La crise que traverse actuellement l’APN me réconforte dans mes analyses développées et publiées récemment par Algérie Part. Cette crise démontre que l’Algérie  ne traverse pas une crise financière mais une « crise de gouvernance ». 

Et c’est cette crise qui risque, si l’on n’y prend pas garde, de se transformer en crise financière à l’horizon 2022 posant ainsi la problématique des liens dialectiques entre institutions et développement. La  situation socio-économique  actuelle exige  une action vigoureuse de redressement national   qui doit constituer la principale priorité au vu des  tensions géostratégiques au niveau de la région de l’Afrique du Nord.  Des tensions  budgétaires inévitables vont éclater entre 2018/2020/2025 d’autant plus que des scénarios pessimistes préfigurent une grave crise mondiale à l’horizon 2020/2022  avec des incidences sur le cours du pétrole, principale source des devises du pays.

Une situation socio-économique  2018/2022 préoccupante

L’avant-projet de loi de finances 2019  est établi sur la base d’un baril de pétrole brut à 50 dollars US et un taux de change de 118 dinars algériens pour un dollars US, contre 115 pour 2018 , un taux de croissance de l’économie nationale de 2.6% pour l’année 2019 (3.4% en 2020 et 3.2% en 2021) et un taux d’inflation de 4.5% (3.9% en 2020 et 3.5% en 2021).

 Les recettes budgétaires s’établiraient en 2019 à 6.507,9 milliards de dinars, en hausse de +0,2% par rapport aux recettes prévues en clôture de 2018. Quant aux dépenses, elles se situeraient à 8.502,2 milliards de dinars, en baisse de 1,5% par rapport à l’exercice en cours.  Ce qui induirait un déficit budgétaire de 9,2% par rapport au PIB.  Les dépenses de fonctionnement devraient augmenter de 7,5% à 4.954.5 milliards de dinars et les dépenses d’équipement se contracter fortement (-6.1% pour les autorisations de programmes qui baisseront à 2.601,7 milliards de dinars et -12.2% pour les crédits de paiements qui se situeraient à 3.547,7 milliards de dinars contre 4.043,3 milliards pour l’exercice en cours).

Les dépenses d’équipement baissent sensiblement (-6.1% pour les autorisations de programmes qui baisseront à 2.601,7 milliards de dinars et -12.2% pour les crédits de paiements qui se situeraient à 3.547,7 milliards de dinars contre 4.043,3 milliards pour l’exercice 2018. Les crédits de paiement destinés à l’investissement (1.486,3 milliards de dinars) devraient se concentrer à hauteur de 71% dans trois secteurs : le soutien à l’habitat, l’agriculture et l’hydraulique ainsi que les infrastructures économiques et administratives. Les exportations des hydrocarbures,  devraient s’établir  à 33.2 milliards de dollars US, soit une diminution de 1% par rapports à la clôture de l’année 2018, à 34,5 en    2020 et  35,2 milliards de dollars 2021 Quant aux  importations des marchandises, elles  devraient s’établir  à 44 milliards de dollars (en légère hausse par rapport aux prévisions de la LF 2018) mais  42,9 et  41,8 en 2020 et 2021. Le déficit commercial de 10,4 milliards de dollars est prévu pour 2019, 8,2 milliards en 2020 et 6,4 milliards en 2021.Mais le document de référence n’est  pas la balance commerciale mais la balance des paiements qui  inclut les sorties de devises des services ( 9/10 milliards de dollars/an) plus les transfert légaux de capitaux dont  les entreprises régies par la règle des 49/51% fluctuant entre 3/5 milliards de dollars /an ce qui donnerait des sorties de devises fluctuant annuellement entre 55/60 milliards de dollars.

Ainsi les soldes de la balance des paiements  s’établiraient à -17.2 milliards de dollars en 2019, -14,2 milliards en 2020 et -14 milliards en 2021. A cela s’ajoute les transferts sociaux budgétisés pour 2019 qui s’élèveront à 1772,5 milliards de dinars, représentant 8,2% du PIB.

