Le mouvement spontané de plus de 3.000 des 4.000 travailleurs que compte le complexe sidérurgique d’El-Hadjar a fini par porter ses fruits, aujourd’hui.

Le syndicat de Sider El-Hadjar, avec ses 29 sections, a été entièrement dissout et une commission chargée de l’organisation d’élections syndicales sera installée incessamment.  Le «clan Tliba» du complexe sidérurgique d’El-Hadjar qui inclut en plus de l’ensemble du syndicat, plusieurs hauts cadres de Sider El-Hadjar, tenait depuis des années le complexe en otage.

Mais ce serait à cause d’une énième manœuvre à l’encontre du nouveau PDG de Sider El-Hadjar, Maâtallah Chamseddine, connu pour son intégrité, que le clan a connu la débâcle. Celle-ci fut si rapide, que ledit clan n’a rien pu faire de concret pour sauver sa peau.

En seulement 48 heures, la majorité écrasante des travailleurs est sorti du silence pour soutenir publiquement le PDG contre les attaques répétées et diffamatoires de «syndicalistes corrompus» dont le seul but était de servir leur maître, celui-là même qui les avait placé à leurs postes. La dernière attaque du SG de ce syndicat, Ammouri Noureddine, fut tellement violente et diffamatoire qu’elle a poussé les travailleurs à se solidariser avec leur patron.

Le samedi matin, «la place rouge», lieux de rassemblement des employés de Sider El-Hadjar était bondée de monde. Plus de 3.000 travailleurs se sont retrouvés sur cette place après avoir eu beaucoup de mal pour accéder à leur lieu de travail. Il faut dire que les dizaines de délinquants mobilisés par le député milliardaire du FLN, pour avorter l’initiative des travailleurs en créant un climat de terreur, ont donné du fil à retordre aux employés du complexe.

Les bandits de Tliba ont tout tenté. Tôt dans la matinée, les «ratés» à la solde de Tliba ont bloqué l’accès au complexe à l’aide d’armes blanches. Les éléments de la gendarmerie d’El-Hadjar sont intervenus, sans pour autant arrêter le moindre fauteur de troubles, alors que ceux-ci étaient à leur portée. Nonobstant ce détail, les travailleurs ont fini par accéder au complexe où ils ont écouté un enregistrement téléphonique entre le sulfureux député et un de ses hommes de main. Sur l’enregistrement en question, on pouvait clairement entendre les deux hommes comploter pour faire échouer ce rassemblement annoncé depuis trois jours et dont le but n’est autre que le retrait de confiance au syndicat du complexe à la solde de «Baha».

Dans l’enregistrement téléphonique en question on pouvait entendre la voix du député milliardaire demander à son homme de mobiliser les quelques travailleurs du complexe qui leur sont fidèles. «Aucun travailleur ne marchera avec nous cette fois-ci. Ils sont tous contre le syndicat, même mes hommes à moi. Depuis des mois ils recrutent des gens en empochant des pots-de-vin, et aucun de mes hommes n’a été recruté. Cette fois encore il nous faudra faire appel à des chômeurs de l’extérieur et leur faire porter les combinaisons de complexe», avait répondu l’interlocuteur de Tliba.

Ce dernier a donné son feu vert, lui demandant de coordonner avec M. Amouri, le SG du syndicat. Dans un autre enregistrement, le même homme qui aurait mené plusieurs opérations similaires pour le compte de Tliba, sans que la rémunération ne soit à la hauteur de ses attentes, parlait au syndicaliste déchu.

Une conversation pour «coordonner leur opération» avant de passer à l’action. Le sbire de Tliba demandait à Ammouri de lui procurer une trentaine de combinaison d’ouvrier pour qu’il puisse faire infiltrer ses éléments perturbateurs à l’intérieur du complexe. Ammouri a rassuré son interlocuteur en lui assurant qu’il allait lui procurer les combinaisons nécessaires pour ses hommes. L’union fait la force Toutes les manœuvres du clan Tliba n’ont pas réussi à ébranler la volonté de plus de 3.000 employés unis et réunis pour un but commun : mettre fin au diktat imposé par un clan d’intrus opportunistes et récupérer le complexe qui leur appartient.

«Ce complexe appartient aux travailleurs. Il faut qu’on le récupère des mains de ces bandits. C’est grâce à ce complexe que chacun de nous nourrit sa famille. Nous avons l’obligation de la sauver et de le sauvegarder. Nous ne devons pas céder à leurs intimidations et à leurs menaces. Il nous faut rester uni contre ces bandits et mettre ce pseudo-syndicat à genoux», criait l’un des ouvriers pour motiver ses collègues.

Quelques instants plus tard, la décision tombait comme un couperait. Le syndicat était complètement dissout. Le SG du bureau d’Annaba de l’UGTA, Fritah Kamel, ainsi que le SG de la Fédération Nationale des Travailleurs de la Mécanique, Métallurgie, Electricité et Electronique (FNTMMEE), M. Benmouloud Mohamed Ameziane, ont signé la décision de dissolution dudit syndicat. Le SG de cette fédération qui regroupe l’ensemble des syndicats des secteurs industriels avait fait le déplacement depuis Alger pour constater de visu que le nombre suffisant de travailleurs était réuni pour retirer la confiance au syndicat incriminé. C’est donc avec une majorité absolue que la destitution du syndicat s’est faite.

Le mea-culpa de l’UGTA ! 

M. Fritah a avoué à demi-mot que l’UGTA était un peu responsable de la situation actuelle. «Nous avons prolongé le mandat de ce syndicat pour deux années. J’ai moi-même signé la prolongation de ce syndicat sur injonction de ma hiérarchie lorsque je n’étais qu’un intérimaire. Nous avons peut-être eu tort de prolonger ce mandat.

Mais vu qu’il n’y avait eu à l’époque aucune objection de la part des travailleurs nous pensions bien faire», a-t-il avoué dans une déclaration donnée aux journalistes. Le SG de l’UGTA Annaba a, par ailleurs, appelé les travailleurs à élire des syndicalistes intègres pour les représenter dignement, loin des enjeux politiques et politiciens. M. Fritah a aussi dénoncé l’utilisation du syndicat d’El-Hadjar par tous les opportunistes. «Combien de députés sont-ils issus du syndicat du complexe d’El-Hadjar ?», a-t-il demandé à ses auditeurs, pour mettre en exergue le poids de cette mafia politico-financière en prenant le soi de citer au passage : Tliba, Kouadria et Mennadi…

Bendjama Mustapha