Abdelkrim Zéghilèche maintenu en prison : « Une affaire politique sous couvert d’une affaire judiciaire »

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Le tribunal de Ziadia à Constantine a décidé de maintenir en détention le coordinateur du mouvement Mouwatana à Constantine et le créateur de la web-radio Sarbacane, Abdelkrim Zéghilèche, jusqu’à la prononciation du verdict prévue le 27 novembre. Pour diffamation, insulte contre un cadre de l’Etat dans l’exercice de ses fonctions et atteinte à la vie privée, le procureur de la République auprès du tribunal de Ziadia a requis 3 ans de prison ferme et une amende de dix millions de centimes.

Zéghilèche a été arrêté le 2 novembre suite à un commentaire publié sur la page Facebook de l’un de ses collaborateurs, où il accusait ce dernier de trahison envers leur cause commune, qui n’est autre que le militantisme actif contre toute forme de corruption et de dilapidation du denier public. Pour étayer ses propos Zéghilèche a publié une photo dudit collaborateur, qui occupe aussi la fonction d’inspecteur de l’Education nationale, en compagnie du wali de Constantine. Pour le procureur ladite photo, qui a pourtant été déjà publiée sur la page officielle de la wilaya de Constantine, représente une atteinte à la vie privée !

Une quinzaine d’avocats spécialistes de la défense des droits de l’Homme, dont des ténors du barreau, tels que Abdelghani Badi, Mostafa Bouchachi, Zoubida Assoul, Tarek Merah, ont fait le déplacement de plusieurs régions du pays pour défendre l’accusé, dans ce qui s’apparente à un procès politique, contre l’un des mouvements citoyens les plus actifs de l’opposition. Me Zoubida Assoul, l’une des principales figures du mouvement Mouwatana, ainsi que Me Mostafa Bouchachi ont dénoncé l’incroyable acharnement du procureur de la République contre leur client. Celui-ci aurait fait preuve, selon les avocats de la défense, d’une insistance sans précédent auprès des enquêteurs pour qu’ils arrêtent Zéghilèche.

Une arrestation qui, rappellent ses avocats, était musclée, violente et contraire aux lois de la République. La plainte a été déposée pour diffamation, les enquêteurs en sont arrivés à la même conclusion. Mais une fois le dossier devant le procureur, celui-ci décida de lui rajouté deux autres chefs d’inculpation, dans le but, précisent les avocats, de pouvoir le placer sous mandat de dépôt. Ceci dénote d’un acharnement et d’une amplification d’une simple affaire de diffamation, sur fond politique. «Combien de plainte pour diffamation a reçu le tribunal de Constantine ? J’imagine qu’il s’agit d’un nombre incalculable. Combien ont été traité avec autant de fermeté et de célérité ? Aucune sans doute», a regretté Me Bouchachi lors de sa plaidoirie.

Pour les avocats de la défense qui se sont constitués à titre bénévole, il s’agit dans cette affaire comme dans beaucoup d’autres, d’une «véritable manipulation de la Justice dans des affaires politiques sous couvert d’une affaire judiciaire».

Outre cette affaire, M. Zéghilèche comparaîtra prochainement pour atteinte à la vie privée, insulte au président de la République et pratique sans agrément de l’activité journalistique sur le web. Une affaire pour laquelle il a aussi été placé sous mandat de dépôt. Même s’il est relaxé dans la première affaire, notre confrère restera emprisonné jusqu’à la tenue du deuxième procès.

Zéghilèche n’a donc pas été arrêté pour un quelconque délit de presse, mais pour une simple affaire de diffamation sur les réseaux sociaux qui relève du privé, mais transformée par certaines parties en une véritable cabale contre un homme dont le véritable crime serait d’être … un opposant !

Affaire à suivre …

Boudjema Mustapha

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