Algérie Part a obtenu des documents exclusifs qui retracent une gestion hasardeuse et inquiétante des unités de production de la société des Fertilisants d’Algérie, FERTIAL, l’entreprise qui suscite les convoitises du milliardaire algérien Ali Haddad. 

Il faut savoir que depuis le 03 mai 2017, le groupe ETRHB d’Ali Haddad est actionnaire à hauteur de 17 % de Fertial. Et désormais, la deuxième fortune en Algérie veut débloquer l’équivalent de 200 millions de dollars pour racheter les actions restantes du Groupe espagnol Grupo Villar Mir pour s’imposer ainsi comme l’actionnaire majoritaire d’une société qui détient 60% des parts du marché des fertilisants en Algérie. Mais quel plan de gouvernance se dégage pour l’avenir de ce fleuron de l’industrie pétrochimique en Algérie ? Personne ne détient, pour l’heure, une réponse à cette question.

En revanche,  Algérie Part a récupéré au cours de ses investigations des documents exclusifs qui démontrent de nombreux dysfonctionnements des unités de production des deux sites industriels d’Annaba et d’Arzew appartenant à FERTIAL.

Ainsi, le 19 janvier 2017, un incident éclate au niveau des installations portuaires de l’usine FERTIAL à Annaba.  La Direction de l’usine d’Annaba a, certes, désigné une commission d’investigation avec pour mission de faire la lumière sur les causes directes et racines ainsi que les conditions opérationnelles ayant engendré cet incident. Ceci dit, cet événement a dévoilé l’étendue de la mauvaise gestion de cette unité industrielle très sensible. Et pour cause, les responsables de FERTIAL à Annaba n’ont pas appliqué les recommandations de la direction des mines qui a réclamé l’exécution des travaux avant de continuer à utiliser certains équipements des installations portuaires pour le déchargement de la matière première transportée par des navires jusqu’à l’unité de production de l’ammoniac.

Le rapport d’investigation en notre possession révèle que « l’automate de gestion des opérations du portique est hors service depuis plusieurs années » ! Et si, Dieu merci, l’incident a engendré des dommages mineurs à une entreprise prestatrice de
service (le navire), les témoins auditionnés par la commission d’enquête ont révélé que des incidents similaires se sont produit plus d’une fois dans le passé. En plus, « les opérations de maintenance se font sans considération des instructions du constructeur mentionnées sur le manuel d’entretien ». Une erreur gravissime qui peut mettre en danger des vies humaines.

En effet, comme l’explique le rapport dont nous détenons une copie, cet incident aurait pu causer la mort d’un homme par écrasement (Chute libre de la benne) ou la perforation de la cale et risque de coulage du navire. Les incohérences ont été pointées du doigt et la commission d’enquête interne au sein de FERTIAL a fait des recommandations. Ont-ils été respectées ? Personne ne le sait au regard de l’obscurité qui entoure la gestion de cette entreprise pétrochimique.

Force est de constater que ce n’était pas le premier ou dernier des incidents. En février 2013, à Annaba toujours, des eaux pluviales ont causé des dégâts au niveau d’un important équipement industriel de FERTIAL, à savoir le transporteur à bonde l’urée, un composé chimique largement utilisée en agriculture comme engrais azoté. Et cet incident a révélé de très nombreuses insuffisances et anomalies répertoriées par le document que nos révélons ici-même à nos lecteurs et lectrices :

En avril 2015, un incident encore plus grave a provoqué une dangereuse pollution de l’environnement. Une fuite d’acide phosphorique s’est déclarée sur le BAC B du Terminal d’Acide Phosphorique, après la fin de déchargement du navire DAVINO. « La fuite d’acide est apparue au niveau de la 7eme virole sur une ancienne réparation, la dite réparation a été réalisé par le prestataire BELZONA le 20/09/2014 à 08h15. Vu le problème de dédouanement de l’acide, FERTIAL n’a pas entamé l’opération de transfert de cette acide vers l’usine », dénonce le rapport d’expertise obtenu par nos soins au cours de nos investigations. Le même rapport a dévoilé une très mauvaise prise en charge d’une situation d’urgence qui aurait pu causer d’énormes dégâts sur l’environnement des Algériens.

En janvier 2015, des émissions de gaz d’ammoniac NH3 ont provoqué une véritable panique à FERTIAL. Là aussi, une commission d’enquête a identifié plusieurs anomalies et incohérences dans la gestion des installations hypersensibles puisqu’il s’agit d’une industrie pétrochimique qui peut s’avérer très polluante et dangereuse si elle n’est pas maîtrisée ou encadrée comme il faut. Ces incidents répétitifs et dysfonctionnements soulèvent des interrogations sur la qualité de l’apport des investisseurs espagnols qui veulent revendre leurs parts à Ali Haddad. Et ce dernier dispose-t-il du savoir-faire industriel nécessaire pour la préservation des unités de production de l’ammoniac et engrais ? Le doute est plus jamais permis sur la capacité de cet homme d’affaires dont l’expérience se limite uniquement au BTP, un secteur entièrement différent de celui de la pétrochimie. Notre enquête démontre enfin que ce secteur très délicat engage des responsabilités qui nécessite des capacités managériales conformes aux normes internationales.

Il paraît donc nécessaire de chercher un groupe mondial respecté et considéré dans ce domaine pour reprendre la gestion de Fertial car toute mauvaise gestion de ces installations industrielles peut se solder par des dégâts irréparables. Ali Haddad est-il conscient de l’ampleur de cette responsabilité ? Pas si sûr…