L’incarcération des 5 généraux-majors ne relève pas d’une opération de lutte contre la corruption. Djilali Hadjadj, président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption et représentant de Transparency International, en est parfaitement convaincu.  C’est du moins ce qu’il affirme dans une interview accordée au site internet du magazine français, le Nouvel Observateur. 

« Nous ne sommes pas dans une opération anti-corruption ». C’est avec ces termes que Djilali Hadjadj a exprimé sa vision de ce dossier très complexe sur lequel nous ne savons encore presque rien !  « Cette opération traduit des luttes intestines au sein du pouvoir pour le choix du prochain candidat à la présidentielle à l’approche de la fin du mandat d’Abdelaziz Bouteflika. On a laissé ces généraux s’enrichir illicitement et en toute impunité, à ciel ouvert. Il ne fallait pas faire de très grandes investigations pour déterrer les dossiers », analyse le représentant en Algérie de Transparency International.

Cet épisode de l’incarcération de ces anciens décideurs militaires renvoie, selon le même interlocuteur, aux relations complexes entre la Présidence de la République et l’institution militaire.  « Abdelaziz Bouteflika a réussi à faire rentrer les militaires dans leurs casernes », affirme à ce propos Djilali Hadjadj. « Mais, j’en suis persuadé, l’armée, en tant qu’autorité voulant peser dans le rapport de force, souhaite avoir son mot à dire sur le choix du successeur ou sur les conditions de reconduction d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat », analyse-t-il dans la même interview.

« Depuis vingt ans, Abdelaziz Bouteflika veut régler ses comptes avec l’armée. Il l’avait dit dès la prise de ses fonctions : « Je ne veux pas être président aux trois quarts. » Il n’a cessé de s’en prendre à l’armée et aux services de renseignements militaires, parfois à juste titre », indique encore le président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption.

« C’est quelque part, le coup de grâce. L’hypothèse la plus probable, c’est qu’un certain nombre de hauts fonctionnaires de la police qui ont été limogés récemment fassent eux aussi l’objet de poursuites pour corruption. Ça va s’accélérer d’ici la fin de l’année. Mais ils n’iront pas jusqu’à s’entre-déchirer, car les clans ont besoin les uns des autres même s’ils s’opposent pour le moment. Tout rentrera dans l’ordre d’ici l’échéance électorale », souligne-t-il avant de jeter un véritable pavé dans la mare en estimant que les militaires ont voulu peser sur le cours des élections présidentielles de 2019.

« Les militaires et leurs proches veulent profiter de la précarité de la santé de Bouteflika, du rejet de plus en plus grand de l’opinion publique pour un cinquième mandat, pour peser. La réaction a été immédiate. Le clan de Bouteflika a exhumé les dossiers pourris chez les généraux. Comme je disais, cela n’a pas été compliqué. Les militaires sont tombés dans le piège du clan Bouteflika qui n’attendait que ça », conclut enfin Djilali Hadjadj.