C’est un énième scandale qui vient entacher le département de Tahar Hadjar, celui-là même qui ne voit aucun intérêt (personnel) à ce que l’université algérienne forme et engendre un prix Nobel.

Dans un souci de modernisation de l’université algérienne, en informatisant la gestion des inscriptions, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a mis en place le système progrès. Ce dernier permet une gestion informatisée des inscriptions aux différents cycles de l’enseignement supérieur, mais aussi les inscriptions pour l’obtention d’un hébergement dans les cités universitaires. Mais un bug est survenu dans ce système, créant une véritable pagaille à travers les universités de tout le pays. Ce bug a empêché un grand nombre d’étudiants très bien classés de procéder aux inscriptions pour le Master, alors que d’autres ayant des moyennes beaucoup plus modestes ont pu intégrer le deuxième cycle de l’enseignement universitaire.

Notre rédaction a eu vent de plusieurs cas à Annaba mais aussi dans de nombreuses autres universités du pays. Le ministère a pris conscience de la bourde de ce système présenté par le ministre himself comme étant super-sophistiqué. L’ensemble des universités du pays ont été instruites afin de réétudier tous les dossiers et de remédier au problème. Ceux qui ouvrent droit au Master finiront par être inscrits à condition … d’introduire un recours.

Les excellents étudiants, injustement recalés, qui, pour une raison ou une autre, n’auront pas introduit de recours perdront tout simplement leurs droits.

 

‘Tout le monde n’est pas perdant’

 

Comme le dit si bien le vieil adage, le malheur des uns fait le bonheur des autres. En effet, si certains ont été injustement recalés, d’autres ont pu accéder au Master alors qu’ils n’avaient aucun espoir de voir leurs candidatures acceptées, vu les résultats modestes de leur cursus en Licence. L’étude des recours introduits permettra-t-elle de corriger la situation ?

Pas vraiment, ou du moins, pas complètement, si l’on se réfère à plusieurs chefs de départements interrogés. Le problème devrait être partiellement réglé, car les nombreux étudiants ayant procédé à l’inscription au Master, sans y ouvrir réellement droit, pourraient très bien se voir poursuivre les études afin de ne pas créer un mouvement de protestation qui risquerait de bloquer durant des semaines les universités algériennes. Des protestations qui pourraient très bien s’étendre et faire sortir au grand jour des dizaines de dossiers que l’Université n’a ni le besoin ni l’envie de traiter.

Les «indus inscrits» devraient donc être maintenus pour éviter les dégâts. Mais dans ce cas, d’autres étudiants non éligibles au master pourraient très bien tenter un coup de force pour figurer sur la liste des étudiants en deuxième cycle de l’enseignement supérieur. Certains d’entre eux fourniront facilement des bulletins de notes et des annexes descriptifs du diplôme avec des résultats meilleurs que ceux de certains inscrits. Seront-ils aussi intégrés aux bancs de l’université ? Protesteront-ils ?

Peu importe la réponse à ces questions, une chose est sûre : les classes de master seront, cette année, surchargées. Et le master perdra encore de sa valeur …

 

Une plateforme réalisée par … les Français ?

 

Certaines mauvaises langues n’hésiteront pas à s’attaquer aux performances algériennes pour dénigrer tout ce qui est algérien. Ils verront dans ce énième échec une preuve incontestable et irréfutable de l’incompétence algérienne. Mais ces personnes se trompent. La plateforme progrès aurait été réalisée et mise en place par une équipe d’informaticiens français, croient savoir des sources généralement bien renseignées. Les mêmes sources nous ont révélés que les étudiants de l’université n’étaient pas les seuls à devoir s’inscrire à ce portail. Le personnel enseignant aussi devait s’y inscrire. «J’ai tenté de m’y inscrire. Mais il y avait beaucoup trop de données exigées. Situation familiale ; numéro de compte bancaire ; adresse ; nom du conjoint …», témoigne un enseignant avant d’ajouter «j’ai finalement baissé les bras, comme un grand nombre de mes collègues. Par la suite, j’ai appris que les chefs de départements avaient reçu l’instruction de remplir les données en question à la place des enseignants relevant de leurs départements respectifs».

Le scandale serait, si cette hypothèse s’avère exacte, encore plus important. Les nombreux informaticiens et laboratoires de recherche en informatique des différentes universités n’étaient pas capables de réaliser cette simple solution informatique, qui est pourtant à la portée d’un étudiant en master ? Ou bien le ministère souhaitait dépenser quelques devises qui alourdissaient les comptes du département de Tahar Hadjar ? A moins que ce dernier ait voulu offrir une fleur aux informaticiens français, qui peuvent désormais -s’ils le veulent- obtenir toutes les informations privées à propos des étudiants et des enseignants de l’université algérienne.

Le ministre devrait s’expliquer dans les plus brefs délais et apporter aux Algériens les garanties nécessaires concernant la non-utilisation des données récoltées par le système informatique Progrès par les renseignements ou tout autre service étranger. Nous avons tenté de vérifier l’origine de la plateforme en question, mais personne n’était en mesure de répondre à nos questions. Le ministère prendra-t-il la peine de divulguer l’origine du portail, dans le cas où celui-ci serait réellement de fabrication étrangère ? Nous ne pouvons que l’espérer.

 

Bendjama Mustapha