « le renforcement des capacités de gouvernance », dont les travaux ont pris fin mercredi dernier à Alger. Les participants de ce forum, qui vise a vulgariser le concept de la bonne gouvernance en travaillant sur l’amélioration des compétences des fonctionnaires de l’administration publique, ont beaucoup insisté sur le rôle de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA). 

Une école qui est censée former les gestionnaires et technocrates de toute l’administration algérienne. Une école dont le rôle aujourd’hui soulève de nombreuses interrogations. Et pour cause, alors que l’Algérie s’enfonce plus que jamais dans une crise de mauvaise gouvernance qui paralyse toutes les structures de l’Etat de la daïra en passant par la wilaya jusqu’au sommet du gouvernement, l’utilité et l’efficacité de l’ENA se posent avec beaucoup d’acuité.

C’est l’ENA qui a formé presque tous les actuels dirigeants algériens comme le Premier-ministre Ahmed Ouyahia ou Nourredine Bedoui, ministre de l’Intérieur, ainsi que de nombreux autres ministres et hauts responsables du pays. L’ENA existe officiellement depuis 1964 et sa première mission est d’assurer la formation des cadres de conception et des hauts fonctionnaires pour les besoins de l’administration de l’État, des collectivités territoriales et des institutions publiques.

Rattachée depuis sa création à la Présidence de la République, elle fut ensuite placée sous l’égide du premier-ministère, le ministère de l’enseignement supérieur et la recherche scientifique avant de finir dans les girons du ministère de l’Intérieur depuis 2005. L’ENA dispose officiellement d’un centre de Documentation, de Recherche et d’Expertise (CDRE) et s’est imposée depuis de longues années comme l’école la plus sélective en Algérie. N’est pas énarque qui veut en Algérie. C’est du moins ce que nous font croire les autorités algériennes.

Un cliché qui est déconstruit radicalement par la réalité bureaucratique de l’Etat algérien car ces dernières années, le niveau des walis algériens, chefs de daïras ou même des ministres est d’une médiocrité criante. Populisme, discours bâclés, une gestion chaotique, incapacité à fédérer les citoyens, impossibilité de répondre aux besoins des citoyens algériens, bref, les bilans de gouvernance des hauts cadres et dirigeants formés par l’ENA d’Alger sont tout bonnement catastrophiques. Certes, quelques petites perles font exception. Mais force est de constater que la majorité des walis ou hauts commis de l’Etat formés par notre glorieuse ENA sont déconnectés des réalités sociales de leurs compatriotes et leur incapacité à mener les réformes administratives aggravent dangereusement le sous-développement de notre pays.

Ce constat amer a été dressé à demi-mot par les participants au forum international organisé au Centre international des conférences (CIC) Abdelatif Rahal. Et, d’ailleurs, ces participants ont préconisé de s’inspirer de l’expérience de l’Académie nationale chinoise de la gouvernance (CNAG). Une institution qui a fait de l’Etat chinois et de ses diverses structures un modèle de bonne gouvernance reconnu dans le monde entier.

En vérité, les experts nationaux et étrangers ont proposé tout bonnement la révision du statut de l’ENA à travers sa promotion en un pôle de gouvernance, tout en renforçant les périodes de stage et en créant des laboratoires de recherche dans les domaines de la gouvernance pour tirer profit de l’expérience chinoise « pionnière ».

La révision du statut comprend également l’insertion de la fonction de la recherche scientifique pour aider à la prise de décisions stratégiques et former des équipes de recherche spécialisées, tout en encourageant la création, l’encadrement juridique et l’intégration de groupes de réflexion dans le système national de gouvernance.

Il a été également proposé de procéder à la mise en place d’un système d’autoévaluation et d’évaluation externe des écoles d’administration et de gouvernance pour évaluer leur efficacité ainsi que la mise en place d’un système de concurrence entre ces différentes écoles. Les experts ont mis l’accent, en outre, sur la nécessité de revoir les programmes de formation et de les adapter aux derniers développements, de développer les moyens de la recherche scientifique pour être conformes aux besoins de la société, d’établir une coopération et un partenariat aux plans interne et externe entre les écoles et les administrations publiques et d’établir des contrats de performance entre les institutions et les secteurs employeurs.

Et pour accompagner le travail de formation de l’ENA et corriger ses errances, il a été suggéré enfin de mettre en place un observatoire national du service public (ONSP), à savoir un espace pour développer les pratiques et les normes relatives à la qualité et au professionnalisme en matière de formation à la gouvernance.

Compte tenu de l’importance que revêtent ces recommandations, les autorités algériennes devraient les prendre en considération dans les plus brefs délais. Jamais, au grand jamais, la crise de mauvaise gestion n’a produit autant d’impacts négatifs sur les Algériens. Et les élites mal-formées de l’ENA d’Alger contribuent à aggraver dangereusement ce malaise.

 

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