Chacune des deux parties prétend œuvrer pour le bien général de l’entreprise qui est actuellement au bord du gouffre. Mais est-ce réellement en faveur de la société de geler les activités des travailleurs et de bloquer deux chantiers importants pour son avenir ? La justice qui avait il y a quelques jours déclaré la grève des travailleurs de Somind illégale, aura à juger une affaire de dilapidation de l’argent public.

La filiale du groupe Sider, spécialisée dans la maintenance et les travaux industriels, SOMIND, connaît ces derniers temps de graves perturbations. Cette société indispensable pour compléter le travail de certaines entreprises basées à Annaba est, depuis quelques temps, bloquée. Un bras de fer est engagé entre les travailleurs et le PDG de cette entreprise qui est accusée par le syndicat de surfacturation, d’octroi de marchés douteux et dilapidation de l’argent public.

Le syndicat n’en est pas resté là puisqu’il a décidé d’entamer des poursuites judiciaires à l’encontre du PDG de leur société. Ce mardi 2 octobre 2018, une plainte a été déposée au niveau du tribunal d’El-Hadjar à l’encontre de M. Bouziane Djamel, en sa qualité de président directeur général de l’entreprise, pour dilapidation de l’argent public et octroi de marchés non conformes aux dispositions relatives au code des marchés publics.

La plainte déposée concerne l’exercice 2013, lorsque le PDG a passé d’importantes commandes de «cavaliers pour vis tôle». Mais les travailleurs qui ont pu accéder aux factures se sont rendus compte de quelques irrégularités, notamment en ce qui concerne le prix unitaire du produit acheté. Celui-ci était facturé entre 65 et 85 DA pièce, alors que son prix sur le marché durant la même période variait entre 10 et 12 DA. Les travailleurs et syndicalistes accusent leur PDG d’avoir procéder à une surfacturation de plus d’un milliard de centimes en à peine une année. Si l’on se réfère aux accusations formulées auprès du procureur de la République près le tribunal d’El-Hadjar, l’entreprise aurait perdu dans cette transaction entre 1,1 et 1,2 milliard de centimes, sur une facture globale de 1,4 milliard de centimes. Ce qui est énorme comme surfacturation.

Selon la même plainte, l’entreprise «n’avait nullement besoin de l’énorme quantité de cavaliers pour vis tôle acquise, preuve en est, la marchandise est toujours en stock dans les magasins de l’entreprise car ce type de cavaliers ne correspond plus aux exigences du marché actuel».

Bouziane est aussi accusé de non-respect du code des marchés publics, qui impose un certain nombre de procédures lorsque la valeur de l’achat dans une offre de service dépasse les 2.000.000 DA (200 millions de centimes). L’une de ces mesures étant la constitution de trois commissions (commission d’ouverture des plis, commission d’évaluation des prix et commission d’évaluation de l’offre technique). Mais le PDG aurait, afin de contourner cette mesure, acquis la marchandise avec plusieurs bons de commande inférieurs à 2.000.000 DA, avec des dates différentes, affirment les plaignants qui ont joint à leur plainte plusieurs documents (dont notre rédaction détient une copie) prouvant leurs accusations.

En plus de cette surfacturation et du non-respect du code des marchés publics, le PDG est accusé de mener une politique de terreur à l’encontre des travailleurs. Alors que l’entreprise est dotée de brigades de sécurité interne, le responsable vient de faire appel aux services de la SGS, une société de sous-traitance spécialisée dans la sécurité. Pour les syndicalistes, c’est un moyen de pression et de répression destiné à les empêcher de tenir les sit-in et grèves à l’intérieur de l’entreprise.

Des accusations graves que le PDG réfute. Selon lui, le contrat passé avec SGS, avec l’accord du groupe Imetal dont relève la société, est une nécessité après avoir constaté l’intrusion de plusieurs individus à l’intérieur de l’enceinte de l’entreprise. «Certaines personnes font régner un climat de terreur à l’intérieur de la société, empêchant les travailleurs de vaquer à leurs occupations. Nous étions obligés de faire appel à la SGS, qui est d’ailleurs, tout comme Somind, une filiale du groupe IMETAL», nous déclara M. Bouziane.

L’affaire ne s’est pas arrêtée là. Toujours selon la même plainte, le président directeur général a accordé, à l’un des fournisseurs, des tonnes de ferraille usée et 200 quintaux de fer utilisable, sous prétexte de «nettoyage de l’environnement de la base». Alors qu’une commission aurait dû être créée pour une telle opération.

Contactés par nos soins, les plaignants enfoncent encore le clou en parlant d’ingérence de la part de l’un des députés d’Annaba. Il s’agit cette fois ci, non pas du sulfureux Tliba, mais du président du groupe parlementaire FFS, Saddek Slimani, dont l’épouse est un cadre au niveau de la Somind. Des accusations graves réfutées en bloc par le PDG de Somind. Pour lui, toute cette affaire n’est que chantage et pression exercés de la part des syndicalistes dont le mandat vient d’expirer.

«J’avais envoyé une correspondance au secrétaire général du bureau local de l’UGTA pour l’aviser de la fin de mandat du syndicat, il y a quelques semaines, afin que des élections soient organisées. Depuis, ils n’ont cessé de me menacer afin que je ferme les yeux sur la situation. Mais il est hors de question que je tolère cela. Seule l’urne permettra de choisir les syndicalistes et s’ils sont élus, je n’aurais aucun problème à travailler avec eux», explique M. Bouziane, qui affirme avoir entièrement confiance en la Justice algérienne.

«La justice est là pour faire son travail. En attendant, je ne vais pas m’enfuir, et ça ne sert à rien d’empêcher l’usine de tourner. Cela se répercutera sur la société qui est déjà en difficulté. Qu’ils laissent les employés travailler. Leur grève a, d’ailleurs, été déclarée illégale, par le tribunal d’El-Hadjar».

 

Le PDG du groupe Somind affirme être revenu à la tête de l’entreprise, après l’avoir quittée pendant trois ans, pour redresser la situation et fusionner Somind avec le complexe d’El-Hadjar dans le but de sauver 330 employés du chômage qui les guette. Pour le même responsable, le fait que ces «anciens» aient attendu toutes ces années pour révéler au grand jour «ce qu’ils veulent faire passer pour une dilapidation des deniers publics» ne fait que prouver qu’il s’agit d’une affaire d’intérêts purement personnels dont le but est de se maintenir en poste.

Bendjama Mustapha