C’est, désormais, confirmé et officiel. Le rédacteur en chef d’Algérie Part, Abdou Semmar, est victime d’un extraordinaire acharnement judiciaire qui cache des visées politiques très dangereuses. Preuve en est, hier jeudi, le Procureur de la République près le tribunal de Dar El Beida a répondu officiellement à la requête des avocats d’Abdou Semmar concernant l’interdiction de quitter le territoire national qui lui a été imposée de manière aussi étrange qu’arbitraire puisqu’il a été remis en liberté sans aucune restriction par le tribunal de Bir Mourad Raïs le 8 novembre dernier. 

Et la réponse de monsieur le Procureur de Dar El Beida est encore plus intrigante et inquiétante. Comme le démontre ce document que nous mettons à la connaissance de nos lecteurs et lectrices, le Procureur de la République près le tribunal de Dar El Beida a confirmé aux avocats de notre rédacteur en chef que ce dernier fait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire national (ISTN) qui a été ordonnée par le tribunal d’Abane Ramdane, tenez-vous bien, le 08 novembre 2018, à savoir le jour même où Abdou Semmar était en train d’être jugé, en compagnie de son collègue Merouane Boudiab, devant les juges d’un autre tribunal algérois, à savoir celui de Bir Mourad Raïs ! Logiquement, à cette date-là, Abdou Semmar était encore en détention à la prison d’El-Harrach.

Sa remise en liberté n’a été prononcée par le juge du tribunal de Bir-Mourad Raïs que vers 22 H. Comment un autre juge ou magistrat du tribunal d’Abane Ramdane peux se permettre de le soumettre à une ISTN alors qu’il est toujours officiellement en prison et son procès n’a pas encore été achevé ? Y-a-t-il un tribunal en Algérie qui travaille au-delà de 22 H pour donner des instructions aussi fermes et radicales qu’une Interdiction de quitter le territoire national ?

De l’avis unanime de tous les avocats consultés par nos soins, les réponses à cette question risquent de nous révéler des vérités amères qui feront froid dans le dos. Et pour cause, juridiquement parlant, si le tribunal d’Abane Ramdane a prononcé cette ordonnance d’ISTN, cela signifie qu’une autre affaire en justice a été lancée à l’encontre d’Abdou Semmar. Or, jusqu’au 8 novembre 2018, notre rédacteur en chef croupissait en prison. Il n’a jamais été convoqué ou appelé par un quelconque juge d’instruction ou procureur du tribunal d’Abane Ramdane. Il n’a jamais mis les pieds dans ce tribunal d’Alger-centre. Sur le plan légal, il est impossible de soumettre un citoyen Algérien à une ISTN s’il ne fait pas l’objet d’une procédure d’instruction judiciaire. Or, jusqu’à la date du 08 novembre 2018, Abdou Semmar n’a jamais été inquiété par une plainte enregistrée au niveau du tribunal d’Abane Ramdane.

Et notre rédacteur en chef est seulement un journaliste qui écrit des articles. Un journaliste est-il considéré comme un terroriste dangereux pour l’empêcher de quitter le territoire national sans l’aviser au préalable et sans le soumettre à une procédure judiciaire ? En réalité, l’affaire Abdou Semmar confirme encore une fois que la justice algérienne a été instrumentalisée politiquement pour réprimer la liberté d’expression et étouffer un journaliste qui dérange certains dirigeants ou hauts responsables du pays.

Dés dimanche, un collectif d’avocats et de défenseurs des Droits de l’Homme vont se mobiliser au niveau du tribunal d’Abane Ramdane pour réclamer des explications rationnelles à cet imbroglio arbitraire. Les avocats d’Abdou Semmar demandent seulement la levée pure et simple de cette ISTN qui viole tout bonnement ses droits civiques les plus élémentaires. Le ministre de la Justice, Tayeb Louh, sera officiellement saisi dans les prochains jours pour qu’il intervienne personnellement dans ce dossier aux relents de scandale. Cette violation des libertés publiques d’un citoyen algérien déshonore la justice algérienne, la colonne vertébrale de notre Etat. Nous espérons que les autorités algériennes feront preuve de bon sens et respecteront la liberté d’Abdou Semmar. Une liberté consacrée et défendue par de nombreuses dispositions de la Constitution de notre pays.

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