La société de réalisation des grands travaux  hydrauliques (GTH) touche le fond, malgré un cahier de charge bien rempli. La raison n’est autre qu’une mauvaise gestion volontaire, selon de nombreux travailleurs qui manifestent depuis plusieurs jours. C’est, d’ailleurs, pour cette raison qu’ils exigent que le ministère de tutelle dépêche une commission d’enquête pour éplucher les dossiers de l’entreprise et déterminer les coupables de ce qu’ils estiment être un « complot » pour faire couler l’entreprise. 

La GTH dispose d’un parc d’engins impressionnant. Mais ceux-ci ne sont pas utilisés. Les gestionnaires de l’entreprise préfèrent louer des engins au prix fort, auprès de sociétés privées. La raison avancée par lesdits gestionnaires pour justifier de telles pratiques est : la panne d’un grand nombre d’engins constituant le parc de l’entreprise. Mais, selon des sources internes, lesdites pannes ne sont en réalité que des pannes légères, qui ne demandent un énorme budget pour être réparées;  une pompe à l’huile à changer par-ci, un injecteur à réparer par-là … Rien ne justifie le blocage des engins pendant des mois et en profiter pour dilapider l’argent de l’entreprise inutilement auprès des sociétés privées. «Un manège qui permettrait à certains de boucler des fins de mois, loin d’être difficiles», nous assure-t-on.

S’agit-il d’une sorte de détournement de fonds déguisé et intelligemment orchestré ? Les grévistes répondent par l’affirmatif à cette thèse. Mais, pour le dirigeant politique du Parti des Travailleurs, Smain Kouadria, qui a une grande connaissance du dossier, l’affaire est plus dangereuse qu’un simple détournement de fonds. Il s’agirait d’une tentative de briser l’entreprise pour pouvoir la mettre aux enchères publiques ou l’acquérir au dinar symbolique.

La GTH dispose de tout le nécessaire pour avoir un bilan largement positif : un parc d’engins impressionnant, du foncier, une excellente réputation, un savoir-faire incontestable en matière de réalisation des travaux hydrauliques et une large clientèle. En somme, le rêve de toute entreprise. Les difficultés financières de l’entreprise sont dues uniquement à la mauvaise gestion dont avait été victime la GTH ces trois dernières années.

«L’entreprise cumule plus de 200 milliards de créances non-recouvertes que personne n’a tenté de récupérer. Le recouvrement de cette somme, ou d’une partie de celle-ci, permettrait à l’entreprise de sortir du rouge. Mais cela ne correspond peut-être pas à la volonté et aux intérêts personnels des gestionnaires », nous assura M. Kouadria.

Pour lui le scénario est prévisible. De nombreux cas similaires ont été enregistrés avec d’autres entreprises publiques florissantes qui avaient fait l’objet de convoitise de la part des prédateurs. «Briser l’entreprise ; pousser les travailleurs au départ volontaire ; déposer un bilan négatif; déclarer faillite et faire appel à un liquidateur qui s’occupera de brader la société à tel ou tel oligarque», nous détaille l’ex-député du PT. « Mais la partie n’est pas encore gagnée pour ceux qui veulent brader les biens publics comme s’il s’agissait de leur héritage », prévient-il. C’est, sans doute, pour cette raison que le ministère doit dépêcher une commission d’enquête. «J’ai personnellement transmis le dossier au ministre des Ressources en eau. Ce dernier est en train d’étudier l’affaire. En attendant, les travailleurs de la GTH ne doivent pas baisser les bras. Ils doivent continuer à défendre l’entreprise qui les fait vivre et nourrit leurs familles », conclut le dirigeant politique du PT.

Mustapha Bendjema