Naguère chouchoutés et dorlotés, les richissimes hommes d’affaires algériens sont aujourd’hui dans le collimateur des autorités algériennes. Preuve en est, le wali d’El-Bayadh, Khanfar Mohamed Djamel, a été officiellement instruit par le gouvernement de lancer des inspections au niveau des immenses terres agricoles accordées à plusieurs businessmans fortunés dans le cadre de la concession agricole, a appris Algérie Part au cours de ses investigations.

Les investisseurs privés qui ont bénéficié depuis 2011/2012 de plusieurs centaines, voire des milliers, d’hectares de terres agricoles dans le cadre du programme de la concession agricole devront rendre des comptes et expliquer le retour sur investissement de tous les avantages offerts par l’Etat algériens. Nous avons appris au cours de nos investigations que des hommes d’affaires importants ont obtenu ces dernières années des milliers d’hectares de terres en concession agricole.

Ali Haddad, le patron du FCE, la principale organisation patronale en Algérie, a obtenu, à titre d’exemple, pas moins de 30 mille hectares dans les environs de la commune de Brezina, une commune de la wilaya d’El Bayadh. Mais, jusqu’à aujourd’hui, aucune activité ou exploitation agricole n’a été lancée sur ces vastes terres qui demeurent livrées à l’abandon. Le patron de l’ETRHB, deuxième groupe privé en Algérie, vient à peine de solliciter l’assistance du Bureau National d’Etudes pour le Développement Rural (BNEDER) pour lancer les études nécessaires à la mise en place des projets agricoles.

Une situation qui soulève de nombreuses interrogations au sujet des intentions du patron du FCE. D’autres businessmans influents ont bénéficié des largesses de l’Etat au niveau de la wilaya d’El-Bayadh. Il s’agit d’Abdelmalek Sahraoui, député FLN et richissime patron de Petroser qui a fait l’objet de plusieurs enquêtes d’Algérie Part. Ce dernier a obtenu près de 18 mille hectares de terres agricoles dans la wilaya d’El-Bayadh. Il a développé de l’oléiculture sur 7 mille hectares. Quant à la superficie restante, Abdelmalek Sahraoui n’a fait part d’aucun projet concret. Pourquoi avoir donc octroyé autant de terres agricoles à cet homme d’affaires s’il n’est pas capable de les exploiter à leur juste valeur ?

Selon nos investigations, c’est Abdelmalek Sellal, l’ex-Premier ministre, qui était intervenu en personne pour permettre à cet oligarque devenu, député au sein du parlement, de jouir du droit d’exploiter ces vastes terres agricoles durant une période… de 40 ans. Il faut savoir qu’en Algérie, les autorités ont compté beaucoup sur le développement du programme de la concession agricole susceptible d’ouvrir de larges perspectives en matière de création de richesse et d’emplois au profit des régions et communes ciblées, en plus de la contribution à la lutte contre le phénomène de la désertification et la mise en valeur d’importantes superficies des terres steppiques et semi-arides.

La liste des hommes d’affaires qui ont bénéficié d’un étrange traitement de faveur est très longue. Selon nos investigations, une superficie de pas moins de 360 mille hectares a été retenue dans la wilaya d’El-Bayadh dans le cadre de la concession agricole depuis 2011/2012. Ces terres ont été distribuées souvent sans prendre en considération des critères de productivité rationnels et transparents. Et pourtant, des hommes d’affaires comme Ali Haddad et Abdelmalek Sahraoui ont bénéficié d’un important soutien des autorités publiques pour pouvoir développer leurs projets. Ce soutien s’est traduit par la réalisation notamment de forage d’irrigation, l’ouverture de pistes d’accès agricole et l’électrification rurale.

Quelques initiatives restent louables comme les 400 hectares de pommes de terre exploités et développés par le groupe privé Lacheb dans la région de Brezina. Mais ces exploits restent, malheureusement, un cas isolé et même le fameux projet algéro-américain annoncé en grandes pompes en novembre 2015 n’a pas encore vu le jour !

Et pourtant, l’American International Agriculture Group (AIAG) a signé un protocole d’accord avec le groupe Lacheb, le 8 novembre 2015, en vue d’investir en commun dans un projet agricole de grande envergure portant sur des objets divers entre Mostaganem et Brezina dans la wilaya d’El Bayadh. Pour l’heure, ce méga-projet agricole n’a pas dépassé les effets d’annonce. Et pourtant, 20 000 hectares de nos terres ont été accordées pour les besoins de ce méga-projet à El-Bayadh. L’investissement global projeté pour ce projet était de 67 milliards de dinars, soit environ 600 millions de dollars. Mais sur le terrain, ce projet n’est qu’une chimère.

Algérie Part poursuit ses investigations et reviendra prochainement sur ce dossier avec de nouvelles révélations.