Dans son livre qu’il vient de publier aux éditions PLON à Paris, Le soleil ne se lève plus à l’Est, mémoires d’Orient d’un ambassadeur peu diplomate, l’ancien ambassadeur français Bernard Bajolet raconte une anecdote croustillante sur un épisode méconnu de l’histoire de l’Algérie indépendante. 

Cette anecdote concerne plus précisément le général De Gaulle et les… ascenseurs algériens ! En effet, à partir de 1963, Ahmed Ben Bella avait voulu lancer le processus de nationalisation des biens vacants laissés par les anciens colons après leur départ d’Algérie. Pour sonder De Gaulle, Ben Bella y dépêcha à Paris “son jeune ministre des Affaires étrangères”, à savoir Abdelaziz Bouteflika. “Très intimidé devant le vieux général, celui-ci se fit répondre : “Bouteflika, vous ne vous imaginiez tout de même pas que j’allais réparer vos ascenseurs jusqu’à la fin des temps ? “, révèle ainsi Bernard Bajolet pour expliquer à la fois la complexité et la profondeur des relations franco-algériennes.

Bernard Bajolet est revenu également sur la représentation que se font les Algériens de la France. Il raconte à ce sujet le contenu d’un entretien qu’il avait eu avec l’ancien président français Jacques Chirac le 7 novembre 2006. Ce jour-là, le président Jacques Chirac lui a présenté un tableau qui résume parfaitement les relations passionnelles entre l’Algérie et la France.

Ces relations, Chirac les qualifiait de “foiroteuses”. Mais, “le peuple est beaucoup plus francophile que les dirigeants, qui sous-estiment ce sentiment. Je l’ai senti quand je suis allé en Algérie. Il y a des signes qui ne trompent pas”. Bernard Bajolet confirme ce constat et révèle que “trente ans plutôt, lors de mon premier séjour en Algérie, j’avais déjà été frappé par le gentillesse des algériens, qui m’accueillaient chez eux en famille dans toutes les régions du pays. Certains d’entre eux avaient pris les armes contre la France entre 1954 et 1962. Ils avaient peut être tué des français, sans doute aussi perdu des proches. Ils avaient défendu leur liberté. Mais, ils n’en voulaient pas à la France et encore moins aux français. J’avais sillonné ce magnifique pays dans tous les sens. Jamais je ne vis de haine dans les regards ni entendis le moindre propos revanchard . Contraste saisissant avec les relations officielles qui, elles, étaient glaciales, voire inexistantes”, témoigne-t-il en dernier lieu.