Comme incidences, l’encours des réserves de change sera impacté et se contracterait à 62, milliards de dollars en 2019,  47.8 en 2020 et à  33.8 milliards de dollars en 2021(12 milliards de dollars selon le FMI fin 2022).  Il s’ensuit qu’il faudrait un cours d’environ de 90/100  dollars le baril pour ne pas puiser dans les réserves de change en n’oubliant pas que 33% des recettes de Sonatrach proviennent du gaz dont le cours fluctue entre 2,8 et 2,9 dollars le MBU en baisse d’environ 40% en référence à 2010.

 Il est utile, à titre de comparaison, de rappeler les conclusions du récentes  en date du 03 octobre 2018 qui sont nettement moins optimistes de la banque mondiale. Pour cette institution internationale l’économie algérienne devrait enregistrer une croissance de 2,5% en 2018, contre 1,6 % en 2017, contre   3,5% anticipé dans l’édition précédente du rapport, publié en avril  2018.  pour 2019 à 2,3%  et  à 1,8%  taux inférieur à la croissance démographique supposant donc un accroissement du taux de chômage .Toujours selon  la banque mondiale, le déficit budgétaire devrait représenter -6,9% du Pib en 2018 contre -9% en 2017,  à -5,8% du Pib en 2019 et à -4,5% en 2020 et le  Le solde de la balance courante, devrait aussi reculer à -8,5% du Pib en 2018 contre -12,8% en 2017 et  se situer  à -7,2% du Pib en 2019 et à -5,9% en 2020.

Toutefois, ce ne sont que des prévisions, la banque mondiale en soulignant l’urgence de profondes réformes structurelles car  l’éventuel ralentissement de la reprise mondiale horizon 2020  et les incertitudes entourant les investissements et la consommation dans le secteur pétrolier pourraient impacter la demande et avoir  un impact négatif sur l’économie algérienne soumise à la volatilité du cours des hydrocarbures.

Dans ce cadre, il est urgent de mettre en place le comité de veille chargé du suivi et du développement des investissements  impliquant l’accélération des réformes liant efficacité économique et justice sociale, supposant une nette volonté politique. Sur la règle 51/49, si elle doit s’appliquer aux segments stratégiques à définir avec précision, n’étant nullement question de privatiser  Sonatrachelle a montré ses limites, notamment pour les PMI/PME véritable noyau du développement futur à attirer les investisseurs étrangers.

Je suggère que nous réfléchissions sur la règle de la participation à 30%, le minimum bloquant.  Libérer l’entreprise, par la lutte contre la bureaucratisation et la corruption, réformer le système financier ainsi que le système socio-éducatif  et  le foncier sont les quatre  priorités Des  enquêtes sur les nouvelles zones industrielles à travers le pays montre  qu’  il est impératif, je dirais même urgent d’en finir avec le problème du foncier industriel

Toutes les nouvelles zones industrielles du pays manquent de routes, non raccordées au gaz et à l’électricité, alors que les terrains sont cédés à des prix exorbitants, comment voulez-vous que les investisseurs puissent lancer leurs projets dans de telles conditions ? D’où l’importance de la rationalisation des choix budgétaires pour optimaliser l’effet de la dépense publique. Il y a urgence d’une plus grande efficacité de la dépense publique face à la crise,  l’inefficacité accroissant les tensions sociales et budgétaires. Car, ces dépenses constituent un transfert de valeur que paye la population qui est en droit, en Démocratie, de demander l’opportunité et la qualité du service rendu.

Or, ces segments sont importants en tant qu’éléments devant favoriser la création de surplus, la fonction étatique devant s’inspirer des normes économiques spécifiques (dont on ne peut leur appliquer les principes de productivité des entreprises contrairement à la déclaration de certains politiques).

Pourtant, la difficulté de quantification n’exclut en aucune manière l’analyse qualitative, existant à la lumière de l’expérience des pays développés des instruments pour améliorer la gestion. Cela est lié à deux conditions essentielles : d’une part, fixer clairement les objectifs permettant d’atteindre l’optimum et d’autre part définir clairement les moyens pour atteindre ces objectifs. Si cela est aisé dans la sphère marchande concurrentielle que l’on peut imager par une fonction de production, dans les services- collectifs existent des difficultés.

