J’ai mal à la Culture. 

Sous  prétexte d’austérité, le Théâtre est empêché dans son élan de création et de formation -même ad hoc- par une politique ministérielle contradictoire ou, du moins, peu clair. C’est à se demander si en Haut lieu, on sait pas ce qu’on fait et où l’on va.

En dépit du fait que dans leurs statuts, les Théâtres étatiques ont pour missions notamment, la formation et la promotion des jeunes talents algériens. Ainsi que la promotion de la culture universelle. Peut-être ne faut-il pas oublier la dimension internationale de notre pays !

Or, et à ce propos justement on entend M. le Ministre insister sur les textes algériens, exclusivement ou presque. Chose qu’on fait d’ailleurs, depuis toujours et sans démagogie. On ne comprend pas pourquoi M. le Ministre s’oppose-t-il autant aux textes universels (tel que dans sa déclaration lors du dernier Festival du théâtre professionnel en décembre 2017) alors que c’est encore une des missions du théâtre algérien ; l’universalité, la leur comme la nôtre…  !

Mais… je crois que ce n’est plus un souci pour M. Mihoubi puisqu’on voit tous ces textes montés par les institutions étatiques sous son autorité et avec l’argent public.

Peut-être est-il permis qu’on s’interroge… pourquoi ses textes étaient-ils négligés avant par le pouvoir ?

Je suis désolé… mais dans l’art, et pour les artistes c’est le talent qui compte. Ce n’est pas de rien que le théâtre semble avoir choisi le retrait !

Au bon vieux temps, c’était les artiste, les vrais, qui présidaient aux destinées du Théâtre algérien (Mustapha Kateb au T. N. A., KATEB Yacine au T. R. S. B. A. ,  Kaki puis Alloula au T. R. O. ; Agoumi  à Annaba… et plus proche ; Fatmouche à Bejaïa, Assous à Sidi Belabbès, Azri à Oran, Sonia à Annaba). Etat de fait,  somme toute absolument naturel dans les pays qui respectent la Culture pour son importance, pour sa gravité, pour son utilité publique.  Ces pays-là où on nomme des directeurs concepteurs ; des créateurs voire des visionnaires à qui l’on octroie bien des budgets faramineux mais sous condition de projet artistiques avec objectifs à court, à moyen et à long termes. On sait d’où l’on vient et où on veut aboutir. Cela s’appelle de la compétence acquise sur le terrain. La Culture n’est pas un rêve.

Tout le contraire de ce que fait notre ministère de la Culture. Les dernières nominations de responsables de théâtres ont été de simples chef de service des directions de la Culture, des anonymes ─ exception faite d’un ou de deux du domaine de la création (respect toutefois aux citoyens qu’ils sont !, aux diplômés de l’Administration.  Mais là je parle de théâtre, seigneur des arts ; d’état de la société que discute, qu’analyse ; que reproduit l’art pour le représenter à ses propres sujets ! il ne suffit pas d’être seulement quelqu’un de bien… soyons sérieux !). Pis, des théâtres régionaux sans directeurs à leur tête ; des théâtres « sans tête » dirais-je…

Rien d’étonnant quand on voit des walis, administrateurs purs, des politiquement anonymes promus ministres, poste censé être occupé ou par la majorité ou par l’opposition… On est en quête d’exécutants et non de porteurs de projets.

J’ai remarqué, lors de ma préparation de doctorat, une sympathique invasion de livres d’académiciens émiratis, d’autres… anonymes. Le problème c’est que ces ouvrages ont envahi les bibliothèques académiques de nos facultés ; celles des HUMANITÉS, notamment les Arts. En clair, au lieu donc que nos étudiants se réfèrent à «L’espace vide» d’un Peter Brook, entre autres ; nos pauvres étudiants se trouveront contraints de se rabattre sur la platitude de ces ouvrages-là !

C’est à telle enseigne que nos frère Émiratis se sont invités en Algérie et ont organisé leur propre festival, à leurs propres frais ; dans notre pays et au nom de Hakim Ech’chariqa. Bien que tout ça se soit fait sous couvert de l’Organisation Arabe du Théâtre. Et… je peux comprendre leur bonne stratégie politique, suprématiste, pour promouvoir leur Action culturelle dans le monde arabe. Et à propos de « Action culturelle » souvenir de jadis quand c’était, en Algérie, la politique algérienne ; portée par un KATEB Yacine…

Tout ça avec l’accord de M. Mihoubi. Et avec la connivence de quelques autres artistes.

Pour rappel, à l’époque de Mme Toumi, cette demande avait été rejetée. On ne s’invite pas en Algérie; on est invité par l’Algérie ou on reste chez soi! N’est-ce pas?!

Tout ça avec un tel naturel qu’on a fini par entendre, tout au long du festival (au théâtre d’Oran) des « choukran li sahibi es’soumou’ »…

Maalich… ! Ça nous a changés de «choukran li fakhamatihi».

Tout ça pour une poignée de dollars… Ya zah !!

Je féliciterais quand même M. le Ministre pour l’hommage qu’il a reçu de Hakim Ech’chariqa. C’était mérité.

Mais… ce que je voudrais dire à la fin ; c’est que le théâtre, notre théâtre survivra. Les ministres… ça va ça vient ça repart… parce qu’il n’est pas lié à un responsable, quel qu’il soit. Le théâtre était toujours là… avant… parce qu’il est lié à l’Homme. Il peut dénoncer des choses par une Comédie des fois mais sa déception il l’exprime, toujours, par une Tragédie.

Notre théâtre est indomptable. Il faut veiller à sa liberté.

Par Djeriou abdelkader