Les marchés publics attribués dans le secteur de la santé continuent de susciter la controverse. Le 14 octobre dernier le CHU d’Oran a officialisé l’acquisition de deux accélérateurs de radiothérapie pour un montant de 5253534 dollars US, à savoir plus de 5,2 millions de dollars US. 

Dans le jargon médical, on appelle ces machines les accélérateurs linéaires. Il s’agit d’un système qui utilise des ondes électromagnétiques de fréquences élevées (voisines de 3000 MHz) pour accélérer des électrons jusqu’à des énergies très élevées (de l’ordre de 25 MeV) à travers un tube linéaire. Le faisceau d’électrons qui en résulte peut soit être utilisé, après passage au travers de diffuseurs en plomb, pour traiter des lésions superficielles, soit frapper une cible (tungstène) produisant ainsi des rayons X qui pourront traiter des tumeurs plus profondes.

Jusque-là, tout se passe dans le meilleur des mondes possibles et n’importe quel algérien peut se féliciter de cette acquisition importante pour améliorer la lutte contre le cancer en Algérie. Malheureusement, cette acquisition soulève de nombreuses interrogations. Et pour cause, nous avons appris au cours de nos investigations, que le prix d’achat de ces deux accélérateurs est anormalement élevé. Plus de 5,2 millions de dollars pour deux accélérateurs est un montant fortement suspect car aucune indication précise ne permet d’affirmer que ce matériel médical est de dernière génération. Pour un montant beaucoup moins inférieur, des hôpitaux français ont acquis des équipements de radiothérapie de toute dernière génération.

En effet, nous avons constaté qu’avec un montant de 1,8 million de dollars, il est possible d’acquérir des équipements qui permettent de nouvelles approches thérapeutiques pour des patients présentant des tumeurs mobiles. C’est le cas des tumeurs digestives, du pancréas, du poumon, du cerveau et de la prostate. En France, des hôpitaux ont acquis des équipements de radiothérapie adaptative pour moins d’un 1,4 million d’euros. Il s’agit d’équipements qui permettent de contrôler la position de la tumeur à irradier avant le traitement, de la suivre pendant la séance, tout en gérant ses mouvements. Les mouvements de respiration sont également pris en compte.

5,2 millions de dollars pour seulement deux accélérateurs est donc un montant très élevé et très suspect. Mais nos interrogations ne s’arrêtent pas-là. Et pour cause, nous avons découvert également au cours de nos investigations que la transaction payée rubis sur l’ongle par l’hôpital d’Oran a été effectuée en… dollars américains alors que le vendeur de ce matériel médical s’appelle… Varian médical Algérie. Il s’agit d’une société domiciliée en Algérie, la filiale de l’entreprise américaine Varian Médical Systems, et qui peut donc aisément facturer en dinars comme le prévoit la réglementation nationale en vigueur dans notre pays.

Pourquoi avoir donc attribué le privilège de verser des devises précieuses à une société domiciliée en Algérie ? La réponse à cette question se trouve, peut-être, dans l’identité des partenaires de Varian médical Algérie. Lancée officiellement le 15 avril 2016 en Algérie,  Varian Medical Systems Algeria est le partenaire attiré de  Cialfarm, filiale du groupe privé algérien ETRHB appartenant à.. Ali Haddad.

Les deux sociétés ont noué un partenariat dans la droite ligne du Plan anti-cancer 2015-2019 promu par les tutelles sanitaires algériennes. Ali Haddad, le patron d’ETRHB, a fait savoir récemment dans une déclaration publique qu’il explore ce secteur pour investir dans la prise en charge de haute qualité des patients algériens en oncologie dans les centres bénéficiant de cette nouvelle organisation et des transferts de technologie qu’elle permettra de réaliser.

Le siège de Varian Medical Systems Algeria a été conçu pour réaliser la base logistique et le centre de stockage des pièces de rechange, mais il devra servir aussi de centre de formation pour les personnels appelés à utiliser les installations de radiothérapie du pays. Il faut savoir qu’il existe à peine 21 accélérateurs de particules recensés sur le territoire algérien. Un immense marché s’offre donc à Ali Haddad et ses partenaires américains. Un marché qui attise des appétits et peut susciter ainsi des pratiques illicites si l’Etat ne redouble pas de vigilance pour veiller sur l’application stricte de la transparence et des lois protégeant les deniers publics.