Il ne faut pas se tromper de cible. Il est nécessaire de différencier stratégie et tactiques pour paraphraser le langage des stratèges militaires. L’objet de cette présente contribution est de poser la véritable problématique à la fois des sorties illégales de devises, de la cotation  du dinar et de la différence entre sa cotation officielle et celle du marché parallèle.

Ces transferts illégaux de devises soit directement ou indirectement à travers les  surfacturations ne datent pas d’aujourd’hui. Ayant eu à diriger le dossier des surestaries en 1983 en tant que directeur général es études économiques e premier conseiller à la Cour des comptes au moment du programme anti-pénurie, au vu des importants montants illégaux détectés à travers des échantillons, j’avais conseillé à la Présidence de l’époque d’établir un tableau de la  valeur en temps réel, reliant toutes les institutions concernées aux réseaux internationaux (prix, poids, qualité), tableau qui, malheureusement, n’a jamais vu le jour du fait que la  transparence des comptes s’attaquait à de puissants intérêts occultes.

 Actuellement, et c’est louable, les services de sécurité et des douanes algériennes ont saisi des importantes sommes de devises aux sorties des  frontières. Il s‘agit, maintenant, d’établir la connexion entre ceux qui opèrent dans le commerce extérieur à travers les surfacturations  et les montants provenant essentiellement d’agents possédant des sommes en dinars au niveau local, non connectés aux réseaux internationaux. Comme il s‘agit d’éviter cette confusion  dans le  calcul du montant de la sphère informelle en différenciant différents ratios qui donnent des montants différents soit  par rapport au produit  intérieur brut( PIB) , par rapport à la masse monétaire en circulation et le montant des devises échangé sur le marché parallèle.

Les montants saisies au niveau des ports et aéroports sont relativement  très faibles. Le  grand trafic auquel le gouvernement doit porter toute l’attention essentiel provient des surfacturations dont une partie reste à l’étranger et une autre partie rentre par différentes voies alimentant  les marchés de devises  sur le marché parallèle  constituant une atteinte à la sécurité nationale et dont la responsabilité est interministérielle : finances à travers ses démembrements- douanes-fiscalité, banques)-ministère du transport, ministère du commerce, et bon nombre d’autres  départements ministériels.

C’est en réalité une dilapidation de la rente des hydrocarbures principale richesse du pays. Ainsi,  si l’on prend l’hypothèse d’une sortie de devises de biens et services de 600  milliards de dollars ( la facturation étant  plus facile pour les services  ), et en cas de surfacturations  seulement de 10% , cela donnerait  un montant total de sorties de devises  de 60 milliards de dollars soit 7080 milliards de dinars : que représente ces quelques millions de dollars par rapport à ce montant colossal , 12 fois plus que le déficit cumulé sur plusieurs années de la caisse des retraites dont le montant vient d’être estimé officiellement à 580  milliards de dinars ?

Devant s’attaquer à l’essentiel, une nouvelle régulation de l’économie algérienne existant un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées ont un impact seulement de 20% sur le fonctionnement de la société avec un gaspillage financier et des énergies que l’on voile par de l’activisme, mais 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80%,favorisant le développement, renvoyant à une vison stratégique qui fait cruellement défaut.

Cela n’est qu’une hypothèse devant différencier acte de gestion pratiques normales de la corruption, les services de sécurité et les différents organisâmes de contrôle devant vérifier l’origine de ces montants de transferts illicites de devises  qui ont  été  saisies ( voir notre interview au quotidien le Soir d’Algérie le 06 septembre 2018). Comme il s’agira par une analyse objective, d’expliquer l’écart d’environ 50% qui favorise ces pratiques occultes, ainsi que le trafic des marchandises  aux frontières ( renvoyant également à la politique des subventions généralisées et sans ciblage)  entre le cours du dinar sur le marché parallèle et la cotation officielle.

 

Les raisons de la différence marché parallèle-marché officiel de la devise :

Premièrement, l’écart s’explique par la faiblesse de la production et la productivité, l’injection de monnaie sans contreparties productives augmente le niveau de l’inflation. Selon un rapport de l’OCDE, la productivité du travail de l’Algérie est l’une des plus faibles au niveau du bassin méditerranéen. A cela s’ajoute la disproportion qui existe entre la dépense publique et le faible impact sur le taux de croissance.

Deuxièmement, l’écart s’explique par la diminution de l’offre du fait que la crise mondiale, combinée avec le décès de nombreux retraités algériens, a largement épongé l’épargne de l’émigration. Cette baisse de l’offre de devises a été contrebalancée par les fortunes acquises régulièrement ou irrégulièrement par la communauté algérienne localement et à l’étranger qui font transiter irrégulièrement ou régulièrement des devises en Algérie montrant clairement que le marché parallèle de devises est bien plus important que l’épargne de l’émigration. Ces montants fonctionnant comme des vases communicants entre l’étranger et l’Algérie renforcent ainsi l’offre. Il existe donc un lien dialectique entre ces sorties de devises dues à des surfacturations et l’offre, sinon cette dernière serait fortement réduite et le cours sur le marché parallèle de devises serait plus élevé, jouant donc, comme amortisseur à la chute du dinar sur le marché parallèle.

