Les services secrets français avaient prévu l’arrêt du processus électoral en 1991 en Algérie. C’est du moins ce que révèle l’ancien ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet,  dans son livre inédit Le Soleil ne se lève pas à l’Est. 

Dans cet ouvrage, l’ex-diplomate et patron de la DGSE de 2013 à 2017 explique parfaitement comment une cellule du renseignement français suivait de près la situation en Algérie au début des années 90. Cette cellule était sous l’égide du CIR, Comité interministériel du Renseignement où Bernard Bajolet était le président du groupe “Maghreb”.

“Le CIR était la première tentative de coordonner le renseignement français. Le mérite en revenait à Michel Rocard (…) le groupe dont j’avais la responsabilité comprenait la DGSE, la DST, les RG et la DRM”, témoigne ainsi Bernard Bajolet dans son livre passionnant qui regorge d’anecdotes croustillantes et secrètes sur l’histoire contemporaine de notre pays.

Et en 1991, la poussée électorale de l’islamisme politique et la réaction de l’armée algérienne “avaient suscité entre nous des opinions divergentes”.

“Les uns considéraient que c’était l’option la plus raisonnable : si le FIS prenait le pouvoir en Algérie, il ne le rendrait pas; sa victoire risquerait de provoquer une émigration massive vers la France; elle pourrait faire tâche d’huile dans l’ensemble du monde musulman; elle remettrait en cause les acquis de la femme algérienne et la liberté de la presse. Les autres-dont j’étais à ce moment là- craignaient une guerre civile, voire une montée du terrorisme, si les islamistes étaient privés de leur victoire”, analyse Bernard Bajolet dans son ouvrage.

L’ancien diplomate français affirme aussi que “si au contraire on leur laissait, ils devraient se montrer pragmatiques et compter avec la France. Ils évolueraient vers plus de modération. Comme ils se disaient libéraux dans le domaine économique, ils s’attacheraient, peut être, à favoriser l’essor du secteur privé en Algérie(…)”.

Bernard Bajolet révèle au passage que le Président Mitterrand “parut trancher dans le sens de la seconde école, celle dont je faisais partie”. Et c’est pour cette raison que le “gouvernement français afficha une prise de distance avec le pouvoir algérien” à partir de 1992, assure le diplomate français.

Une distance qui ne va pas durer longtemps parce que la France “n’a pas empêché Paris de fournir « en sous-main » une aide matérielle et financière au pouvoir algérien après la victoire de la droite française en mars 1993”. Bernard Bajolet reconnaît enfin que l’Algérie est passée entre “les mailles du mouvement de 2011 dans le monde arabe” grâce  “au printemps raté de 1980”, “la guerre civile de 1990” et  “l’habile gestion tactique” de Bouteflika (politique de réconciliation).