Au niveau des objectifs : ils sont souvent multiples et imprécis. Ainsi, par exemple, au niveau de l’éducation, une politique d’éducation ne définit pas seulement son contenu pédagogique mais- également ses retombées économiques, sociales, culturelles voire politiques à moyen et long terme.

Ainsi, les objectifs sont diversifiés. En ce qui concerne les moyens : il n’est pas aisé de calculer avec précision les effets exercés de la combinaison des différents facteurs de production mis en oeuvre. Par exemple, au niveau de la santé, la bonne santé d’un ménage ne dépend pas seulement des soins médicaux mais aussi des conditions de logement, d’hygiène, d’éducation. Cependant, nous pouvons toutefois faire progresser l’analyse en mieux spécifiant la notion de services collectifs afin d’encourager la mixité qui favorisera la concurrence et généraliser le mode de gestion privée. Ainsi, en reprenant certains travaux d’économie publique, je peux distinguer, en termes opératoires, le bien public du service public et les services collectifs divisibles et ceux indivisibles.

Le bien collectif est le support du service collectif. Quant aux services publics il désignent des services dépendant exclusivement des administrations publiques et rejoignent la catégorie des services tutélaires, la puissance publique agissant en tant que tutelle vis-à-vis des consommateurs. Dans ce cadre les travaux d’analyse, des coûts / avantages sociaux, les techniques américaines du Planning programming budgetary system (PPBS) ou françaises, technique de la rationalisation des choix budgétaires reposant sur la décomposition des dépenses publiques par objectifs aux moindres coûts, sont d’un apport appréciable pour les audits sur les services collectifs afin de tester de leur efficience.

Il s’agit au sein de sous-sections compartimentées de définir une fonction -objectif permettant d’atteindre l’optimum sous réserves de contraintes tant internes qu’externes. La mise en œuvre de ces instruments de mesure traduit la volonté de faire le pont entre la micro et la macro- économie d’une part, d’autre part de lier les mécanismes macro-économiques et macro- sociaux permis- grâce à l’analyse systémique, le modèle étant ouvert et non fermé du fait de l’environnement mondial turbulent et variable. Mais que ces actions de politique économique puissent se réaliser, ils doivent reposer sur des instituions  solides dans le temps  et surtout crédibles.

Institutions  et  bonne gouvernance

L’importance de la sphère informelle  a un impact sur le fonctionnement des institutions et on peut émettre l’hypothèse que lorsque l’Etat agit par des mesures administratives autoritaires étant en retard par rapport à la société, cette dernière enfante des règles qui lui permettent de fonctionner.

Comme l’ont montré les travaux des prix Nobel  de sciences économiques entre 2009/2017   suite aux travaux d’autres prix Nobel de D. North et A.Sen, pour qui il ne peut y avoir de développement sans démocratie réelle et non formelle, pour renverser la tendance, les institutions à mettre en place doivent comprendre des règles formelles c’est-à-dire des règles codifiées au niveau légal (constitution, lois et décrets) et des règles informelles issues de rapports sociaux et de comportement réguliers et continus et qui n’ont pas fait l’objet jusque là d’une législation (routines et habitudes persistantes, coutumes, traditions, sanctions, tabous, croyances mythes).

Les enquêtes précises montrent que les institutions formelles et institutions informelles vivent dans le même espace et sont  interdépendant et que de nombreuses règles formelles ne sont qu’une validation ex post de règles informelles issues de la tradition ou de la coutume et réciproquement.  Cependant, l’objectif stratégique de tout Etat en ce XXIème siècle est  de tenir compte de certains engagements internationaux (exemple les accords signés pour un accord de libre échange avec l’Europe des pays du Maghreb les ont contraints à adapter leurs législations et de prévoir certaines institutions) ce qui renvoie à la gouvernance. Je rappelle la définition de la banque mondiale dans sa nouvelle vision : « la gouvernance étant définie comme étant l’ensemble institutions par lesquelles le pouvoir s’exerce dans un pays avec pour objectif le bien de tous.

