Ahmed Ouyahia vient d’offrir au chef du FCE, Ali Haddad, la société Fertial sur un plateau en argent. Selon un document dont nous détenons une copie, le premier ministre a renoncé au droit de préemption de l’Etat. Mais les 1.100 travailleurs de Fertial sont décidés à continuer la bataille pour éviter la privatisation de leur société.

La victoire des travailleurs de Sider El-Hadjar, qui ont réussi à chasser le clan Tliba de leur usine pour en reprendre les rênes, semble, aujourd’hui, servir de carburant aux différents groupes industriels, surtout à Annaba. Après les travailleurs de Sider, ce sont ceux de Fertial à Annaba qui veulent s’affranchir des prédateurs et oligarques qui tentent par tous les moyens de mettre la main sur les différents groupes industriels du pays.

Après Tliba, les Annabis veulent «faire la fête à Haddad», le deuxième homme le plus riche du pays et le plus puissant des patrons algériens. Le groupe ETRHB dont Ali Haddad est propriétaire a racheté 17% des parts de FERTIAL en 2017. Confronté à des difficultés en Algérie et cité dans une sombre affaire de corruption à Madrid, le Grupo Villar Mir a manifesté sa volonté de revendre la totalité ou une grande partie de ses parts. Ali Haddad saute sur l’occasion et rêve ainsi de devenir le premier privé propriétaire d’une importante entreprise de pétrochimie en Algérie.

Contactés par nos soins, les syndicalistes de Fertial Annaba ont confié à Algérie Part qu’ils projettent de marcher, aujourd’hui dimanche 23 septembre, jusqu’au siège de la wilaya pour y tenir un sit-in contre la privatisation de l’entreprise qui les emploie. Plusieurs sources, dont le député PT Smain Kouadria, connu pour son engagement syndical, affirment qu’une assemblée générale extraordinaire (AGE) des actionnaires est prévue demain lundi pour valider la transaction conclue dans le plus grand secret entre le patron des patrons algériens et les responsables du groupe Villar Mir.

Le groupe espagnol qui détenait 66% des parts de Fertial contre 34% pour la filiale de Sonatrach Asmidal, avait été obligé suite à de nombreuses pressions de vendre 17% des parts de l’entreprise à une société algérienne pour se conformer à la fameuse règle de 51/49.  Le PT solidaire avec les travailleurs Le député Smain Kouadria lui a une toute autre vision de la chose. Selon le porte-parole du parti des travailleurs (PT), tout a été orchestré pour détruire Fertial, pousser les Espagnols vers la sortie et pouvoir ainsi privatiser ce fleuron de l’industrie pétrochimique.

Les autorités algériennes ont donc exercé, sous couvert de la protection de l’environnement, de nombreuses pressions pour inciter l’entreprise à une coûteuse modernisation de ses infrastructures. Toujours selon la même source, Ould Kaddour aurait manifesté l’intérêt de Sonatrach de racheter les parts de Villar Mir.

Des clans du pouvoir lui auraient ordonné de ne pas intervenir et de laisser Haddad devenir le premier patron algérien d’un complexe pétrochimique. Les travailleurs qui ont eu vent d’un pacte secret, conclu entre Ali Haddad et Villar Mir, veulent torpiller la transaction avant qu’elle ne soit dûment scellée. Pour cela, ils veulent investir la rue et utiliser la politique de l’escalade afin de forcer la main au gouvernement, qui est le seul à pouvoir s’opposer à ce genre de transactions controversées.

Ils ont, à maintes reprises, tenté d’obtenir l’intervention de l’Etat en écrivant et alertant le ministre de l’Energie, la centrale syndicale et la Fédération nationale des travailleurs du pétrole, du gaz et de la chimie (FNTPGC). Mais leurs écrits sont restés sans réponses.

Contacté par notre Rédaction,  le chargé de la cellule de communication de Sonatrach a nié la tenue d’une AGEx des actionnaires de Fertial. «Rien n’est certain», a certifié le même chargé de communication. Pour rappel, le PDG de Fertial, Mokhtar Bounour, a démissionné en juin dernier suite à l’ingérence de l’un des actionnaires de la société. Celui-ci n’avait pas les compétences et l’expérience requises dans le domaine de la pétrochimie, mais faisait tout de même tout pour imposer ses décisions.

Même si le nom de l’actionnaire en question n’a pas été révélé à l’époque, on peut tout de même deviner de qui il peut bien s’agir.

Ouyahia «offre» Fertial à Haddad sur un plateau d’argent Dans une lettre signée par le président du conseil d’Administration de Fertial, M. Javier Goni del Cacho, datée du 14 septembre 2018 et adressée aux membres du CA de Fertial, avec des copies aux PDG d’Asmidal et de Sonatrach, il est fait état de l’organisation d’une AGEx le 27 août.

« J’ai l’honneur d’accuser réception de votre courrier du 13 septembre dernier, ayant pour objet ‘convocation du conseil d’Administration de FERTIAL’’, dans lequel vous nous sollicitez l’envoi de documentation additionnelle à celle envoyée en date du 12 septembre dernier et plus concrètement à la renonciation de l’Etat de son droit de préemption», écrit M. Javier Goni del Cacho, avant de poursuivre : « j’ai l’honneur de vous informer que le groupe ETRHB Haddad a déjà confirmé l’obtention du document, reçu en date 27 août, qui porte sur la cession des actions de GVM (NDLR : Groupe Villar Mir) à ETRHB Haddad, et qui exige la finalisation de l’opération de la cession des actions avant le 30 sept ».

« C’est pour cela que nous vous demandons en extrême urgence la tenue de ces rencontres dans les dates prévues. La lettre du PM pour la renonciation de l’Etat à son droit de préemption sera remise en séance tenante lors du CA de l’AGEx », peut-on lire sur le même document. De son côté, le député du PT nous affirme que son parti fait des mains et des pieds pour changer la donne avant qu’il ne soit trop tard. « Une telle décision ne peut se faire sans l’aval du Président de la République. Il a, d’ailleurs, insisté sur cela lors du Conseil des ministres où il a été question d’adopter la charte PPP », nous confia ce dernier.

Bendjama Mustapha