Les 10 années de terrorisme qui ont accablé l’Algérie ont provoqué un énorme retard de développement. Et ce n’est pas un dirigeant algérien qui le dit. Au contraire, il s’agit de Bernard Bajolet, l’ancien ambassadeur de France à Alger qui le raconte dans son livre où il fait toutes ses confessions sur son parcours tumultueux dans les coulisses de la diplomatie française et le renseignement puisqu’il dirigera la principale agence des services secrets français entre 2013 et 2017. 

« L’Algérie, au moment où je la retrouvais, venait à peine de se libérer de dix ans de terrorisme. Elle avait perdu beaucoup de temps, et l’administration qui la dirigeait n’était pas de nature à le lui faire rattraper : les ministères s’étaient vidés d’une grande partie de leurs cadres de qualité et, au fond, l’État se résumait pratiquement à l’armée, véritable ossature du pays, et à la Sonatrach », raconte ainsi Bernard Bajolet dans son livre intitulé Le Soleil se lève à l’Est paru la semaine dernière aux éditions Plon à Paris. L’ancien ambassadeur de France à Alger décrit dans cet épisode ses tout premiers jours à Alger en 2006.

« Le processus de décision paraissait grippé, le système de représentation en panne », détaille-t-il. D’après lui, l’Algérie n’a pas réussi la diversification économique et « la remise à niveau » des équipements publics (infrastructures structurantes) a eu un effet limité sur l’économie », explique-t-il encore pour décrypter le bilan de la décennie noire sur l’Algérie.

Bernard Bajolet n’a pas hésité également de pointer du doigt le principal qui ronge profondément la société algérienne, à savoir la corruption.

« Il aurait fallu pousser le secteur privé, seul moteur de croissance. Mais le pouvoir, de toute évidence, ne le voulait pas, comme s’il craignait l’émergence d’une classe d’entrepreneurs qui aurait pu un jour le contester et exiger un partage de la décision. Ainsi, je découvris un tissu, encore embryonnaire, de PME dynamiques. Mais le gouvernement ne l’aidait pas à se développer, et Bouteflika lui même m’avoua un jour qu’il n’y croyait pas. Il n’y avait pas non plus en Algérie de grands capitalistes prêts à investir massivement dans le pays. La demi douzaine d’hommes d’affaires que l’on présentait comme tels étaient plutôt des capitalistes d’État , voire des affairistes, liés aux « services » ou au pouvoir, qu’ils contribuaient à corrompre. Car, je fus pris de vertige par les sommets que la corruption avait atteints, touchant jusqu’à la famille du chef de l’État », rapporte enfin l’ancien diplomate français dans son livre.