Elle comprend les procédés par lesquels les titulaires du pouvoir sont choisis, contrôlés et remplacés, la capacité du gouvernement à gérer efficacement les ressources et à appliquer des politiques solides et enfin le respect des citoyens et de l’Etat envers les institutions régissant les interactions économiques et sociales intervenants entre eux » distinguant la gouvernance politique comprend de la gouvernance d’entreprise.

Cela pose la problématique des liens entre la bonne gouvernance et les institutions car l’opérationnalisation de la bonne gouvernance est assuré par les institutions en distinguant : d’une part, les institutions politiques et juridiques qui contribuent à la construction d’un état de droit aussi d’assurer l’accès de la population à la justice et à la sécurité, d’autre part, les institutions économiques qui assurent le fonctionnement efficace et efficient de l’activité économique et la gestion optimale des ressources économiques et enfin les institutions sociales et communautaires qui assurent l’amélioration de la qualité de la santé et de l’éducation des populations ainsi que leur consultation et leur participation au processus de développement.

Fait nouveau depuis la fin du XXème siècle, les institutions internationales et les récents travaux de recherche prennent de plus en plus compte la révolution dans le système des télécommunications et l’intelligence économique en précisant qu’il faille différencier la conception de la société de l’information plus technicienne et celle de la société du savoir adopté qui prend en compte la dimension de transformation sociale, culturelle, économique, politique et institutionnelle, ainsi qu’une perspective de développement plus diversifiée, en rappelant que les nouvelles technologies de l’information et de la communication bouleversent les anciens stratégies mondiales.

C’est que les mutations que connaît l’économie mondiale ont leur équivalent dans le domaine de l’information et de la communication. Elles ont une répercussion fondamentale sur la bonne gouvernance, sur l’urgence du renouveau du mode d’enseignement, sur tous les mécanismes de gestion tant centrale que locale des institutions et des entreprises : passage de l’organisation hiérarchique dite militaire, puis à l’organisation divisionnelle, puis matricielle et récemment à l’organisation en réseaux.

Ces organisations cohabitent souvent dans un même espace mais avec le déclin des anciennes organisations classiques, s’adaptant aux nouvelles mutations économiques du passage de l’ère de la matérialité du XXème siècle à l’ère de l’immatérialité ère du XXIème siècle avec 2020/2030 la dominance du digital et de l’intelligence artificielle.

Cela implique de poser la problématique du futur rôle de l’Etat dans une économie mondialisée. Il  existe des liens dialectiques  entre la gouvernance mondiale, locale et la gouvernance d’entreprise, S’est –on soucié de la cohérence des institutions gouvernementales, à l’optimalité gouvernementale ou au niveau local où la responsabilité administrative devrait être couplé ave une homogénéisation économique et sociale d‘où l’importance du concept d’éco- pôles régional. Car excepté l’éducation et la santé comme le préconise le PNUD, qui contribuent indirectement et à moyen terme à la création de la valeur, les autres segments vivent du transfert de valeur renvoyant à la distinction nécessaire entre les concepts de traitement et de salaires, et du calcul du taux de chômage réel souvent sous estimé pour des raisons politiques  En effet, comment ne pas constater le décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés; des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets, ce qui témoigne de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes d’exécution.

Ces enjeux institutionnels et de gouvernance qui contribuent largement à limiter la réussite des projets à alourdir les coûts, renvoient à la faiblesse des réformes institutionnelles et micro-économiques, à l’instabilité juridique et souvent au retour vers le dirigisme étatique, à ne pas confondre avec le rôle stratégique de l’Etat régulateur en économie de marché concurrentielle, le programme de réformes étant à la traîne dans les domaines tels que la privatisation des entreprises publiques sur des bases transparentes, la modernisation du secteur financier et dans des domaines de la gouvernance tels que la réforme de l’administration fiscale et de l’appareil judiciaire.

