Selon les données publiées ce dimanche 2 septembre 2018  par les Douanes algériennes, le déficit de la balance commerciale de l’Algérie s’est établi à 3,25 milliards de dollars  durant les sept premiers mois de l’année 2018, contre 6.99 milliards de dollars durant les sept premiers mois de 2017. Le volume des importations s’est établi à 26.91 milliards de dollars durant les sept premiers mois de l’année, en baisse de 1.06% par rapport à la même période en 2017 et  le volume des exportations s’est établi 23.65 milliards de dollars durant les sept premiers mois de l’année 2018, représentant une augmentation de 17.08% par rapport à la même période de l’année 2017. Les hydrocarbures ont continué à représenter l’essentiel des exportations de l’Algérie avec une part de 93.09% du volume global des exportations et  seulement  1.63 milliard de dollars  en dehors des hydrocarbures, dont 1.27 milliard est constitué de « demi-produits », la majorité d’entre eux sont des dérivées d’hydrocarbures.

Ainsi l’évolution de la balance commerciale a évoluée ainsi pour les exportations : 

2012 : 71,7 milliards de dollars dont 70,5 constituées d’hydrocarbures (H).

-2013 : 64,8 milliards de dollars dont 63,8 (H),

-2014 : 60,1 milliards de dollars dont 58,4 milliards de dollars (H),

-2015 : 34,5 milliards de dollars dont 33,1(H) ;

-2016 : 29,3 milliards de dollars dont 27,9 milliards de dollars (H),

-2017 : 32,9 milliards USD dont 31,6 provenant des hydrocarbures (H)

-2018 : les exportations selon le bilan des douanes des sept premiers  mois 2018  ont été de  23.65 milliards de dollars (mds usd)  ce qui donnerait en tendance fin 2018 environ 40,5 milliards de dollars en majorité hydrocarbures et produits dérivés.

– L’évolution de la balance commerciale a évoluée ainsi pour les importations 

-2012 : 51,5 milliards de dollars en 2012,

-2013 : 54,9 milliards de dollars en 2013,

-2014 : 59,6 milliards de dollars en 2014,

-2015 : 52,6 milliards de dollars en 2015,

-2016 : 49,7 milliards de dollars en 2016,

-2017 : 48,7 milliards de dollars en 2017-

-2018 : Pour les importations, durant les sept premiers mois de  2018 , elles ont été de  26,91 milliards de dollars ce qui donnerait en tendance 46,13 milliards de dollars d’ici la fin de l’année, un montant encore très élevé malgré toutes les mesures de restrictions qui ont parfois paralysé certains segments de l’appareil de production nationale et favorisé l’inflation.

 

Mais pour avoir le solde des réserves de change en fin d’année, la balance commerciale (qui inclut les surfacturations de biens) a une signification limitée car il faut prendre en compte la balance des paiements  qui majore d’ environ 15/20% les sorties de devises, non comprises dans la balance commerciale;  à savoir les importations de services qui incluent également les surfacturations et les transferts légaux de capitaux vers l’étranger.  Ce qui nous donne le niveau des réserves de change selon les données officielles de la Banque d’Algérie :

-2012 :190,6 milliards de dollars,

-2013 :194,0 milliard de dollars,

-2014 :178,9 milliards de dollars,

-2015 :144,1 milliards de dollars,

-2016 : 114,1 milliards de dollars,

-2017 : 97,3 milliards.

-2018 : tenant compte de la valeur des importations de biens (une baisse d’environ seulement d’un milliard de dollars entre 2016/2017) auquel il faut ajouter les transferts légaux de capitaux et le montant des importations de services qui fluctuent entre 9/11 milliards de dollars/an entre 2010/2018 et si le cours du pétrole se maintient à 70 dollars en moyenne, le solde net serait d’environ 15 milliards de dollars ce qui nous donnerait vers la fin 2018 entre 82/83 milliards de dollars de réserves de change.

2019 : 62 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

2020 : 48 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

2021 : 34 milliards de dollars (source avant projet de loi de finances)

2022. 12 milliards de dollars (source rapport FMI juillet 2018)

Il faut être réaliste: au-delà de 2018, le niveau des réserves de change dépendra fondamentalement des fluctuations du cours des hydrocarbures, l’Algérie ayant un répit de trois ans pour éviter le  retour au FMI.  Mais sans une réorientation de la politique socio-économique, cela renvoie à l’urgence d’une mobilisation générale gouvernementale et citoyenne,  il y a risque de  vives tensions budgétaires  2021/2022 avec des incidences dramatiques à la fois économiques, sociales, politiques, voire sécuritaires, sauf miracle d’un cours de baril de 100 dollars et d’un redressement du cours du gaz naturel (33% des recettes de Sonatrach) en baisse sur le marché libre de 3 dollars le MBTU entre juin et août 2018.

Ce marché est totalement déconnecté du cours du pétrole, la majorité des contrats à terme arrivant à expiration en 2019. A ce niveau, le réserves de change maintenant la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la banque d’Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctuera en fonction du taux d’inflation entre 300/400 dinars pour un euro et beaucoup plus si le taux d’inflation dépasse les 20/30%.

Évitons, pour l’heure, la sinistrose : avec une bonne gouvernance, (lutte contre la mauvaise gestion et la corruption), le ciblage de projets à valeur ajoutée, l’Algérie peut fonctionner avec un baril de 70 dollars et éviter ce scénario catastrophe.

Par le Professeur des  universités et expert international : le Docteur Abderrahmane MEBTOUL