Quel est l’impact des chocs des prix du pétrole sur la croissance économique
en Algérie ? L’impact est-il asymétrique ?  Quelles sont les prévisions pour les années 2017 à 2020 ?

 

L’impact des chocs des prix du pétrole sur la croissance économique a fait
l’objet de travaux théoriques dans un premier temps, et de travaux empiriques par
la suite. Les premiers travaux durant les années 1970, sont exclusivement consacrés aux économies développées. Les travaux dédiés aux économies africaines sont
limités et n’apparaissent qu’à partir des années 1990.

Dans cette section, nous présentons une revue de littérature consacrée aux économies développées. Par la suite, nous donnons une revue des travaux qui traitent le cas des pays africains. Enfin, une dernière section aborde la question du mécanisme de transmission des
chocs de prix de pétrole à l’économie.

Revue des travaux majeurs dans le cas des pays développés

Sur le volet théorique on cite les modèles de Bruno et Sachs (1982), Harkness (1982), Bernanke (1983) et Hamilton (1983)12. Sur le plan empirique, on cite les premiers travaux de Darby (1982) et Burbidge et Harrison (1984) sur l’impact des chocs de prix de pétrole sur les économies des pays de l’OCDE. Darby (1982) a estimé l’impact du choc pétrolier de 1973-74 sur le revenu réel de huit pays de l’OCDE. Dans son analyse, il n’arrive pas à distinguer entre l’impact des chocs pétroliers et celle des politiques de lutte contre l’inflation dans les récessions des années 1970 suite à l’effondrement du système de Bretton Woods en 1973.

Burbidge et Harrison (1984) utilisent un modèle VAR sur des données annuelles de 1960 à 1981 pour les EUA, le Canada, le RU, le Japon et l’Allemagne. L’impact négatif de la hausse des prix de pétrole est détecté uniquement pour le premier choc pétrolier de 1973 (tableau 1). Le contre choc pétrolier de 1986 mais des doutes sur l’impact du prix du pétrole sur
la croissance. En effet, la chute des prix en cette période n’est traduite en boom économique.

Cette réaction asymétrique des économies vis-à-vis des hausses et
des baisses de prix de pétrole pose des interrogations sur la nature de la relation
avec croissance économique.

 

Mork (1989) analyse la relation des prix de pétrole en période de hausse et en
période de baisse. Dans une extension du modèle de Hamilton (1982), il confirme
l’impact négatif de la hausse des prix sur la croissance et le caractère asymétrique
de cette corrélation. Hooker (1996) ne trouve plus de causalité des prix de pétrole
vers l’économie américaine depuis la deuxième moitié de 1970.

Il conclue que les chocs de prix de pétrole ne sont plus exogènes par rapport à l’économie américaine après 1980. Hooker (1996) conclue à la rupture de la relation entre la croissance américaine et les prix du pétrole à partir de la crise de 1973. La sensibilité aux
variations du prix du pétrole serait significativement différente après la crise
Les travaux empiriques portent également sur la relation des prix de pétrole avec
les cycles économiques.

Dans le cas américain, Hamilton et Herrera (2001) et Hamilton (2005) montrent que neuf des récessions américaines entre 1948 et 2001 ont été précédés de hausses significatives des prix de pétrole. Pour les économies européennes, les travaux de Mork (1992) et Mork et al (1994) montrent également des effets négatifs de la hausse des prix du pétrole sur la croissance. Plus récemment, Lardic et Mignon (2008) confirment l’impact négatif des chocs
pétroliers sur la croissance et la présence d’une relation de long terme dans le cas des économies européennes.

Dans une analyse exhaustive, Lescaroux (2008) étudie les résultats concernant les
estimations de l’élasticité de la croissance par rapport à la hausse des prix de
pétrole en distinguant les effets de court terme et de long terme. L’étude montre  l’étendu de ces estimations pour les économies développées.

Il conclut par l’ambigüité de la relation tant au court terme qu’au long terme. Pour la relation de moyen et de court terme, il montre que parmi les facteurs déstabilisateurs, il y a la conduite de la politique monétaire, la structure industrielle et les intensités énergétiques sectorielles. L’instabilité de la relation de court terme est quant à elle liée à la variabilité des mécanismes de transmission au cours du cycle conjoncturel. Par ailleurs, il mentionne la présence d’effets endogènes qui biaisent les estimations.

Conclusions et recommandations

L’économie algérienne est fortement soumises aux chocs exogènes, tel que les chocs climatiques et les chocs de prix de matières premières. En s’intéressant aux chocs liés aux prix de pétrole nous avons montré la vulnérabilité économique de l’Algérie. Ce grand producteur et exportateur de pétrole est directement exposé aux chocs exogènes de prix de pétrole.

Quelle sont les points de faiblesses de l’économie algérienne ?

La première difficulté est liée aux politiques pro-cycliques de l’économie algérienne.
En réduisant les dépenses publiques en période de baisse de prix de pétrole, les chocs deviennent de plus en plus persistants. Ce résultat est confirmé par l’impact continu des chocs de prix de pétrole. Il en résulte une dépression économique même si les cours de pétrole remontent quelque peu. C’est ce qui est observé après la chute brutale des prix de pétrole en 2008 et la hausse des prix à partir de 2009.

Dans le cas de l’Algérie, la constitution d’un fond de régulation des recettes n’a pas
permis d’absorber le déficit budgétaire croissant. Des politiques budgétaires contra-cyclique permettent de réduire l’impact des chocs sur le court terme. La mise en place de ces politiques nécessitent la mobilisation de la fiscalité hors produis pétroliers. Actuellement, cette dernière représente plus de 60% des  recettes de l’Etats. L’Algérie a entamée des hausses de TVA en 2016 et 2017 et une augmentation des prix des dérivés pétrolier à la pompe. Même si ces mesures sont récentes, on peut prévoir une baisse de la demande globale, ce qui n’est pas l’objectif attendu de ces augmentations !

La deuxième difficulté concerne la problématique de diversification économique. L’économie algérienne est parmi les moins diversifiées du continent. Malgré le développement des exportations hors hydrocarbures avec les plans de relance économique depuis 1999, ces exportations ne dépassent pas 2% du total des exportations. Cette difficulté réside d’une part, dans l’absence d’un plan globale de développement, et d’autre part, la non réalisation des zone franche industrielles, comme c’est le cas au Maroc par exemple.

La troisième difficulté concerne la dépendance des économies africaines vis-à-vis de l’Europe depuis plus d’un demi-siècle, et le continent asiatique plus récemment. Plus de 50% des échanges économique de l’Algérie sont réalisés avec le vieux continent et 25% avec l’Asie. Cette dépendance se traduit par un impact négatif direct lorsque l’activité économique est au ralenti en Europe et en Asie, tel que c’est le cas actuellement. L’économie algérienne pourrait développer d’avantage les échanges intra-Afrique. Les pays d’Afrique sub-saharienne (ASS) enregistrent une  croissance moyenne de 5% depuis le début du siècle. L’ASS peut être un partenaire stratégique dans le futur.

Les domaines de coopérations et d’échange sont multiples et les gains pour l’économie algérienne sont indéniables. Pour réussir la transition énergétique et sortir de la dépendance pétrolière et gazière, la politique économique algérienne doit établir les fondements de la nouvelle économie.

Les éléments clés de cette transition sont le développement du capital humain et la
recherche et le développement.

Synthèse réalisée depuis l’étude menée par Kamel Malik Bensafta, maître de conférences à l’université de Chlef 

 

 

 

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