Réforme globale :  démocratie participative et cohésion sociale

Les changements économiques survenus  au niveau de l’économie mondiale  ainsi que ceux qui sont appelés à se produire dans un proche avenir, doivent nécessairement trouver leur traduction en Algérie, dans des changements d’ordre systémique destinés à les prendre en charge et à organiser leur insertion dans un ordre social qui est lui même en devenir. La pleine réussite de cette entreprise qui dépasse largement le cadre strictement technique, restera tributaire largement d’un certain nombre de conditions.

D’où l’importance de définir certains axes directeurs :  une redéfinition du nouveau rôle de l’Etat dans le développement économique et social et d’une manière claire le droit de propriété, donc les relations entre l’Etat et le marché qui doivent procéder d’une démarche pragmatique par une définition des règles incitatives ; la production d’une culture politique participative ; une communication institutionnelle efficiente ; l’élaboration d’un nouveau consensus politique permettant de dégager une majorité significative dans le corps social en faveur des réformes. Il s’agit là d’une entreprise d’envergure consistant principalement à  réorganiser le champ de l’information et de la communication pour plus de concurrence; réorganiser le mouvement syndical et associatif dont la promotion de la femme signe de la vitalité de toute société ;  la réforme de la justice par l’application et l’adaptation du Droit tant par rapport aux mutations internes que du droit international ; adapter le système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays ; la révision du foncier dans l’agriculture et une nouvelle politique de gestion de l’eau, cette or bleu qui risque de faire l’objet de guerres fratricides durant le XXIème siècle et concernant d’ailleurs tous les continents mais particulièrement l’Afrique ( le cas des eaux du Nil qui traverse plusieurs territoires pour l’Afrique est à méditer) et enfin  la  réforme du système financier qui est un préalable essentiel à la relance de l’investissement privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente.

Elle est considérée, à juste titre, comme l’indice le plus probant de la volonté politique des Etats d’ouvrir ou non l’économie nationale à la libre entreprise. D’une manière la réussite réformes institutionnelles  implique plus de décentralisation à ne pas confondre avec l’avatar néfaste du régionalisme  et  de la   déconcentration qui renforce la bureaucratisation. Comme les réformes sont douloureuses et ayant un coût, de nouvelles formes de gestion des stratégies sociales pour plus de cohésion sociales s’imposent . Premier aspect, la vision centralisatrice jacobine annihile les créativités locales et la régionalisation économique, à ne pas confondre avec le régionalisme qui fait jouer les relations tribales, est une voie salutaire pour bon nombre de pays d’Afrique, évitant l’autoritarisme d’en haut de peu d’efficacité tant économique que sociale impliquant des institutions appropriées.

Dès lors, une  réorganisation du pouvoir local dont la base est la commune, pour une société plus participative et citoyenne s’impose, réorganisation fonction de la revalorisation de la ressource humaine renvoyant à l’urgence de la révision du statut de la fonction publique. Les collectivités locales doivent se préparer à une mutation radicale devant faire passer du stade de collectivités locales providences à celui de collectivités entreprises responsables de l’aménagement du développement et du marketing de leur son territoire.

C’est pourquoi la fonction  de wali- dont le rôle essentiel est celui d’animation et de coordination des communes- ne doit plus répondre aux critères actuels où l’administratif prime mais à des hommes managers d’un niveau intellectuel élevé et d’une haute moralité si l’on veut éviter une bureaucratisation locale plus néfaste que la centrale. Cette mutation soulève la question des moyens et surtout de leur optimisation.

La réforme de la fiscalité locale devra prendre en charge les ressources propres dont doivent disposer les communes, ainsi que les péréquations qui permettront d’aider les moins favorisées d’entre elles. Le développement local doit être placé au cœur des préoccupations tant de l’ensemble des départements ministériels, des gouverneurs, walis, des élus, des syndicats que de la société civile. Pour répondre à cet enjeu majeur, on doit miser sur la valorisation du territoire et l’organisation du développement autour d’espaces équilibrés et solidaires (éco- pôles qui regrouperaient universités- centres de recherche- entreprises- chambres de commerce- administrations) tenant compte de l’urgence d’une urbanisation maîtrisée (actuellement anarchique avec des coûts directs et indirects faramineux) et de la protection de l’environnement et du cadre de vie qui se dégradent de jour en jour.