Troisièmement, la demande provient de simples citoyens qui voyagent : touristes, ceux qui se soignent à l’étranger et les hadjis du fait de la faiblesse de l’allocation de devises qui demeure très dérisoire. Mais ce sont les agences de voyages qui à défaut de bénéficier du droit au change recourent elles aussi aux devises du marché noir étant importateurs de services. Majoritairement, elles exportent des devises au lieu d’en importer comme le voudrait la logique touristique comme en Turquie, au Maroc ou en Tunisie.

Quatrièmement, la forte demande provient de la sphère informelle démontrant  une intermédiation financière informelle loin des circuits étatiques, expliquant le résultat mitigé de la mesure d’intégrer ce capital argent au sein de la sphère réelle.

Cinquièmement, l’écart s’explique par le passage du Remdoc au Credoc, instauré en 2009, qui a pénalisé les petites et moyennes entreprises et n’a pas permis de juguler comme cela était prévu la hausse des importations qui ont doublé depuis 2009, tout en renforçant les tendances des monopoleurs importateurs. Nombreux sont les PME/PMI pour éviter les ruptures d’approvisionnement ont dû recourir au marché parallèle de devises. A cela s’ajoute les risques du financement non conventionnel, ( le Ministre des finances annonce 17 milliards de dollars pour 2018) en cas de non-maîtrise , alimentant les segments non productifs, il peut engendrer  une inflation qui risque de conduire à la dépréciation du dinar tant sur le marché officiel que parallèle.

 Sixièmement, beaucoup d’Algériens et d’étrangers utilisent le marché parallèle pour le transfert de devises, puisque chaque algérien a droit à 7200 euros par voyage transféré, utilisant leurs employés algériens pour augmenter le montant, assistant certainement, du fait de la méfiance, à une importante fuite de capitaux de ceux qui possèdent de grosses fortunes.

 Septièmement, pour se prémunir contre l’inflation, et donc la détérioration du dinar algérien, l’Algérien ne place pas seulement ses actifs dans le foncier, l’immobilier ou l’or, mais une partie de l’épargne est placée dans les devises. En effet, beaucoup de ménages se mettent dans la perspective d’une chute des revenus pétroliers, et des réserves de change qui tiennent la cotation du dinar à plus de 70% achètent les devises sur le marché informel. Aussi la cotation du dinar sur le marché parallèle et les transferts illicites de capitaux seront fonction du niveau des réserves de change fonction de l’évolution des recettes de Sonatrach qui procurent directement et indirectement 97/98% des recettes en devises, des   importations de biens et des services   (ces derniers fluctuant entre 9/11 milliards de dollars/an ).Selon les statistiques officielles, sauf miracle d’un cours à 100 dollars le baril, les réserves de change iront en diminuant :

 -2012 :190,6 milliards de dollars,

-2013 :194,0 milliard de dollars,

-2014 :178,9 milliards de dollars,

-2015 :144,1 milliards de dollars,

-2016 : 114,1 milliards de dollars,

-2017 : 97,3 milliards.

-2018 entre 82/83 milliards de dollars tenant compte  de la valeur des importations de biens

2019 : 62 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

2020 : 48 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

– 2021 : 34 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

– 2022 : 12 milliards de dollars (source rapport FMI juillet 2018). Évitons toutefois la sinistrose, comme je l’ai démontré dans une interview à l’American Herald Tribune (USA) le 11 août 2018,  par une bonne gouvernance s’adaptant au nouveau monde, l’Algérie a toutes les potentialités pour fonctionner  sur la base de 70 dollars le baril, évitant  ce scénario catastrophe qui aurait un impact à la fois interne, politique et social,  mais également géostratégique   toute la région, et fonctionner  sur la base de 70 dollars le baril.

En résumé, il s ‘agit d’éviter la dérive vénézuélienne. Doté de la première réserve mondiale de pétrole (environ 302,25 Mds de barils contre 10/12 pour l’Algérie), le Venezuela actuellement en faillite. Comme l’Algérie  est excessivement dépendante des fluctuations du prix du pétrole (qui constitue 96% des exportations), elle doit tirer leçon pour comprendre que les  matières premières n’ont jamais constitué le facteur décisif du développement.

La bonne gouvernance et la valorisation du savoir, constituent le pivot d’un développement en ce XXIème siècle. Le grand défi pour le gouvernement est  mettre en place une économie diversifiée loin des aléas de la rente, renouer avec une croissance durable, freiner la détérioration du pouvoir d’achat des couches les plus vulnérables et le nivellement par le bas des couches moyennes non-connectées à la sphère rentière.

 

  Par le Professeur des universités et expert international : Abderrahmane MEBTOUL