Moins de 36 heures après l’annonce du remaniement opéré dans le corps des walis et le départ du chef de l’exécutif d’Annaba, Mohamed Salamani, pour la wilaya de Boumerdes, Tliba n’a pas manqué de s’attaquer à celui qui avait réussi à le neutraliser pendant plus d’une année.

Lors d’une réunion du FLN, tenue ce samedi, pour préparer les prochaines sénatoriales, Baha Eddine Tliba a déversé son venin sur Mohamed Salamani, pour montrer qu’il est toujours le maître du jeu à Annaba. Le wali partant d’Annaba, Mohamed Salamani, avait (comme tout un chacun d’entre nous) ses défauts, mais il avait surtout une qualité dont peu d’«hommes» disposent à Annaba : du courage. M. Salamani avait entrepris de faire ce que ses prédécesseurs n’avaient pas osé jusque-là – ou du moins ils ne l’avaient pas fait avec autant de vigueur-, à savoir combattre la mafia du foncier.

Et comme toutes les mafias du monde, celle-ci a ses parrains et ses figures emblématiques. A Annaba, cette mafia a un visage –loin d’être beau à voir-. Tliba représente (in)dignement cette mafia qui ne recule devant rien pour s’accaparer les domaines de l’Etat et y bâtir de somptueuses demeures qu’ils revendront au prix fort.

Le bradage des biens de l’Etat bat son plein à la capitale de l’est, pendant que colère monte chez les travailleurs de Sider El-Hadjar. La raison de leur colère n’est autre que la mainmise du député milliardaire sur leur complexe sidérurgique.

Durant un peu plus d’une année, Salamani avait fait son possible pour remettre Tliba à sa place et lui enlever la réputation de faiseur de pluie et de beau temps à Annaba. Et le wali a bien réussi son coup. L’homme d’affaires s’est pendant plusieurs mois fait tout petit. Il a progressivement été lâché par un bon nombre de ses soutiens à Annaba, qui ne voulaient pas subir à leur tour le courroux de Salamani. Cette position du wali au chapeau de paille avait fini par affaiblir le poids lourd de la «politique» locale, créant ainsi du courage chez de nombreuses personnes qui en avaient marre du diktat de l’impopulaire parlementaire.

Les mouvements de protestations ont commencé çà et là contre Tliba. Ses «amis» du FLN l’ont exclu des Mouhafadhas d’Annaba et d’El-Hadjar pour gagner les bonnes faveurs de l’administration locale. De son côté, M. Salamani veillait au grain afin que les marchés publics ne soient pas offerts par la force de la chkara, privant ainsi un bon nombre de prédateurs de la générosité légendaire offerte, d’habitude, Annaba aux oligarques. La solidarité des travailleurs du complexe sidérurgique d’El-Hadjar leur a permis de remporter une autre bataille contre le clan de celui qui représente indignement les Annabis au palais Zighoud Youcef.

Tliba était, depuis des mois, isolé à Annaba. Il a tant bien que mal tenté de gagner les bonnes grâces de Salamani sans y parvenir. Il était exclu de tous les événements et n’oser guère se montrer. Le dernier remaniement effectué par le président de la République dans le corps des walis a été accueilli avec une grande joie par Tliba Baha Eddine.

Ce dernier n’a pas manqué d’exprimer sa joie lors d’un meeting du vieux parti, organisé, ce samedi 29 septembre, au niveau du palais de la culture Mohamed Boudiaf à Annaba, pour la préparation aux prochaines sénatoriales. «Il y a eu des conflits et de la zizanie, mais cela n’a pas duré. Le seul wali au niveau de 18 wilayas qui soit reparti après seulement une année à la tête de son exécutif c’est le wali d’Annaba. Nous remercions le président de la République pour ce mouvement», a-t-il lancé sous les applaudissements des «militants» du FLN.

«Ils étaient en train d’organiser une marche prévue pour demain (NDLR : dimanche 30 septembre) pour dire Baha dégage d’Annaba. Dieu merci ce sont eux (NDLR : Salamani) qui vont dégager d’Annaba. Moi je suis membre du comité central, je suis député avec un mandat de cinq ans. Durant le dernier mandat, j’ai fait passer 5 walis. Cette fois-ci, on en est déjà à deux et il y en aura d’autres», a-t-il martelé pour insinuer qu’il serait derrière le départ du wali.

Une façon pour le député mal-aimé de retrouver sa réputation qui lui permettait autrefois d’obtenir les marchés les plus juteux de la région. «Pendant toute une année nous avons été une wilaya ‘’facebookienne’’», a-t-il lancé avant d’avouer qu’il y avait deux clans : «celui du wali et celui de Baha».

Le député n’a pas manqué d’inviter «ceux qui soutenaient le wali de faire un détachement pour le rejoindre à Boumerdès». Accusant au passage le wali d’avoir voulu l’impliquer dans le conflit d’Aïn Barda, le député milliardaire s’est également exprimé à propos du conflit au complexe sidérurgique d’El-Hadjar.

Tliba a affirmé à ce propos qu’«il ne s’agit que d’un complot politique fomenté par l’ancien syndicat de Kouadria et du PT et le nouveau syndicat appartenant au FLN. D’autres parties s’en sont mêlés. Ils ont fait ce qu’ils ont fait, mais les choses ont repris leur cours naturel. Celui qui gérait ces complots vient de partir». Et le député de conclure son discours en affirmant que «les habitants d’Annaba méritent plus (et non pas mieux) que ça». Par ce discours Tliba tente de s’imposer comme étant celui qui a gagné le bras de fer contre le wali ; celui qui fait et défait des chefs de l’exécutif local ; celui dont la bénédiction est la condition sine qua non de la réussite à Annaba. Une réputation qui servira bien ses affaires, surtout si le nouveau wali cède au diktat des prédateurs et ne se montre pas suffisamment ferme. Le nouveau wali devra donc maintenir la pression sur les parrains de la mafia du foncier pour le bien d’Annaba et des Annabis.

Par ailleurs, les travailleurs de Sider El-Hadjar avaient prévu d’organiser une grande marche de plus de 4.000 personnes pour tenir un méga sit-in en face du siège de la wilaya. Mais leur projet est tombé à l’eau à défaut d’autorisations nécessaires. Ils se contenteront de marcher à l’intérieur même du complexe pour demander la levée de l’immunité parlementaire de Baha Eddine Tliba afin qu’il «répondent de ses actes devant un tribunal».

Bendjama Mustapha