Décidément, les scandales n’en finissent pas à la nouvelle ville de Drâa Errich, appelée pompeusement par les autorités centrales et locale «smart-city» ou encore ville verte et écologique.

Une appellation bien ironique au vu du dernier scandale qui a secoué la région. Le réseau d’évacuation des eaux usées n’étant pas opérationnel à 100%, les responsables du projet, avec –sûrement- la bénédiction des autorités locales, ont crû bon d’évacuer les égouts de la ville «écologique» au niveau d’un cours d’eau utilisé, depuis des décennies, par les agriculteurs de la région pour l’irrigation de leurs cultures.

Au niveau du célèbre Oued El Aneb où sont déversées les eaux usées de « la ville écologique », les premières conséquences de la catastrophe écologique sont déjà visibles. Les poissons et les quelques espèces animales qui y vivaient autrefois et faisant le bonheur des pêcheurs d’eau douce sont morts. Sur les rives de ce fleuve, on retrouve des centaines de poissons qui ont péri tragiquement à cause de cette pollution massive. L’eau est noirâtre et nauséabonde. L’inquiétude des agriculteurs ne cesse de se renforcer.

Le rapport numéro 2928/2018 de l’Association Nationale pour la Protection de l’Environnement et la lutte contre la Pollution (ANPEP) envoyé à l’attention du Président de la République, et dont nous détenons une copie, tire la sonnette d’alarme et révèle les conséquences dangereuses de cette situation catastrophique.

«Suite aux investigations de l’ANPEP, il a été découvert que le les eaux usées de la nouvelle ville de Draa Errich sont directement déversées dans Oued El Aneb, causant ainsi la pollution des ruisseaux qu’il génère. Des ruisseaux utilisés par les agriculteurs de la région pour l’irrigation de leurs cultures», peut-on lire sur le rapport de l’ANPEPqui précise, en outre, que cette situation cause un préjudice considérable à la faune locale. «Il est aussi à signaler que le réseau de cours d’eau constitué par ce Oued, passe par les régions de Oued El Aneb (une commune portant le même nom que le cours d’eau en question, NDLR), Tréât, Chétaïbi à Annaba mais aussi par les communes d’El Marsa et de Ben Azzouz à Skikda. Ces régions sont aujourd’hui en proie aux déchets liquides et solides rejetés par les canalisations des eaux usées de Drâa Errich», déplore le même rapport.

Absence d’une station d’épuration ! 

Ce danger résultat, selon la même association, de l’absence de station d’épuration au niveau de la ville «écologique». L’ANPEP conclut son rapport en demandant au Président de dépêcher une commission d’enquête pour prendre les dispositions légales en vue de protéger les ressources hydrauliques et les exploitations agricoles menacées par la pollution qu’engendre cette sauvage atteinte à l’environnement.

Quand «agenda politique» ne rime pas avec «intérêt public»

Voulant absolument appliquer un calendrier politique bien défini à l’approche des échéances électorales de 2019, les responsables locaux et centraux ont entrepris la distribution de plus d’une dizaine de milliers de logements au niveau de cette ville «futuriste». Les délais de livraison étant dépassés depuis des mois et l’impatience populaire atteignant son paroxysme, le wali d’Annaba, avec la bénédiction de sa hiérarchie, a décidé de célébrer chacune des fêtes nationales ou religieuses par la distribution de plusieurs centaines de logis, au grand bonheur des annabis qui attendent leurs nouveaux logements depuis de très nombreuses années.

Une précipitation accueillie avec enthousiasme par les bénéficiaires. Mais l’enchantement céda rapidement place à la désillusion. L’absence de gaz, d’eau potable, d’équipements publics, de locaux commerciaux et autres commodités nécessaires à la vie moderne, conjuguée au manque des transports en commun fait du quotidien des nouveaux résident de la «smart-city» un véritable calvaire. En effet, «La flotte» de transport public, constituée pour le moment de trois bus est loin de répondre à la demande de ces bénéficiaires de logements sociaux qui n’ont pas la chance de disposer de véhicules personnels. Nous éviterons de parler encore des nombreuses malfaçons et des cloisons non-conformes aux normes de sécurité imposées en matière de construction. Nous reviendrons prochainement sur ce dossier avec encore plus de détails dans nos prochaines publications.

Bendjama Mustapha