Depuis le lancement du «mégaprojet» de la nouvelle ville de Draâ Errich (dans la wilaya d’Annaba), annoncée comme étant le nec plus ultra en matière de «smart cities», les responsables, aussi bien locaux que centraux n’ont pas manqué de mots pour ne pas tarir d’éloges sur ce nouveau pôle urbain «pas comme les autres». Et pour cause, «Draâ Errich ne sera pas une nouvelle cité dortoir», ont lancé tous les walis d’Annaba et les ministres de l’Habitat qui se succèdèrent au fil des années.

L’Etat a mis le paquet et avait décidé de faire de Draâ Errich un exemple en matière de ville propre et intelligente. Une ville complètement indépendante du chef-lieu de la wilaya. Une ville verte, touristique, écologique et futuriste», pouvions-nous entendre lors de chaque nouveau discours. Ce projet est si important que chaque ministre de passage à Annaba devait absolument voir ce «chef-d’œuvre absolu», même quand il n’avait aucun projet relevant de son secteur à inspecter au niveau de la nouvelle ville !

 

Tout le monde était impatient, heureux et surtout optimiste !

On ne pouvait que rêver. Certes, les mêmes discours étaient servis à chaque nouveau projet, mais tout de même, l’espoir était là. Les futurs locataires se disaient que, cette fois c’était la bonne, que les choses ont changé, que les responsables locaux et centraux, veilleraient cette fois-ci, au grain. «Ils ne laisseront pas des entrepreneurs véreux gâcher nos futures vies», se disaient et disent encore les plus optimistes ! Ce fut rapidement -pas trop vu les nombreux retards que les projets ont enregistré- la désillusion et le désenchantement. Le rappel à l’ordre de l’amère réalité. Les premiers à déchanter furent les nouveaux locataires de l’AADL.

Ceux-ci ont reçu les clés de leurs habitations, lors d’une pompeuse cérémonie présidée par le ministre de l’Habitat himself. Loin de l’excellence architecturale, l’aspect externe des bâtiments était, tout de même, beau à voir. L’intérieur était tout aussi joli. Des appartements finis, où l’on n’avait qu’à transporter ses meubles pour y habiter. Mais c’était trop beau pour être vrai. Il devait sûrement y avoir quelque chose qui clochait, mais quoi ? «Rien. Ce n’était que la légendaire paranoïa des Algériens».

Et puis éclata le scandale !

Des locataires désirant effectuer quelques travaux dans leurs nouveaux domiciles ont réussi à percer le mystère, prouvant au passage que la célèbre paranoïa des Algériens avait ses raisons. Du ciment et du béton de très mauvaise qualité. A tel point que l’on pouvait, une fois les couches de plâtre et d’enduit retirées, abattre les «murs» à mains nues. Cela aurait presque été incroyable ou même choquant, si nous n’avions été à Annaba, autrefois capitale de l’acier et coquette, aujourd’hui, capitale du trafic foncier et dégueulasse.

Pour rassurer les citoyens, la pilule habituelle a été servie : «Une commission d’enquête (que personne n’a vu et ne verra peut-être jamais) a été dépêchée d’Alger. Cette malfaçon ne concerne que quelques rares appartements». Vous ne croyez pas à ce discours officiel ? Tant pis pour vous car vous n’avez pas le droit de vérifier. «Toute personne qui procéderait à des travaux dans son nouvel appartement sans autorisation (et personne n’obtiendra d’autorisation) verra son contrat AADL résilié», a-t-on prévenu.

En sommes, vous devez juste croire nos honnêtes responsables sur parole. Outre les malfaçons, le spectre de la cité dortoir plane sur la nouvelle ville de Draâ Errich, qui en à peine une dizaine de jours, a été transformé par les nouveaux occupants des 2.000 logements sociaux en un bidonville moderne bâti en dur en respectant les règles de l’urbanisme (du moins un bon nombre de ces règles).

Les déchets font aujourd’hui partie du lot de cette ville «écologique». On pourrait facilement accuser les habitants de la cité et leur faire porter le chapeau -ce qui n’est pas entièrement faux, car ils ont une grande part de responsabilité dans la détérioration très rapide de leur cité- une responsabilité qu’ils partagent avec les responsables locaux. Le nombre des bennes à ordures était insuffisant, mais ceci n’est qu’un détail qui peut être réglé en une demi-heure.

Ce qui dérange réellement, c’est que les autorités locales ont, dans un souci de rapidité, préféré distribuer les logements alors que la plupart des commodités nécessaires à la vie était inexistante. La distribution des logements, qui a accusé un énorme retard, s’est faite de manière précipitée pour répondre à un agenda politique, semble-t-il.

Les responsables du secteur, avec à leur tête le wali, n’ont pas pris en considération un bon nombre de détails, pourtant essentiels à la réussite d’un tel projet. Les clés de la ville ont été livrées sans marché, ni même petit magasin de proximité. Les habitants, dont la majorité est sans véhicules, comptent sur les rares transports en commun qui assurent la liaison entre Draâ Errich et Annaba pour faire leurs courses.

Une énième cité dortoir

Ce qui n’est pas du tout pratique pour les petites courses du quotidien. Une situation qui donna rapidement naissance à un petit marché informel, avec son lot de problèmes et de saleté. Les locaux commerciaux n’ont pas encore été vendus. Ce qui laisse penser que la délivrance est encore loin. Draâ Errich est aujourd’hui, une énième cité dortoir qui risque de connaitre le même sort que toutes les autres.

L’engouement des citoyens pour cette ville signifie-t-il que celle-ci répond aux normes voulues ? Pas du tout. Crise du logement oblige, les citoyens veulent juste bénéficier d’une habitation où ils pourront se caser avec leur famille, loin des dangers des bidonvilles et de la cherté des loyers. Les mêmes citoyens ont toujours eu le même engouement pour les cités dortoirs, même si celles-ci sont loin de répondre à leurs besoins.

Mais ceci est éphémère, et ces mêmes habitants commenceront, une fois l’enchantement dissipé, à protester contre les conditions de vie indignes qu’ils subissent. A moins que les responsables locaux et centraux se décident à combler les lacunes de ce qui pourrait être réellement-avec une bonne gestion- une ville futuriste.

Bendjama Mustapha