Décryptage. Comment l’Algérie s’est libérée de sa dette extérieure

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A la fin 2003, la dette extérieure de l’Algérie totalisait 23,4 milliards de dollars (à
l’exclusion de la dette payable à la Russie remontant à l’époque soviétique), dont 12,2 milliards de dollars de dette rééchelonnée aux Clubs de Paris et de Londres et 5 milliards de dollars devant être remboursés à des créanciers multilatéraux.

En 2004 – 2005, l’Etat a remboursé par anticipation 3,3 milliards de dollars,
notamment aux créanciers multilatéraux, dont le FMI. En mars 2006, la Russie a annulé les
créances de l’époque soviétique totalisant 4,7 milliards de dollars en échange d’un
engagement de l’Algérie à importer des biens et services russes d’une valeur équivalente sur une période non définie. C’est ainsi qu’ont été posés les jalons d’une approbation par le Club de Paris en mai 2006 de la requête de l’Algérie visant à payer par anticipation l’encours de sa dette à sa valeur nominale.

À la suite de négociations bilatérales, la dette des Clubs de Paris et de Londres,
évaluée à 8,5 milliards de dollars, a été payée par anticipation vers la fin 2006. Une somme
supplémentaire de 2 milliards de dollars a également été versée par anticipation aux créanciers multilatéraux en cette année. Sous l’angle des engagements financiers extérieurs, la dette extérieure à moyen et long terme a poursuivi sa tendance baissière structurelle pour s’élever à 4,62 milliards de dollars à fin juin 2007 contre 5,06 milliards de dollars à fin décembre 2006.

Grâce aux remboursements anticipés, le pays est actuellement créditeur vis-à-vis du
reste du monde. Le ratio dette extérieure/PIB est passé d’environ 34 % du PIB à la fin de
2003 à moins de 4,5 % à la fin de 2006; il diminuera à 3% à 2011. Parallèlement, le ratio de couverture des réserves est passé de 18 mois en 2003, à 25 mois en 2006, et il atteindra 38mois en 2011. Dans une telle conjoncture, la dette extérieure de l’Algérie est prévue stable sur le moyen terme.

A partir de ces données, l’administration du pays a l’intention d’obtenir une notation d’emprunteur souverain.

La hausse des prix mondiaux des hydrocarbures a transformé la situation
budgétaire de l’Algérie. La part des recettes générées par les hydrocarbures, et celle des
dépenses d’investissement dans le budget élaboré par le gouvernement, ont augmenté. Le
cadre proposé pour la gestion des ressources des hydrocarbures, et les aménagements
implicites au FRR, obligent à opérer des choix concernant l’utilisation la plus efficace de la
masse budgétaire généré par les recettes des hydrocarbures.

Les rapports de la Banque mondiale de l’année 2007, examinent deux dossiers
fondamentaux : le Fonds de Régulation des Recettes, et le Plan de Soutien à la Relance
Economique. Concernant le Fonds de régulation, ce n’est pas un fonds pour les générations
futures, comme en Norvège, mais un fonds de stabilisation de l’économie pour prévenir les
retours conjoncturels des cours du pétrole.

D’où l’importance d’une vision à long terme, afin de déterminer la part des recettes que le pays doit épargner chaque année, pour maintenir la richesse provenant des hydrocarbures. La modification des règles de gestion du Fonds de Régulation des Recettes ( FRR ) necessite l’adoption d’un cadre à long terme, permettant de décider chaque année du niveau approprié des dépenses à effectuer, à partir des recettes des
hydrocarbures.

Comme tous les pays pétroliers, l’Algérie souffre d’une insuffisance structurelle de la
fiscalité ordinaire, particulièrement de l’impôt sur le revenu. Ce qui renvoie à la complexité
de la fiscalité au niveau des taux, et à l’évasion fiscale. Les pouvoirs publics ont procédé à un réaménagement du régime fiscal pour alléger progressivement la dépendance du budget de l’État vis-à-vis du pétrole, et réorienter les dépenses vers les secteurs de l’éducation et de la santé, afin de préparer l’économie à son ouverture extérieure, en élevant les compétences et les qualifications du capital humain.

Le cadre à long terme de formulation de la politique budgétaire présenté par le FMI
a soulevé l’intérêt des autorités. Cette gestion n’empêche pas l’Etat de procéder à des dépenses importantes mais sécurisées contre les fluctuations du cours du pétrole. Les règles initiales régissant le FRR donneraient lieu à des dépenses supplémentaires et pourraient créer des goulets, dans le financement des futurs déficits. D’où le réexamen du rôle de ce Fonds, y compris sa transformation en compte d’épargne/financement. Ce compte sera a intégrer dans le budget, et a utiliser pour financer le déficit primaire HH, et pour rembourser la dette publique, y compris les remboursements anticipés. Une gestion correcte des ressources d’hydrocarbure exige également une coordination entre les politiques budgétaire et monétaire.

Synthèse réalisée à partir de l’étude menée par Achour Tani Yamna de l’université de Tlemcen 

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