Pour le second point, il y a urgence de la mise en place de nouveaux mécanismes de régulations sociales devant revoir la gestion des caisses de retraite et de la sécurité sociale, les subventions ciblées devant dorénavant être budgétisées non plus au niveau des entreprises mais sur le budget de l’Etat. L’avenir est dans une plus grande flexibilité de la force de travail reposant sur une formation permanente et notamment dans les gisements importants d’emplois sur les activités de services, des emplois de proximité, ce qui impliquera le développement important dans les années à venir des services marchands rendus nécessaires par l’élévation du niveau de qualification.

Mais il est nécessaire de poser les liens dialectiques entre les institutions et  nécessaire  cohésion sociale. C’est dans ce cadre qu’il y a lieu de distinguer plusieurs formes de protection, outre toutes les entités religieuses d’assistance qui dans les sociétés traditionnelles jouent un rôle souvent important, fondamentalement nous avons quatre institutions qui jouent un rôle décisif dans la couverture des risques de l’existence, et ceci d’une manière à la fois concurrente, complémentaire et solidaire : la famille et la tribu, l’entreprise, les marchés et l’Etat.

 Premièrement la famille et la tribu peuvent être considérées, d’un point de vue économique, comme une « petite société d’assurance », où l’on mutualise les risques. Encore que la contraction de la famille élargie, le développement de l’instabilité familiale, l’éclatement des tribus pour des raisons de mutations sociologiques et économiques surtout avec l’exode et le taux d’urbanisation ont en quelque sorte appelée de nouvelles formes d’interventions de l’Etat, qui avec des moyens financiers limités a accentué le divorce Etat/citoyens.

Deuxièmement l’entreprise est appelée à l’avenir en Afrique à jouer comme facteur de gestion des risques de l’existence. Cette question du partage des risques ouvre le débat concernant le développement d’un nouveau capitalisme en Afrique fondé à la fois certes sur l’efficacité mais également sur l’équité. Le troisième acteur historique de la protection sociale, ce sont les marchés…

L’épargne, l’assurance et la prévoyance ont été posées dès le début du XIXe siècle comme le principal moyen de se protéger contre les risques de l’existence.

Enfin, quatrièmement, entre ces trois ensembles d’institutions famille/tribus, entreprise, marchés, intervient l ‘Etat dont la fonction a largement évolué en tant qu’institution en intervenant en matière de protection sociale comme employeur, pour aménager le statut des fonctionnaires et avec l’institution de la Sécurité sociale, l’Etat fait de la protection sociale une de ses fonctions fondamentale.

La problématique des relations internationales et de l’intégration régionale 

Il est illusoire de penser gouvernance en termes d’Etats Nations. En effet, l’émergence d’une économie et d’une société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration de l’empire soviétique, remettent en cause d’une part la capacité des Etats- nations à faire face à ces bouleversements et d’autre part les institutions internationales héritées de l’après-guerre.

Car, en l’absence d’institutions internationales réformées tenant compte des nouvelles mutations mondiales et notamment des pays émergents, capables de prendre le relais de la souveraineté étatique défaillante, le risque est que le seul régulateur social demeure les forces du marché à l’origine d’ailleurs la crise mondiale actuelle. L’objectif stratégique est de repenser tout le système financier mondial issu de Breeton Woods en 1945 en intégrant le défi écologique, car en ce début du 21ème siècle, des disparités de niveau de vie criardes font de notre planète un monde particulièrement cruel et dangereusement déséquilibré.

L’abondance et l’opulence y côtoient d’une manière absolument insupportable la pauvreté et le dénuement. Sur les sept milliards d’habitants que compte la planète, un cinquième – dont 44% en Asie du Sud – a moins d’un (01) dollar par jour de revenu.

