Tribune.  » Monsieur Sidi Saïd, rendez l’honneur et la dignité aux travailleurs de ce pays »

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L’électricien des chantiers navals de Gdansk en Pologne Lech Walesa, né en 1943, a été le président-fondateur du mouvement Solidarité, syndicat à l’origine de l’affranchissement de son pays de la tutelle de l’URSS et de l’arrimage définitif de la Pologne à la démocratie. 
À ce titre, il est récompensé par le prix Nobel de la Paix en 1983.
Figure emblématique dans son pays, il a été élu 6è président de la République polonaise en 1990. Aujourd’hui encore, il jouit d’une remarquable aura internationale.
Le 9 octobre 2015, le même prix Nobel de la Paix a été décerné au quartet menant le dialogue national en Tunisie, quartet parmi lequel il y a le syndicat Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT).
Le 24 février 1956 en pleine guerre de Libération, Aïssat Idir, Abane Ramdane, Mohamed Flissi, Ben Khedda, Benaïssa Attalah et Hassan Bourouiba fondent l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA). Le rôle primordial qu’elle a joué durant la guerre a valu à Aïssat Idir, son premier Secrétaire Général de mourir sous la torture en prison le 26 juillet 1959 après avoir été martyrisé successivement dans les geôles de Berrouaghia, de Saint-Lo, d’Aflou, de Bossuet, de Barberousse et de Birtraria.
Depuis 1962, l’UGTA, unique syndicat de fait, est transformée en organisation de masse pour le compte de tous les pouvoirs qui se sont succédé jusqu’à aujourd’hui.
Elle a participé à l’assise de la dictature de Boumediène, couvé le laisser-aller de Chadli et elle encense la ploutocratie actuelle.
Elle a assisté, placide, à la désintégration du code du travail et se désintéresse royalement du sort des travailleurs.
Depuis 1997, soit 18 ans, Madjid Sidi-Saïd est son Secrétaire général. Au cours de cette très longue carrière qui continue, il s’en tient à la fonction assignée de coryphée tonitruant des mesures de désintégration de l’économie du pays.
En compensation de sa démission assumée de la défense des travailleurs, Madjid Sidi-Saïd se couvre du rôle unique de panégyriste zélé de son Excellence le président de la République Abdelaziz Bouteflika.
Censé être au-devant de la cause urgente de la création de l’emploi, il se mure dans un silence sidéral à propos de l’affaire de l’industriel Rebrab qui a eu l’outrecuidance de dénoncer le blocage de ses investissements et qui subit, pour ce fait, une vendetta criminelle de la part du gouvernement qui risque de mettre en péril les fleurons industriels qu’il a laborieusement construits par son seul travail depuis des années.
Pourtant, bien des personnalités éminentes ont apporté un soutien public appuyé à ce remarquable capitaine d’industrie, déjà premier investisseur privé en Algérie et qui ne demande qu’à continuer dans son élan de création de richesses au bénéfice de l’emploi et du redressement de la balance commerciale désastreuse du pays.
Tant qu’il s’agissait d’honorer un syndicat de Pologne, pays européen, on pouvait se dire que les raisons de contrer l’influence communiste ont contribué à l’attribution du Nobel de la Paix à un co-fondateur du syndicat Solidarité en la personne de Lech Walesa.
Mais aujourd’hui, c’est l’UGTT tunisienne que certains apparatchiks de votre UGTA nomment avec un zeste de mépris « notre petite sœur de l’Est » qui est honorée pour son sérieux, sa représentativité et sa contribution décisive à la construction démocratique en Tunisie.
Quant à vous, M. Sidi-Saïd vous avez outrageusement instrumentalisé le syndicat d’Aïssat Idir et de ses compagnons au point de déclarer en septembre 2013 à Alger avant même qu’il n’annonce sa candidature :
« Le président Bouteflika a bénéficié, bénéficie et bénéficiera de toute la sollicitude, la solidarité et l’engagement de l’UGTA ».
Votre obséquiosité délirante vous a fait dire en mars 2014 lors d’un meeting à El Oued que « Bouteflika est le Mandela algérien ». Rien que ça !
Et Aujourd’hui 2018, Vous osez encore dire à la face du peuple algérien que le 19 avril 2019 n’est qu’une « formalité démocratique » pour la continuité de l’œuvre de votre mentor Abdelaziz Bouteflika et vous vous apprêter à détourner la date symbole de tout le combat identitaire, le 20 avril, pour fêter cette nouvelle mascarade.
Nous passons volontiers sur l’impudence d’une telle affirmation pour vous poser la simple question de savoir si c’est le rôle d’un syndicat de se mettre au service d’un homme au détriment de la défense des travailleurs. Et pourquoi votre acharnement à flétrir l’UGTA et à travers elle la mémoire de ses pères fondateurs ?
Monsieur Sidi-Saïd, on sait que vous n’avez ni l’envie, ni la capacité de rendre l’honneur et la dignité aux travailleurs de ce pays.
S’il vous reste un gramme de considération pour vous-même, vous devez démissionner sans délai pour consacrer le temps qu’il vous reste à vivre à la contrition pour tenter d’apaiser votre conscience pour les préjudices que vous avez causé au syndicalisme, aux travailleurs et au pays tout entier.
Tuviret – Bouira, le 12 Novembre 2018
Par Mhand Amarouche

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