Documents exclusifs. Zoukh, le terrain de Bab Ezzouar et l’ombre de Kamel « le Boucher »

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C’est l’histoire d’une véritable machine bureaucratique mise en branle par tout l’appareil exécutif de la wilaya d’Alger contre une seule et unique famille algéroise, la famille Belkadi. Une famille privée de son terrain situé en plein coeur de Bab Ezzouar. Un terrain qui suscite toutes les convoitises et sur lequel plane l’ombre d’un certain… « Kamel le Boucher ». Enquête. 

Pour la famille Belkadi, originaire de Birkhadem, le cauchemar commence un certain 14/03/2017. Sans aucune mise en demeure, ni aucune décision judiciaire qui s’appuie sur un motif légal, les autorités de la wilaya d’Alger ordonne la démolition des installations de la station de lavage situées sur un terrain dont la superficie totale dépasse les 7300 mille M2. Une assiette foncière située tout près de la route nationale numéro 5 à Bab Ezzouar, l’une des banlieues les plus peuplées de la capitale Alger.

L’endroit est donc stratégique. C’est, d’ailleurs, pour cette raison que ce terrain fait l’objet d’un véritable feuilleton judiciaire datant de près de 30 ans. Depuis 1987, la famille Belkadi et les héritiers de l’entrepreneur Mohamed Belkadi se battent pour régulariser la situation de cette assiette foncière qui leur avait été attribuée en février 1973 à travers l’arrêté numéro 00172 de la daïra de Rouiba. Celle-ci a affecté ce terrain pour les besoins des activités industrielles de l’entrepreneur Mohamed Belkadi et son frère Rachid.

Un différend éclata entre les deux frères entrepreneurs et un transfert des parts a été décidé à l’amiable le 19 janvier 1981. La situation a perduré telle quelle jusqu’au mois de septembre 1987 où l’APC de Bab Ezzouar a tenté de récupérer ce terrain en réclamant son évacuation à la famille Belkadi. L’APC perd son procès et le Conseil d’Etat publie un arrêté qui ordonne l’annulation de l’arrêté d’expulsion. L’entreprise de la famille Belkadi est restée donc sur les lieux. Elle avait poursuivi durant toutes les années 90 les procédures administratives pour la régularisation de ce terrain controversé. Correspondances à la direction générale du domaine national, visites successives des huissiers de justice, relances demandes pour un titre d’occupation, visites des services de l’urbanisme pour contrôler les constructions érigées sur le terrain, etc., tout a été fait par les Belkadi pour travailler dans le respect strict de la loi.

Mais le Wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, n’a pas du tout respecté cette loi qui doit protéger l’intégrité de l’Etat et celle du bien d’autrui. Et pour cause, sans prendre en considération les inspections réalisées depuis 2015 sur le terrain des Belkadi qui disposent de toutes les pièces justificatives pour l’exercice de leur activité commerciale, une station de lavage et un parc à voitures aménagé, le Wali d’Alger valide une décision de démolition qui n’a été approuvée par aucune instance judiciaire ou tribunal administratif.

Sid Ahmed Belkadi a saisi à plusieurs reprises le Wali d’Alger à travers de nombreuses correspondances, dont Algérie Part détient des copies, pour déplorer cette injustice et réclamer des explications au haut commis de l’Etat qui est censé faire respecter la loi au lieu de la bafouer.

Comme le montrent les documents exclusifs en notre possession, la direction générale du domaine national était au courant de ce dossier depuis de nombreuses années. Étrangement, les services de cette instance relevant du ministère des Finances n’ont jamais tranché définitivement dans ce dossier. Et la famille Belkadi a été renvoyé d’un service à un autre au niveau des administrations locales de Bab Ezzouar, Dar El-Beida et Rouiba. Un capharnaüm administratif et bureaucratique inédit et sans précédent. En réalité, à la wilaya d’Alger, personne n’a voulu au cours de toutes ces années régulariser ce terrain.

Un flottement juridique qui permettait ainsi toutes les dérives. Après avoir démoli les installées financées par les investissements auxquels avaient consenti la famille Belkadi, ce terrain situé aujourd’hui au Parc Pattes d’Oies de Bab Ezzouar a été réquisitionné par les autorités de la wilaya d’Alger. Il demeure, néanmoins, vacant et seulement des bus servant aux transports en commun stationnent régulièrement sur cette assiette foncière.

Le Wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, a-t-il chassé manu militari une famille algéroise juste pour aménager un grand parking à ciel ouvert en plein coeur de Bab Ezzouar ? Non, loin s’en faut, a-t-on conclu à la fin de nos investigations.  Plusieurs sources concordantes ont assuré à Algérie Part que ce terrain était ardemment convoité depuis 2013/2014 par un promoteur qui sera propulsé plus tard sur le devant de la scène. Il s’agit du fameux et tristement célèbre Kamel Chikhi, alias le Boucher, le promoteur et roi des résidences huppées à Alger. C’est l’homme qui fera éclater à partir de fin mai 2018 le scandale de la cocaïne du Port d’Oran. La chute brutale de Kamel Chikhi l’empêchera de se rapprocher trop de ce terrain pour l’intégrer à son immense patrimoine foncier et immobilier à Alger. Mais le Wali d’Alger a-t-il voulu faire les yeux doux au « Boucher » en orchestrant une cabale administrative sans fondement contre une famille algéroise désarmée face à l’arbitraire ?

Algérie Part reviendra prochainement sur cette question en publiant de nouvelles révélations.