A Béjaïa, cette histoire nourrit une colère grandissante. Une colère qui trouve son origine dans une profonde Hogra. En effet, l’histoire des familles “chalets des 13 Martyrs” illustre parfaitement la dimension dramatique du bradage des biens de l’Etat au profit des milliardaires et oligarques influents. Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations des documents exclusifs qui retracent les dessous de ce scandale où les intérêts financiers privés ont primé sur l’intérêt général. 

 

En 2005, l’Entreprise Nationale des Corps Gras (ENCG) a été privatisée et rachetée par la société de négoce familial Dahmani qui possède le groupe agroalimentaire La Belle. Les frères Dahmani font partie des plus grosses fortunes en Algérie. Dans le sillage de cette privatisation dont on a du mal encore à mesurer l’efficacité, 15 familles vont se retrouver au coeur d’un imbroglio judiciaire qui s’est transformé petit à petit en un véritable scandale de “confiscation de biens privés”. Des familles  sous la menace d’une expulsion et risquent de se retrouver à la rue, à cause d’actes commis à leur égard et qu’aucun responsable ne veut assumer.

Tout commence en 1984 lorsque la société Belge « Extraction de Smet », chargée de réaliser le Complexe des Corps Gras de Bejaïa (ENGC), a bénéficié, à titre précaire et révocable, d’un terrain relevant des réserves communales pour y constituer une base de vie. Une fois le projet réalisé, en 1987, la société en question libéra les logements de ladite base de vie.

Lorsque la partie Algérienne a pris possession de son usine, les logements de cette base de vie ont été dès 1992 occupés par le personnel d’encadrement de I’ENCG. En 2006, lors de la liquidation et privatisation de la COGB, devenue COGB la Belle, les chalets de la base de vie ne figuraient pas dans le transfert du patrimoine et sont restés propriétés de la commune, avant leur transfert aux Domaines. Pour preuve, en 2013 et à la faveur de la loi portant Cession des Biens de l’Etat, certaines familles résidentes dont ladite base de vie, ont formulé le vœu de jouir de cette loi.

L’Administration des Domaines y a répondu favorablement, procéda à l’évaluation par ces experts et y a établi des mémoires de paiements et des baux de locations dont la validité va de 2008 à 2017 avec pour obligation d’acquittements des redevances de 2008 à 2013.

A partir de 2014, des dossiers d’acquisitions ont été adressés à la commission de Daïra de Cession des biens de l’Etat qui a confirmé la recevabilité d’une part et transmis les dossiers aux domaines d’autre part qui à leur tour ont procédé en date du 12 Mars 2014 à une évaluation par un agent des Domaines.

Toutes ces procédures, ces confirmations, l’argent public et du contribuable dépensé, le temps perdu par des études de dossiers, des évaluations de biens mobiliers, des réunions…

“N’étaient-ils qu’une comédie ou un jeu auquel s’adonna l’administration pour se jouer d’honnêtes citoyens ? Est-il possible qu’une Administration soit rémunérée pour accomplir toute cette orchestration, banaliser les Sceaux au nom de l’Etat, au nom de la République Algérienne Démocratique et Populaire ?”, s’interrogent à ce propos les 13 familles de ces chalets. Des familles infortunées qui se sont regroupés autour d’un collectif et une association pour défendre leurs droits et leur dignité.

Depuis plusieurs années, ces familles se mobilisent contre “l’illégalité de cette concession attribuée à la Société la Belle”, en Décembre 2014, alors que sur le bilan de transfert aucune mention n’inclut officiellement les logements en question et ce n’est qu’en date du 17/12/2013, à savoir 7 années après la liquidation de l’ENCG, que le Liquidateur établit une attestation pour justifier cette concession et où il apparaît que les dits logements sont inclus dans le fameux bilan de transfert.

Face à cet arbitraire inédit, les familles des chalets des 13 Martyrs ont déposé  plainte pour faux, usage de faux et usurpation de fonction contre le liquidateur. L’Affaire est pour l’heure au niveau de la Cour Suprême.

Et depuis, l’association des familles des chalets des 13 Martyrs n’ont pas cessé d’interpeller le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux afin d’ouvrir une enquête sur les tenants et les aboutissants de cette affaire et rétablir dans leur droits les quinze familles menacées d’expulsion.

Dieu merci, le combat de ces 15 familles contre les appétits voraces des oligarques a trouvé un large écho à Béjaïa notamment au sein des élus de l’Assemblée Populaire de la Wilaya.

En février 2018, plusieurs acteurs sociopolitiques ont participé au rassemblement organisée par ces familles devant le siège de la wilaya de Béjaïa. Cette action de protestation avait initiée par l’association dénommée “Association sociale Base de vie-13-Martyrs” et elle avait été largement soutenue par le Comité de soutien aux travailleurs de Béjaïa, des élus de l’UDS à l’APW et de certains syndicalistes et militants politiques. “Non au déni de justice” et “Non au bradage du foncier”,  tels étaient les slogans transcrits sur des banderoles accrochées au portail principal du siège de la wilaya par les manifestants. Le combat de ces familles se poursuit jusqu’à aujourd’hui encore. Et la juste, tarde, malheureusement à les épauler dans cette lutte acharnée contre la privatisation outrancière des biens de l’Etat.