Quand on sait que, dans les 25 prochaines années, la population mondiale augmentera de deux milliards d’individus – dont 1,94 milliard pour les seuls pays en voie de développement – on peut imaginer aisément le désastre qui menace cette partie de l’humanité si rien de décisif n’est entrepris. .Devant cette situation, l’intégration économique   me parait essentielle car seule des actions collectives peuvent avoir un effet .C’est dans ce cadre que. Je considère que le sous segment de l’intégration maghrébine au sein de l’espace euro- méditerranéen et africain, son espace social et économique naturel, intégration à laquelle je suis profondément attaché depuis plusieurs décennies, est vital pour l’Algérie.

Ce n’est pas une utopie mais une nécessité économique et historique,  pouvant être un puissant catalyseur de développement ,pour  ces espaces intégrés  atténuant à la fois le terrorisme qui se nourrit de la mauvaise gouvernance locale  et de la misère,  et  mettant fin à cette misère humaine à travers les immigrations clandestines. D’où l’importance de dépasser la vision étroite des micro- Etats suicidaire pour le Maghreb et l’Afrique  qui a un poids économique insignifiant au sein du commerce mondial.

Il faut aller vers le concret loin des discours. Du point de vue économique pour réaliser l’intégration  on peut envisager la solution intermédiaire fondée sur l’interaction entre la l’harmonisation  commerciale et  industrielle.. Car une monnaie commune  est une utopie sans passer par ces phases intermédiaires dont l’uniformisation des taux de change. Comme, il y a lieu d’accorder une attention particulière à l’action éducative car l’homme pensant et créateur qui est avec la bonne gouvernance les deux fondamentaux du développement du XXIème siècle, devra être à l’avenir le bénéficiaire et l’acteur principal du processus de développement.

C’est, pourquoi, je préconise la création d’une université afro -maghrébine, ainsi qu’un centre culturel de la jeunesse afro- maghrébine comme moyen de fécondation réciproque des cultures, et la concrétisation du dialogue soutenu pour éviter les préjugés et les conflits sources de tensions inutiles.  Face aux nouvelles  mutations , des stratégies d’adaptation.

Cette présente analyse a fortement insisté sur la solidarité du Politique, de l’Economique, du Social et du Culturel , l’histoire fondement de la connaissance , facteurs inextricablement liés au sein d’un univers de plus en plus globalisé, où les grands espaces socio- économiques dominent, basés sur la maîtrise des innovations technologiques, la révolution dans le domaine de l’information, le contrôle des circuits commerciaux et financiers et en prenant en compte les effets des mutations  mondiales  qui devraient  entraîner un bouleversement géostratégique et économiques entre 2018/2030.

 En conclusion, à la lumière de ce qui se passe à l’Assemblée Populaire Nationale, nos dirigeants oublient les problèmes essentiels que traverse le pays et donnent une image négative tant au niveau national qu’international.

 Devant cette situation évolutive, le monde étant en perpétuel changement, l’Algérie recèle d’importantes potentialités de sortie de crise  et d’une manière générale, l’Afrique reste un continent prometteur comme l’attestent les différentes rencontres USA/Afrique, Europe/Afrique, Chine/Afrique, Japon/Afrique Inde/Afrique Turquie/Afrique, rencontres qui s’insèrent dans le cadre d’une lutte pour la reconfiguration géostratégique du monde.

L’Algérie qui est un grand pays doit accorder une importance stratégique au renouveau de l’Afrique ainsi qu’à l’intégration maghrébine économique. Espérons que cette modeste contribution suscitera des débats contradictoires productifs, le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir.

Je considère que le rôle de l’intellectuel n’est pas de fonctionner aux ordres, de produire des louanges par la soumission qui est contre-productive pour le pouvoir lui-même en contrepartie d’une distribution de la rente, mais d’émettre des idées constructives, selon sa propre vision du monde, par un discours de vérité pour faire avancer la société. Méditons tous ensemble cette phrase pleine de sagesse du grand philosophe Aristote : « Le doute est le commencement de la sagesse » et ce proverbe amazonien : « Quand on rêve seul, ce n’est qu’un rêve mais quand on rêve tous ensemble, c’est déjà le commencement de la réalité ».

Par le professeur et expert Abderrahmane MEBTOUL